03 janvier 2015

Défi #332

A partir d'un seul mot

il vous sera demandé aujourdhui

de composer un texte,

un récit, un dialogue, une poésie  .... !

Ce mot sera :

MIROIR !

 

MIROIR

Bonne recherche à vous !

A tout bientôt

à samedidefi@gmail.com

Posté par MAPNANCY à 00:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


Images aimées (MAP)

Je me souviens des beaux sourires

de mes grands-parents maternels

sur cette photo en noir et blanc.

 J'ai plus connu ma grand-mère

que mon grand-père trop tôt disparu

c'est pourquoi cette photo m'est très chère !

Mes grands-parents maternels

Je me souviens de cette poupée espagnole

fabriquée par Maman à partir d'une cuillère en bois

et de papier crépon !

A une époque c'était sa grande joie de créer

ces poupées ! De bons souvenirs y sont attachés !

 

La poupée espagnole

Je me souviens du bruit que faisaient

la poulie et la chaîne manipulées par

mon grand-père paternel pour remonter l'eau

de la citerne destinée à arroser son jardinet !

Citerne

Je me souviens de ce panier à salade

qui après de bons et loyaux services

est devenu une sorte de nid

pour ficelles, bouchons, capsules et divers petits objets.

L'art de la "récup"  en quelque sorte !

L'art de la Récup

Je me souviens de ce petit tableau

-avec ses jolies roses aux couleurs tendres-

qui ornait le bureau de mon grand-père paternel.

Par la suite ce bureau est devenu la chambre

que j'occupais pendant les vacances scolaires.

J'ai toujours aimé et j'aime encore ce tableau !

Tableau

Je me souviens des roses trémières

  qui poussaient dans le fameux jardinet !

Elles m'éblouissaient par leur faîche beauté !

Eles sont toujours là, longues, élancées

épanouies, vrai régal pour les yeux et le coeur !

Les roses trémières

Je me souviens de mes livres d'enfance

que je lisais et relisais, assise sur les marches

de l'escalier en bois qui conduisait à la chambre

 de ma grand-mère maternelle.

Lectures enfantines

Je me souviens de l'ombre de ce sapin

projetée sur le mur voisin !

Décor provisoire créé par le mouvement du soleil ...

Attendre le bon moment ...

Se réjouir d'avoir pu le capter ...

Appeler ses proches pour qu'ils en profitent

eux aussi !!!

L'ombre du sapin

Je me souviens, 

Je me souviens ... 

Je me souviens .......

 

 

Posté par MAPNANCY à 00:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :

Apprentissage sorcier (par joye)

dale and daleJe me souviens de Dale and Dale. Cours élémentaire de français. Copyright 1963 by D.C. Heath & Company. Oui, j'ai beau être une nouvelle, le bouquin était déjà vieux...ou déjà vu !

Je me souviens des casques et des micros. C'était drôle de jouer au pilote ! Je me souviens que je laissais toujours plusieurs poils longs sur l'appareil en l'ôtant parce qu'un idiot d'ingénieur quelconque avait trouvé bon de mettre un vis en plein milieu du bandeau de la casque. Je ne sais plus si je n'étais pas un peu chauve avant la fin de cette première année.

Je me souviens des dialogues et des phrases garanties utiles qu'il fallait apprendre par coeur, comme :

- Pauvre petit ! Il glisse, il tombe, il pleure.

Je me souviens de Madame Truc. C'était une BD dans une revue destinée aux apprentis de FLE tazuniens. Elle, c'était une vieille concierge d'avant-guerre, éternellement habillée en gilet, vieille robe, et pantoufles. Elle avait un chat qui s'appelait Simon. Ou Sasha. Ou quelque chose d'autre qui commençait par la lettre S. Maintenant que j'y pense, je pense que cet amour de chat s'appelait Claude ! Madame Truc m'embêtait quelque peu, mais j'adorais le chat. Il avait un grand nez d'humain et un regard éternellement furax. Il me faisait hurler de rire.

Je me souviens de Toute la Bande, une série de films à propos des jeunes Français. Ils avaient une petite voiture blanche - qui tombait toujours en panne - et une invitée sénégalaise. Dans un des films, elle portait un soutif blanc sous sa blouse transparente. C'était le choc total pour nos petits yeux innocents ! Mais le prof nous a expliqué que le film avait été banni dans le Sud, non pas à cause du soutif de la fille, mais parce qu'un garçon blanc l'embrassait sur ses belles joues noires. Le choc total pour les racistes de Dixie à l'époque !

premier livreJe me souviens des exercices rigoureux de grammaire venant du AMSCO WORKBOOK. Ça, c'était du sérieux, mes amis ! Ouais ! Chaque article, chaque mot de vocabulaire, chaque verbe, on conjugait et reconjugait six mille fois, on traduisait - version et thème, tchlack ! -  et je vous assure que la police du texte était petite !  Et, au bout du texte, des cartes, de la géo, de l'histoire française, mais en anglais. On vous remettait en français aux deuxième et troisième livres. La prof gardait l'anglais et la civilisation en anglais pour le vendredi, histoire de nous reposer les neurones un chouïa après les interros. Chic non ?

Je me souviens de Pilote. Je me souviens de Paris Match. Je me souviens des bûches de Noël et des chansons. Je me souviens de la mort de Charles de Gaule et de la vie de Georges Pom-pom-pidou.

Je me souviens de Suivez la Piste. Malheureusement, je ne suis jamais arrivée au bout de ladite piste...mais maintenant, grâce à l'Internet et à Plain Local Schools et sans doute grâce à une expiration de copyright, je peux ! Et vous aussi. Tiens, un petit morceau pour vous allécher ?  Bah oui, hein, pourquoi pas ?  

Allez, messieurs-dames, attention, vous allez revivre un petit moment de nostalgie...vous aussi, vous souvenez-vous des pièces de vingt centimes, des cabines téléphoniques, des annuaires, des jours d'avant France-Télécom-Bonjour

Eh ben, voilà, c'est pour vous. Ne quittez pas.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
Tags :

Je me souviens de l'an 2000 (Joe Krapov)

- Je me souviens que le prénom d’Alzheimer est Aloys.
- C’est bien, c’est suffisant pour qu’on ne t’enferme pas et qu’on te laisse libre de tes mouvements !
- Je me souviens que le prénom de Pérec est Georges et qu’il avait une tête de marin-pêcheur breton.
- Je confirme, aussi vrai que je m’appelle Jean-Emile Rabatjoie.

2015 01 02 Scan collage Pérec


- Je me souviens qu’on disait « Je vous souhaite une année bonne et heureuse » et qu’on répondait : « Une longue et vigoureuse ! ».
- Aussi vrai que je m’appelle Jacques-Henri Casanova, je confirme !
- Je me souviens que ma nièce, Isaure Chassériau, avait reçu un ukulélé rose à Noël !
- Aussi vrai que je m’appelle Joe Krapov, je confirme. C’est moi qui le lui avais offert !

141227 036


- Je me souviens que j’ai toujours eu horreur de jouer à ce jeu de « Je me souviens »! A partir d’un certain moment ça devient le carnaval des animaux autofictionnels ! Voire la Danse macabre des années qui passent !
- Alors, aussi vrai que tu t’appelles Camille Cinq-Sens, oublie ça et sers-nous une autre tournée ! Et souhaitons une bonne année 2015 au Défi du samedi de la part de Rennes-en-Délires !

141223 130

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :


Participation d'EnlumériA

Avertissement.

L’une de ces affirmations est totalement bidon ! À vous de deviner laquelle.

  1. Je me souviens que je ne voulais pas venir au monde, mais qu’une instance supérieure ne m’en a pas laissé le choix.
  2. Je me souviens de ma première visite chez le coiffeur. J’avais peur que ça fasse mal.
  3. Je me souviens des parfums de l’orangeraie que je traversais pour me rendre à l’école, à Boumerdès, anciennement Rocher Noir, en Algérie.
  4. Je me souviens du dernier film que je suis allé voir à Alger avec mon père avant de revenir en France : Les sept mercenaires.
  5. Je me souviens du caïd de l’école à qui j’ai cassé la gueule en CM2 parce qu’il commençait à m’ennuyer sérieusement.
  6. Je me souviens de ma première guitare, une gamelle épouvantable que j’avais achetée parce que la couleur me plaisait.
  7. Je me souviens de la chanson qui passait quand j’ai embrassé une fille pour la première fois. La demoiselle s’appelait Véronique et la chanson, c’était Let it be, des Beatles.
  8. Je me souviens de la première fois où j’ai joué sur scène. J’avais seize ans. Je tenais la basse et avec Claude, le guitariste et Gérard, le batteur, nous reprenions entre autres des morceaux de Jimi Hendrix. J’avais tellement le trac que j’ai joué le dos tourné au public pendant la moitié du concert.
  9. Je me souviens des deux master-class que j’ai suivies avec Barney Kessel, grand guitariste de Jazz devant l’Éternel.
  10. Je me souviens de ce mois de mai 1982 à New-York, de ma rencontre avec Keith Richards, le guitariste des Stones, et de la gentillesse de cet homme-là.
  11. Je me souviens de cette suspension du temps lorsque j’ai rencontré tout à fait fortuitement ma future épouse au détour d’un couloir. Son regard dans le mien avec cette certitude que le coup de foudre existe dans toute sa réciprocité.
  12. Je me souviens de la naissance de mon premier fils. Je l’ai tenu dans mes bras quelques minutes avant que le SAMU l’emmène à l’hôpital Trousseau où il a passé les six premiers mois de sa vie dans une chambre stérile, entouré de machines, sans aucun contact avec l’extérieur.
  13. Je me souviens de ma rencontre avec l’ange, juste avant l’aube. Ils n’ont pas d’ailes et sont d’une beauté terrifiante.
  14. Je me souviens d’un lendemain de cuite*, ma femme assise sur le lit attendant que je me réveille pour me dire : « Je demande le divorce. »
  15. Je me souviens de cet Ovni observé un soir d’été dans le ciel étoilé du Gers. Trajectoire impossible, en ligne brisée. D’abordvers l’Est, puis retour quelques minutes plus tard, vers l’Ouest.
  16. Je me souviens de ma conversion à l’Islam à la mosquée d’Argenteuil pleine à craquer, le premier jour du ramadan 2009, expliquant aux fidèles que j’avais enfin trouvé la religion qu’il me fallait après avoir lu la Bible, la Bhagavad Gita et surtout le Coran pour la quatrième fois.
  17. Je me souviens du concert donné en 2012 à Saint-Germain-en-Laye avec mon ancien groupe au complet, Varenkor, 30 ans plus tard. Le croirez-vous, mais d’anciens fans de l’époque étaient présents dans la salle.
  18. Je me souviens de la dernière fois où une femme m’a bien fait comprendre, en employant des termes d’une exquise cruauté, que c’était grillé pour moi de ce côté-là et qu’il fallait que j’accepte de passer le reste de ma vie avec mon chat pour seul compagnon.
  19. Je me souviens des premiers symptômes de la maladie qui a décidé de pourrir le restant de ma vie.
  20. Je me souviens du jour pas si lointain où j’ai réalisé que l’écriture et la musique allaient finalement sauver les meubles.
  21. Je me souviens que votre temps est précieux, aussi ne vais-je pas vous importuner plus longtemps.

 

Merci de votre attention.

 

Prenez soin de vous.

 

Évreux, le 29 décembre de 2014.

 

* Merci de m’épargner le commentaire vaseux trouvant un rapport avec le souvenir précédent. Ce serait par trop téléphoné.

 

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
Tags :

je me souviens par bongopinot

 

bo01

 

 

Je n’oublie rien de rien je me souviens

Des mots de mon père qui rassuraient

Ceux qui encore aujourd’hui font du bien

Et permettent à mon cœur d’être vrai

 

Et je me souviens aussi et surtout

Des parties de pêche avec mon grand-père

Pendant les vacances ces jours étaient si doux

Et à son bras moi si petite j’étais si fière

 

 Je me souviens d’un noël si blanc

Où je reçus un landau bleu et une poupée

Magnifiques cadeaux pour une enfant

Avec des affaires que ma mère avait tricotées

 

Je me souviens lorsque je suivais mes frères

Pour aller à l’école je courrais derrière eux

Ils étaient grands et marchaient à vive allure

Mais tous les trois nous étions si heureux

 

Je me souviens de tout je me souviens de toi

Ensemble nous avons aimé user nos souliers

A marcher trop longtemps dans le vent et le froid

Pris dans les filets de la vie mon enfance s’est envolée.

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags :

Participation de Nhand

JE ME SOUVIENS D'UNE BELLE HISTOIRE

 

 

1
Je me souviens du jour où tu m'as dit « c'est quand tu veux ».

2
Je me souviens du baiser timidement échangé dans une salle obscur, mais pas du nom du film.

3
Je me souviens des heures idylliques, entre le bleu du ciel d'août et le vert de la Pelouse de Reuilly.

4
Je me souviens d'un soir en Baie de Somme, de la chaleur de ton corps et de la buée sur les vitres de la voiture.

5
Je me souviens du balcon où j'acceptais de prendre froid pour ne pas t'enfumer.

6
Je me souviens des chocolats liégeois de chez Dupont, ils avaient le goût de l'insouciance.

7
Je me souviens de ta main qui me rattrapait chaque fois que je voulais traverser la rue, alors que le petit bonhomme était encore au rouge.

8
Je me souviens de ton aversion pour la pâte feuilletée. A mon avis, tu n'aimais surtout pas les miettes sur ton joli pull.

9
Je me souviens du selfie que tu as pris de nous un après-midi que je siestais dans tes bras.

10
Je me souviens de la promenade sur l'Île aux Cygnes. La grisaille et le froid sur la Seine portaient les habits des premiers doutes.

11
Je me souviens de tes yeux qui parlaient pour toi. Joie, colère, tristesse, confusion... Ils ne savaient rien me dissimuler.

12
Je me souviens de ton irrépressible engouement pour les dépenses vestimentaires.

13
Je me souviens de tout, des moments velours, des instants silex, et même de ce que nous n'avions vécu qu'en rêve.

14
Je me souviens du jour où tu m'as écrit  « je t'ai aimé ».

15
Je me souviens de ton sourire, le plus beau du monde.

 

 

LOGO NH-NHAND-réduit

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
Tags :

Participation d'Emma

Je me souviens…


Je me souviens de votre premier cri fragile et chevrotant…
Miracle sidérant.
Je me souviens du petit clown en fer avec une clé dans le dos.

Je me souviens du bonheur.

Je me souviens
de l'odeur de l'encre violette,
et de maître corbeau sur son arbre perché…
Je me souviens de ma première orange, à 6 ans,
cadeau du gros monsieur de la chambre voisine
à l'hôpital…
Je me souviens que sur le chemin de l'école, Gérard a coupé avec son canif
la queue d'un cochon qui dépassait d'un camion,
le pauvre gueulait tellement qu'il a ameuté tout le quartier.
Je me souviens du canard décapité qui courait dans la cour de la ferme.
Je me souviens que Matisse avait dessiné nos cartes de ciné-club,
et qu'elles étaient très moches.
Je me souviens que le serial incendiaire était un pompier.
Je me souviens que l'assassin de notre pauvre facteur était un gendarme,
et que le gendarme était le père d'un petit copain.

Je me souviens de mon enfance

Je me souviens
du corbillard noir sur la neige blanche
et de mes petits pieds
gelés dans mes souliers d'été.

Je me souviens de la douleur

Je me souviens des raggazzi de Naples
qui sifflaient nos robes légères
avec constance, sinon conviction…
Je me souviens de nos exaltations et de nos rêves
sur les banquettes en skaï du bistrot de Pierrot…
Je me souviens "du" concerto pour clarinette[1], un soir de plénitude,
un soir de plénitude où les flammes dansaient,
avec la certitude que la vie serait belle.

Je me souviens de la ferveur

Je me souviens,
mon Dieu, je me souviens,

des soirs et des matins,
des soleils et du vent, des roses et du ressac,
des couleurs et des goûts, des notes et des mots,
des baisers,
et de chaque étincelle qui fit
que la vie fut si belle.



Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

La cantine (Pascal)

Je me souviens… Je me souviens quand on avait pris ma voiture pour aller déjeuner ensemble à la cantine. Je m’étais débrouillé… Les autres étaient montés dans un autre véhicule et je m’étais empressé de t’inviter dans la mienne. Je crois bien que tu t’étais laissée faire… Je t’avais pour moi tout seul, le temps de cette excursion d’appétit, le temps de cet enlèvement consenti, le temps de traverser Toulon et ses encombrements de midi.

Si tu savais comme j’étais fier de te savoir à mon côté, à ma droite. Tout me paraissait si magnifique, de la journée grise jusqu’au clochard qui était venu quémander quelques pièces à notre fenêtre baissée, pendant le temps d’un feu rouge. J’aurais voulu lui lancer des pièces d’or, sans qu’il ait besoin de me remercier, juste pour te regarder t’étonner de ma bienveillance sans limite. J’aurais tant voulu t’impressionner en jetant tous mes atouts si fragiles dans tes yeux si bleus. Je voulais les voir s’illuminer autant que les miens pouvaient briller quand je t’admirais à la dérobée. J’étais un grand chevalier et j’avais toutes les bontés dans la circulation pour que tu remarques mes tonnes de mansuétude courtoise envers le monde environnant. Je roulais doucement.

Si tu savais comme j’ai voulu nous perdre dans la foule ; j’espérais des bouchons d’anthologie, des fins de grèves, des travaux, même des accidents, je l’avoue,  pour te garder plus longtemps prisonnière dans mon fauteuil de passagère.  J’aurais voulu faire le tour du monde pour rejoindre la cantine ; je voulais t’inviter au restaurant et réserver une table avec plein de fleurs des champs pour qu’elles jalousent tes yeux brillants de fin d’enfant… Même les feuilles décolorées des platanes, mortes, allongées, saignant le long des caniveaux leurs couleurs fanées avaient des auras de merveilleuse fourrure d’automne. Chaque passant, chaque automobiliste, chaque humain croisé avait quelque chose de merveilleux. C’est comme si je ne voyais que le meilleur en eux au travers de mes sourires planants.

Je me souviens de toutes les secondes de ce voyage de réfectoire. Même les bosses, les nids de poule, les retardataires piétons de trottoirs, sur des passages protégés étaient sujets à nos  amusements notoires. Nous étions dans le même fabuleux manège ! Si tu savais comme j’étais heureux ! Pour toi, j’aurais décroché tous les pompons !... Nous regardions le même paysage, nous allions dans la même direction, nous avions la même faim, le temps de cette escapade aux mille impressions !... Comme le gris valentin installé dans notre ciel depuis le matin n’avait pas encore de projets chagrins, j’ai abaissé le toit à la faveur d’un ralentissement pour que tu puisses goûter aux joies de rouler dans une belle décapotable. Je voulais que tu ressentes le plaisir d’être une princesse emportée dans son carrosse…

Une seconde, tu as été surprise de voir ce toit escamotable se ranger en douceur en dessus de ta tête jusque dans le coffre. Curieuse et intriguée, tu découvrais les nuages en regardant le ciel. On aurait dit une enfant dans un nouveau jeu en train d’en comprendre les couleurs et les senteurs. Protégée par le pare-brise, le vent ne pouvait refroidir ton intérêt. Tu admirais les étages supérieurs des immeubles, la cime des arbres alignés sur les trottoirs et tu écoutais l’ambiance bruyante des boulevards. Tu avais quelques émotions de voir l’immensité du tableau troublant et, en même temps, d’être vue par les acteurs de ce même tableau déroulant.

J’observais la moindre de tes réactions, je voulais tant te faire plaisir en déployant tout mon jeu. Je voulais tant faire briller quelque chose de neuf dans tes pupilles en me regardant mais, comme une enfant gâtée, tu étais trop intéressée par le paysage traversé. A ma façon, je t’offrais un tour de manège et tu en profitais sans discernement, comme quelque chose de soudainement naturel.

Même dans mon carrosse, j’avais les cheveux blancs… Je restais laquais à jamais… Pourtant, je me souviens, nos regards se sont croisés quelques fois ; c’était pour se faire croire qu’on admirait des paysages différents. Je ne pouvais pas t’admirer en continu, je conduisais… Et puis, la circulation était malheureusement fluide. Tout se passait trop vite. Un évènement comme celui-là, je voulais le graver d’éternité au milieu de ma mémoire. Je savais bien que cela serait, entre nous, la plus grande intimité qu’on allait partager dans ce monde. J’étais un héros sans gloire, un chevalier d’antan sans rien d’intéressant à déposer à tes pieds, un gueux sans miséricorde.

Je pourrais me rappeler de chacun des visages que nous avons croisés ! Tout était tellement surnaturel. Je flottais dans une dimension autrement plus authentique que mes rêves les plus audacieux. J’étais plus qu’un spectateur dans notre réalité. J’en étais l’instigateur, le créateur… Je n’arrivais même pas à parler ; je me concentrais sur ma conduite et mes envies irrépressibles de t’admirer se laissaient dévisager… Quiconque nous regardant aurait compris cette douce machination…

Je dévorais ton reflet dans la vitre du pare-brise pour que tu ne t’aperçoives pas de cette admiration déplacée. Ta peau était blanche, en retard de soleil ou en retard de sommeil, un peu anémiée, comme une feuille de courrier où rien de vraiment essentiel n’a jamais été encore épanché en folle passion. Les quelques grains de beauté décorant ta figure étaient comme des finauds panneaux indicateurs à la signalisation confidente de tes frissons amoureux. Ce n’était que ma traduction secrète mais elle me plaisait bien au moment où je la pensais. Je t’avais pour moi tout seul à l’audace de ma servile timidité conquérante. Je n’osais même pas te parler, j’étais un grand benêt de cinquante ans !...

Je crois que j’avais tellement de mots d’Amour à te confier qu’ils se bousculaient tous aux portes de mon palais comme des axiomes approximatifs… Je voulais tant allumer l’Etincelle dans les yeux de tes vingt-sept printemps… Tes cheveux, surpris par quelques jeunes tourbillons venteux, se plaquaient sur ta figure comme un masque blond transparent mais ténébreux mais d’un doigt, tu les rattrapais magiquement en mèches apprivoisées en les cernant derrière tes oreilles. J’adorais ce geste tellement féminin qui naissait naturellement à la faveur des gentils courants d’air. C’était la facture mirobolante d’un charme fou, un sortilège, et tu ne comprenais même pas l’impact foudroyant qu’il jetait sur moi…

L’affreux bâtiment de la cantine était déjà là. Du tocsin, mon cœur sonna subitement le glas. L’avalanche… l’ensevelissement… l’asphyxie… l’apnée… la mort… par l’arrêt du moteur… Je redevenais fantôme et l’illusion sublime s’estompait comme un rêve qu’on ne peut plus retenir. Si tu savais comme j’aurais aimé prendre ta main pour escalader les marches qui emmènent à la cantine…

Je me souviens…

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags :