Chapitre 7/ « L’empreinte »

Eva appela Joachim qui, au son de sa voix se douta que quelque chose n’allait pas.

Elle décacheta l’enveloppe et comprit très vite que cette lettre anonyme allait bouleverser sa vie mais elle s’arma de courage et lut à voix haute :

« Madame l’homme avec qui vous êtes n’est pas celui que vous croyez ! Il a eu plein de femmes avant vous et vous serez parmi sa collection aussi ! Toutes celles qui vont avec lui le paient cher ! Une amie qui vous veut du bien ! »

Cette lettre avec des morceaux de journaux collés était une horreur pour Eva, elle se tourna vers Joachim pour qu’il dise quelque chose !

Il était blanc de colère il se leva d’un bond et vint vers elle.

-« tu ne vas pas croire ce torchon j’espère ? Je vais te dire exactement ma vie avant toi et tu pourras te faire ton opinion mais d’ores et déjà je veux savoir qui t’a écrit cela ? Qui a mis un coup de couteau dans mon pneu ? Qui a tenté de cambrioler ton garage ? Maintenant cette lettre  c’en est trop ! »

Eva retourna l’enveloppe et vit au dos une empreinte un peu bizarre un petit bonhomme en blanc ka01 sur fond de pierres noires un tampon sans doute et dessous était écrit, d’une écriture d’écolier (cette fois à la main) : « suivez ce petit homme il vous conduira à la vérité »

Elle prit la précaution de ne toucher que le côté gauche de l’enveloppe pour la donner à la police de manière à faire un relevé d’empreintes, qui sait si celles–ci coïncidaient avec celles du garage ?

Elle mit la lettre dans un sac en plastique et n’y toucha plus, elle se tourna vers Joachim !

-« Ecoute dit-elle j’ai confiance en toi, je te connais depuis plus de huit mois, je t’ai vu vivre et agir, je me suis fait une opinion sur toi, tu vas me raconter si tu veux mais avant embrasse-moi et serre-moi très fort et allons prendre le petit-déjeuner, nous parlerons à table »

Il la prit dans ses bras sans se faire prier, c’est à ce moment-là qu’elle vit des larmes perler sur le visage de JO, elle lui essuya les yeux et les embrassa avec tendresse.

-« Viens ne te laisse pas démonter par des choses aussi méprisables, il faut être solidaires, ce n’est rien je suis certaine qu’une explication simple existe,  j’ai acheté des brioches tu vas te faire un café, cela ira mieux ensuite ! »

Elle mit sa table de petit-déjeuner Jo ne disait rien, il fit le café, elle son thé préféré à la bergamote, les brioches réchauffées, elle lui prit la main.

-

-«Si tu veux me dire quelque chose vas-y je préfère que ce soit toi qui me parles, quoique tu aies à me dire »

-« J’ai eu trois expériences importantes avec des femmes dans ma vie, la 1ere j’avais 20 ans et j’étais bien jeunot et inexpérimenté, au bout de 5 ans, nous nous sommes quittés… Puis la deuxième est arrivée, elle faisait du cheval elle semblait se plaire dans ce style de vie, mais au bout de quelques années elle dépérissait car elle voulait légitimement des enfants, comme nous n’arrivions pas à en avoir nous avons été consulter et il s’est avéré que je suis stérile et que je ne pourrai jamais faire d’enfants, au début il fut question d’adopter, je lui disais que beaucoup d’enfants sont en mal d’amour et qu’il suffisait d’aimer un enfant déjà né quelque part . Elle me dit oui et elle finit par faire un enfant avec mon meilleur ami tout en faisant croire que nous allions faire les démarches pour adopter !! J’ai eu beaucoup de mal à me remettre de cette double trahison, nous sommes séparés, elle a 3 enfants et vit dans le midi.

 Je suis resté célibataire quelques temps  une ou deux aventures dont je ne te parle pas car sans aucun intérêt.

Je devenais un peu « un ours » dans ma tanière me dévouant pour mes chevaux, j’ai aussi passé un diplôme pour accompagner les gens en randonnées et donner des cours d’équitation, j’ai développé mon centre équestre comme Maréchal Ferrant en  travaillant dur avec un vétérinaire qui m’a appris les bases de soins à donner aux chevaux lorsque l’hiver est là….bref !! J’avais déjà la quarantaine lorsque j’ai rencontré la troisième,  une femme seule avec deux ados, au début ce fut très bien, mais rapidement avec les enfants de cette femme c’est devenu un enfer, ils étaient très mal élevés, je ne pouvais rien leur dire, mais j’étais bon pour payer leurs études et tout le reste, les disputes ont commencé, de plus en plus successives, c’est alors que je me suis aperçu qu’elle buvait ! Elle me mentait tout le temps et me demandait de plus en plus d’argent, j’ai voulu l’aider et la faire désintoxiquer, mais elle refusa…Après quelques années encore ce fut la séparation qui s’est très mal passée, elle voulait une somme d’argent pour partir j’ai fini par la lui donner pour avoir la paix ! Elle vit malheureusement dans la région et je la croise de loin parfois, elle est de pire en pire avec les dégâts liés à l’alcool. .. Je t’ai tout dit, tu comprendras pourquoi je ne me suis jamais marié et pourquoi je ne voulais plus personne dans ma vie, et surtout  éprouver quelque sentiment et j’ai désormais 55 ans ! Mais tu es là !

-« Mais rien à voir avec une collection comme dit cette lettre, c’est incroyable qui peut t’en vouloir, nous vouloir du mal ? Je pense qu’il faut retrouver cette rousse elle ignore que je l’ai vue, avec cette tignasse, et sa démarche je la reconnaîtrais entre mille, si elle traîne par ici il ne sera pas difficile de la suivre et de  voir où elle demeure, elle ne pourra pas  nier car nous lui dirons que nous avons ses empreintes, et qui si elle ne parle pas nous irons direct à la police, qu’en penses-tu ? »

-«Tu as une excellente idée, bon Eva nous allons nous habiller c’est dimanche, je profite que mon jeune stagiaire soigne et nourrisse mes chevaux, alors je t’emmène voir un point de vue extra pour te changer les idées, mets un pantalon et des baskets et en route ! »

Le chien qui a entendu le mot « en route » remuait déjà de la queue et se fixa devant la porte.

-« ok » !  Elle se hâta et une heure plus tard, tous les deux  lavés et habillés ils  partirent en voiture avec celle de JO et le chien Bob pour voir le site.

En route ils ne se parlèrent pas.

Arrivés au point de vue qui était majestueux  à couper le souffle, Joachim arriva dans son dos et lui dit à l’oreille :

-« Tu es ma merveille Eva, tu es ce qui m’est arrivé de plus beau quelqu’un essaie de nous mettre les bâtons dans les roues, mais ils n’y arriveront pas, je n’ai jamais ressenti ce que je ressens pour toi, et cette nuit ma chérie a été  la plus belle , je te le dis tout en haut de la montagne si tu veux je le crie au vent, qui le dira au monde, je le crie au ruisseau qui en fera des rivières, je le crie au ciel ! »

Elle se retourna et l’embrassa avec toute la fougue dont elle était capable, elle pensa que cet instant était un moment d’éternité incomparable.

Ils marchèrent 2 heures encore en se tenant la main émerveillés par la nature, ils mangèrent dans une ferme Vosgienne des bonnes patates au munster et une tarte aux myrtilles, Eva n’osait plus rire.

Le soir ils mirent ensemble un plan d’attaque pour découvrir le fin mot, ils allèrent au lit rassurés et firent l’amour avec plus d’intensité encore que la veille.

Jo partit à son travail tôt le lendemain matin. Eva prit le  bus pour aller en ville.

Elle parcourut toutes les rues principales en vue de trouver la rousse, en vain, elle avait mal aux pieds, elle s’assit près de la fontaine et se frottait les pieds endoloris lorsqu’elle aperçut au loin la démarche de la femme avec un panier ! Son sang ne fit qu’un tour, elle se rechaussa promptement et la suivi de très loin, elle marchait en s’arrêtant parfois comme essoufflée, ou inquiète ? Elle semblait regarder partout comme une pie curieuse.

Elles passèrent à tour de rôle dans la ruelle du marchand de vélo cela rappela à Eva de mauvais souvenirs, l’autre maintenant marchait très vite elle savait très bien où elle allait.

Elle tourna dans une ruelle bien étroite, Eva leva le nez pour se repérer et comprit très vite où elle était « rue de la Pierre Hardie » mais Jo lui avait dit que c’était l’ex de Raphaël qui demeurait là !! Elle était perplexe, lorsqu’elle vit la rouquine entrer dans une demeure un peu délabrée dont la façade était composée de trois fenêtres ouvertes avec des volets brinquebalants marrons totalement en lambeaux, un lierre courait sur les autres fenêtres qui étaient toutes condamnées.

Rien de rassurant !! En s’approchant de la sonnette à l’ancienne avec chaîne rouillée, elle vit un étrange dessin au pochoir semblable à celui au dos de la lettre ! Ça alors ! ka01 Elle était au bon endroit et ces deux femmes détenaient la clé du mystère.

Elle sonna, du moins elle tira sur la chaînette avec toutes ses forces !

La femme qui vint lui ouvrir puait l’alcool !! Il n’était que 10h30 du matin ! Elle était débraillée et sa robe de chambre tenait par la saleté, ses cheveux gras et plaqués en disaient long sur la personne ! Mais Eva prit son courage à deux mains et dit :

-« Bonjour Madame je cherche une femme qui a connu Raphael Fontenoy j’écris un article dans un quotidien sur lui et je désire savoir si cette femme demeure ici, je paierai toutes les infos cela va de soi ! »

À ces mots la dame ouvrit grand la bouche et répondit : « que c’était bien là, ma chère petite dame, vous pouvez entrer »

Elle la suivit dans un long couloir Lorrain qui n’en finissait pas pour déboucher sur une cuisine d’une saleté repoussante, elle lui fit signe de s’asseoir sur l’unique chaise sans linge et se mit en face d’elle.

Elle se servit une rasade de vin rouge dans un verre douteux et en proposa à Eva qui déclina avec politesse.

-« Qu’est-ce que je peux pour vous ? Si vous payez bien je vous dis tout ! »

Eva sorti 50 euros comme convenu la veille avec Jo et les tendit à la femme qui s’empressa de les mettre dans son tiroir.

-« Oui j’ai bien connu le Raphael dit-elle ce salaud de première, ah il m’en a fait voir le bougre, à cette époque j’étais une belle femme avec tout ce qui faut où il faut ! Il aimait les girondes, J’étais douée pour le truc si vous voyez ce que je veux dire dit-elle avec un rire gras et sonore! »

-« Stop ! lui dit Eva n’entrons pas dans les détails, je voudrais savoir pourquoi vous êtes restée avec lui, vous faisiez du cheval je crois à cette époque et vous étiez sa petite amie ? »

« Non, dit-elle je n’étais pas la seule, il sortait aussi avec ma sœur, qui est infirmière qui faisait du cheval, une fille bien je vous le dit, elle a fait des études pas comme moi ! Mais moi j’ai une botte secrète qui plaît bien aux hommes et il m’achetait beaucoup de cadeaux ! »

-« Bon venons aux faits dit Eva il sortait avec vous et votre sœur,  le savait-elle ? »

-« Non pas au début, elle était folle amoureuse et il lui promettait le mariage, mais vite elle a compris qu’il avait d’autres femmes en même temps qu’elle, elle lui demanda des explications, mal lui en a pris ma bonne dame ! Savez-vous ce qu’il lui a répondu ? »

-« Ma chère Solange tu es gentille et tu me soignes bien, tu cuisines bien, tu es sortable, mais pour ce qui es du lit tu n’es pas une championne, alors j’ai des aventures quelle affaire !! Elles me courent toutes après ! Ce sont des « bons coups » rien que des bons coups ! Elles ne comptent pas !»

-« Quoi des bons coups dit ma Solange ? Tu veux dire des garces au lit ? Des ……… c’est ça les « bons coups rien d’autre ! Monsieur ne doit pas s’ennuyer ! »

« Oui voilà tu as raison c’est ça un bon coup, les hommes disent cela! Mais toi tu devrais prendre des cours… ! »

-« Elle le quitta le soir même et devint vite dépressive, elle revint vivre moi chez moi au 1er étage ! Vous ne pouvez pas la louper tant elle est rousse maintenant! »

La rousse était sa sœur et vivait au-dessus et elle avait mis cette lettre anonyme accusant JO ! Cependant elle avait mis un tampon de manière à identifier cette maison ?? Qu’avait-elle en tête ?? Il fallait à tout prix la faire venir et lui parler, elle seule détenait le nœud de cette intrigue.

Suite au prochain épisode