28 juin 2014

Défi #305

Qu'il soit virgule, de suspension, d'interrogation ...

ou de toute autre sorte :

parlez-nous du POINT !

escargot-points

Veuillez adresser votre mise au point à

samedidefi@gmail.com !

Merci et à tout bientôt pour les défis de l'été !

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Message dans une embouteillage (par joye)

message dans une embouteillage

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Le Prince du Loch (Célestine)

Cé01

-Hola ! Myrmidon, comment céans pénètre-t-on?

-Il vous faudra, messire,  semer trois poils de mandragore dans le calice de cette fleur de pourpier, tout en récitant le Kâma-Sûtra à l’envers. Qui cherchez-vous ?

-Je cherche, vile fourmi, Nessie, prince du Loch et des landes désolées.

- D’abord la fleur de pourpier…

- Voilà qui est fait. Me donneras-tu la clé ?

- Et le Kâma-Sûtra ?

-Si fait, et à l’envers, comme demandé. Puis-je, chétif insecte, excrément délétère ?

-Entrez, messire, dans le palais improbable des créatures. Prenez garde aux colimaçons !

-Je connus en Chine il y a longtemps des ouvriers bâtisseurs de maisons, des  coolies maçons… Sont-ce ceux-là ?

-Nenni, ceux-là sont pis que des méduses et des scorpions. Ils vous emporteraient sur le Styx en un instant…

-Le Styx…n’est-ce point là que Cerbère jadis…

-Le pauvre vieux cabot, hélas,  n’est guère plus bon à rien, il vend des cartouches de tabac au rabais à la frontière des Pyrénées…

 

-Hola ! Aimable  reptile, je cherche Nessie, prince du Loch et des terres désolées. Me diras-tu où le trouver?

-Je suis l’Hydre de Berne, monstre financier multinational aux bourses pleines. Je me nourris de stokopcheunn… Poursuis ton chemin, étranger, il est trop tôt, je préfère les princes du cas tard !

 

Hola ! Etrange cheval volant et nauséabond, connais-tu Nessie, Prince du Loch et des friches ventées ?

-Mon nom est Pet-Gaz de Schiste, je fais des prospections aériennes pour le compte de Total Pétro Léhomme Limited. Et je n’ai point aperçu dans mon radar celui que tu cherches.

 

Hola, bizarre volatile, connais-tu Nessie, Prince du Loch et des nuées embrumées ?

-je suis la Fée Nixe Dézotte Decébois, et je vends des maisons en carton, les fameuses maisons Fée Nixe. Désolée, je n’ai pas de client de ce nom dans mon listing de mailings.

 

-Hola, Etrange et visqueuse chose, connais-tu bien Nessie, Prince du Loch et des torrents pollués?

-Non, je retourne dans ma Lozère,  je tiens une salle à Mende, et n'ai point temps à rêvasser. Je risque une sale amende!

 

-Hola, homme-tronc sans tort, infâme bovidé, qui me dira où se cache Nessie, Prince du Loch et des chemins empierrés ?

-Je suis Centaure et sans reproche, en effet, et ne connais que les routes bien goudronnées, car j’organise des stages de conduite et de sécurité routière. Avez-vous votre permis ?

 

Mais enfin, bande d’Hippocaméléphantocamélos, salamandres, licornes et poils de chameau ! Personne ici ne connaît donc Nessie, Prince du loch et des  forêts entourbées ?

-Si fait, l’ami ! Moi je le connais !

-Ah ! Enfin ! Mais qui es-tu donc, impressionnant géant ?

-Je suis Atlas  Desmeublescanapéssalons, frère d’Axis Desassurances Dumêmenom.

 Jadis, au jardin d’Olympe, je trouvai dans ma salade un gros vers blanc, qui se coinça dans ma molaire. Dégoûté, je le crachai dans une flaque que les humains appelaient Ness. Ils en firent tout un pataquès.

-Tu m’en vois tout ébaubi ! Le Prince du Loch ? Un ver ? Un misérable asticot ?

-Eh oui, l’ami, Shakespeare lui seul le savait : il en a écrit une pièce.

- Et quelle est-elle, pédant colosse ?

-Eh bien parbleu…« Beaucoup de bruit pour rien ! »

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Elle existe (Tracy)

Les seuls moments où j'ai la chance de la rencontrer, je dois fermer les yeux et me laisser m'imprégner.
Je me mets au bord de l'eau et, lentement, les vaguelettes s'entrechoquent pour venir me chatouiller les orteils. Je ferme un peu plus les yeux pour que la nuit tombe un peu plus sur moi. Le vent me murmure de tendres paroles. Il est le messager de notre échange secret.
Je glisse ma main de mon cœur à mon ventre. Trois cognements résonnent. L'eau s'agite en retour.
Puis le silence. Le silence m'apaise.
Ce voile de chaleur glissant le long de ma peau m'annonce le coucher du soleil. J'ouvre les yeux. Ses couleurs rouges éclatantes m'aveuglent. Je ferme les yeux.
J'avance lentement. Mes chevilles, mes genoux, mes cuisses, mon bas du ventre. La pluie taquine la surface de l'eau tout comme elle taquine ma peau. Trois coups retentissent. Je passe ma main de mon ventre à mon cœur.
Je m'enfonce dans les profondeurs. Mon ventre, mon grain de beauté, mes seins, mes épaules. J'ai froid. Trois petits coups. Le froid m'assaille. Je passe ma main de mon cœur à ma ventre.
Puis le silence. Le silence m'apaise.
Les coups se font plus fréquents. L'eau est trouble et angoissée. Elle arrive.
Personne n'y croyait.
Je vais bientôt pouvoir la toucher. Le vent souffle de plus en plus fort comme pour m'inciter à le suivre. Du fond, je la vois arriver tout comme la vague qui la précède. Elle m'emporte et coupe ma respiration. Mes doigts transpercent le rien. Mes orteils s'emmêlent. Je pousse. Mon corps est éprouvé. Je suffoque.

Je pousse une dernière fois. L'air s'engageant dans nos poumons. Ma vue troublée par la fatigue ne m'offre qu'un spectacle flouté. Je l'entends. Je la touche. Elle existe.
Personne n'y croyait.

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Participation de Nhand

LA NESSIE DE PAPA

 

Elle était belle ! Tu t'en souviens, comme elle était belle ? Avec sa chevelure rousse toute en volume qui aurait fait de l'ombre aux bimbos shampooinées des publicités pour L'Oréal ; avec sa taille de guêpe un peu folle sur les côtés, un brin coincée au milieu ; avec son mètre soixante-dix-huit qu'étiraient davantage encore ses escarpins Charles Jourdan ; avec ses dents si blanches que maman, verte de rage et de jalousie, la surnommait Denivit ; avec ses yeux si clairs qu'on aurait dit qu'elle les avait beaucoup trop souvent nettoyés à l'eau de chagrin... Ah non, c'est vrai, parfois c'était aussi à l'eau de joie, à l'eau de rire. Surtout quand elle avait forcé sur l'eau-de-vie.

Elle était belle ! Elle était grande, élancée ! Elle était classe, élégante, chic ! Une vraie hôtesse de l'air au bras de papa qui, du coup, se prenait pour un commandant de bord alors qu'il ne savait commander rien d'autre que sa bande des sept clampins à l'usine, et, le dimanche midi, son habituelle assiette de raviolis maison chez le rital. D'ailleurs, je me demandais ce qu'une prout-prout de la Rive Gauche avait pu trouver à un père de famille plan-plan du quatre-vingt-douze, qui se calait un rendez-vous avec son autorité le lundi à huit heures pour se décommander à huit-heures et quart. Tu te souviens, on grimpait à tous les rideaux, parce qu'on savait que les menaces de papa n'iraient jamais plus loin que le bout de sa moustache. Et elle, ça la faisait glousser comme une poule de Bresse cinq étoiles.

Elle était rayonnante, solaire, même que ses lunettes noires Christian « Dehors » peinaient à évincer l'éclat de son regard lumineux.

Elle était raffinée, intelligente, érudite, savante, elle employait des mots tarabiscotés, des substantifs, des verbes, des adjectifs, des adverbes, tirés d'on ne sait quel dictionnaire, fabriqués avec ces consonnes et ces voyelles surcotées qui rapportent gros au Scrabble. Elle lisait Sartre et Beauvoir comme maman se piquousait à Stone et Charden. Elle parlait de Sand et Chopin comme maman découpait des photos de J.R. et Sue Ellen dans Télé-star. Elle s'habillait en Balmain comme maman portait les vieilles blouses héritées de sa mère.

Il en était dingue, papa, mordu jusqu'à l'échine qu'il courbait sans demander son reste. C'est que ça le changeait de la Folcoche acariâtre qu'était déjà devenue bobonne à quarante piges. Tu te souviens qu'il était fier comme un pigeon gonflant son jabot le jour où il l'avait emmenée au bal des soixante ans de Paulette ? Les René, Raymond, Roger, Norbert et autre Marcel n'en pouvaient plus de baver comme des stylos bic en fin de vie. Ah, il l'aimait, Ness ! De toutes ses dulcinées passagères, elle était de loin la plus aznavouresque des Vartan farmerisées – c'est incroyable qu'il n'ait honoré que des rouquines à part maman –, toujours la plus belle pour aller danser. Pour aller n'importe où, en réalité. Y compris pour aller dormir. Il l'aimait ! Ah ça, il l'aimait ! Bien plus que ses trois maisons, ses trois enfants, ses trois gros chats, ses trois gros chiens réunis de Cadet Rousselle de la banlieue sud ! Bien plus que son Ricard du soir ou sa collection de nymphalidae naturalisés, c'est dire ! Il lui aurait décroché la lune, dégazé Jupiter, ramené les anneaux de Saturne sur un coussin de velours pourpre, sauf que ça ne l'a pas intéressée, elle, de se démademoiselliser pour un petit contremaître en plaqué or...

Elle ne se sera pas enracinée longtemps aux fourneaux de la cuisine Cagivo – euh, Vogica, pardon – flambant neuf que papa avait fait installer spécialement pour elle dans la maison de Bourg-la-Reine. Non, la pouliche a finalement choisi le roi du faste, un étalon périmé, lourd et bedonnant de lingots, qui lui a proposé de venir poser sa selle chez lui, à Saint-Cloud. Tu t'en souviens ? C'est ainsi que s'était refermée la parenthèse enchantée.

Pourquoi te raconter tout ça et revenir trente ans en arrière ? Parce que je l'ai revue, Ness, figure-toi. Oui, oui, pas plus tard qu'il y a deux jours, alors que je traînais ma carcasse de vélibeur du week-end sur les quais de Seine. Entre un manège blindé de bruyants chérubins et un kiosque à souvenirs pour touristes en Birkenstock, se dressait une camionnette ambulante devant laquelle des grignoteurs de l'après-midi faisaient la queue pour une cannette à trois euros cinquante, un cornet de glace chargée en colorants chimiques ou une crêpe caoutchouteuse dégoulinant de Nutella. C'est à sa voix – non à son apparence – que j'ai reconnu la marchande... Le choc ! Je me suis rapproché, l'air de rien, afin de vérifier que mes tympans n'étaient pas si emmiellés. Mais oui, c'était bien elle, la Nessie de papa ! Dieu qu'elle a morflé... Bardot a carrément mieux traversé le temps qu'elle ! Par ailleurs, quel laisser-aller ! Plus de chevelure rousse toute en volume mais à la place une tignasse hirsute, blondasse et grasse, que même Birkin aurait reniée ; la taille de guêpe d'autrefois n'était plus qu'un ventre d'éléphante qu'accentuait mal un affreux tablier grisâtre ; le sourire, jauni par trois décennies de tabagisme, donnait l'impression qu'elle avait depuis des lustres troqué le Denivit contre la moutarde Marque Repère ; les lunettes noires ressemblaient à ces contrefaçons vendues à la sauvette aux abords de certaines bouches de métro et ne laissaient désormais rien paraître de son charisme perdu. Je crois que son mètre soixante-dix-huit a dû en prendre un sacré coup également, à en juger par son dos voûté, ses épaules affaissées, son cou triplement ratatiné. De là où je me tenais, aucune possibilité d'entrevoir ses chaussures, mais il ne devait plus être question d'escarpins prestigieux – j'imaginais plutôt des espadrilles grossièrement tissées, dénichées chez Babou.

Si papa l'avait vue, la malheureuse... Direct la civière, l'ambulance, la Pitié-Salpêtrière... Puis le cercueil, le corbillard et le Père-Lachaise ! Ou alors, grognant dans sa barbe – c'est comme si je l'entendais –, il aurait lâché sur un ton dégoûté, écœuré, malgré son sourire de gentil niais : « maintenant, j'en ai la preuve, Nessie est bel et bien le surnom d'un monstre, qu'on n'essaie plus de me persuader que ce monstre n'existe pas ! »...

Elle était belle, pourtant ! Tu t'en souviens, comme elle était belle ?

Comment ? Non, elle ne m'a pas reconnu. Mais ça, c'est uniquement parce que je n'avais que neuf ans la dernière fois qu'elle avait eu affaire à moi !

 

Nhand

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Légende urbaine de la campagne et java bleue avec chapeaux (Joe Krapov)

Edinburgh, le 24 juin 2014, de notre envoyé spécial :

DDS 304 Monstre du lac

Un drame affreux a failli se dérouler tout au fond du Loch Ness où une équipe de scientifiques de l’Université de Rennes 3 opérait des recherches autour du soi-disant « monstre » qui sévirait ou aurait sévi par ici.

Deux hommes-grenouilles se sont en effet violemment querellés en cours de mission sous-marine. D’après les premiers éléments recueillis auprès du commissariat de Drumnadrochit il s’agirait – Ah, ces Froggies ! - d’une rivalité amoureuse qui aurait pu très mal tourner si le professeur Denis D'Eglise-Trouée, responsable de l’expédition, n’avait pas fait appel à la brigade internautique locale commandée par Mlle Imogène Mc Carthery.

Nos agents ont fourré les deux Frenchies au bloc au motif d’envoi de pêches en eau trouble. On peut donc affirmer sans aucune Nessie-tation que le « monstre du lac » court toujours mais que l’aura négative qu’il projette sur notre pays a encore fait des victimes.

Il n’y aurait pas là de quoi en faire tout un plat si quelques membres facétieux de cette université de Rennes 3 n’avaient tiré de cet incident une chanson qui tourne sur les campus et fait un carton (-pâte) monstre sur Youtube. 

N.B. "La Java des hommes-grenouilles" est une oeuvre du formidable Ricet Barrier.

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Participation d'EnlumériA

Chloé et les pirates (à lire en musique)

Le capitaine Ward rongeait son frein dans la cabine obscure. En fait, il ruminait sur sa propension à monter des plans foireux. Il se servit un verre de cet hydromel à la saveur étrange de banane au piment d’Espelette. Il claqua la langue après la première gorgée. Ah non ! Ce coup-ci, ç’avait un arrière-goût de fond de veau à l’huile d’olive. Ce truc de sauvage n’avait jamais la même goût, mais une chose était sûre, cette potion ne lui procurait plus d’hallucinations. Il se remémora le premier soir, à l’auvergne du Palefrenier Narquois.

Par la barbe du Prophète !

Il n’avait pas fini le second verre qu’il courait déjà comme un dératé sur la plage avec un nain jaune et un joker rouge aux trousses ; deux olibrius chevauchant des otaries en soutane et crosse d’évêque. Il avait réussi à échapper à ses poursuivants en se réfugiant derrière un stand de tir à la moulinette qui se révéla plus tard une banale cabane de pêcheur. Pour finir, il s’était laissé enfumer par un crabe dorée bavard comme un phonographe qui lui proposa une place en tribune au grand spectacle du monstre en échange de sa casquette.

Le capitaine reposa son verre vide sur le bureau. Sans sa casquette, il avait l’impression d’être à poil. Ah ! Il l’avait eu sa place en tribune. Parlons-en ! La tribune en question, c’était une nacelle plantée sur un mât à une dizaine de brasses du rivage. Il avait été dépouillé et jeté en pâture à un dinosaure d’opérette par une dame patronnesse qui s’était mise à tambouriner sur des bongos comme pour rameuter toute la monstrerie du quartier.

Bongo Pinot ! C’est comme ça que le crabe l’avait appelée. Et les deux autres macaques qui étaient venus le tirer d’affaire ne valaient guère mieux. Les deux types s’étaient approchés du mât quelques instants après que la Bongo Pinot ait disparu dans une chaloupe rafistolée de partout qui semblait flotter de par la seule volonté du Saint-Esprit. Pas comme les deux types qui étaient arrivés en jet-ski. Un grand chauve à l’air maussade et un petit râblé coiffé d’un borsalino. Ils s’étaient présentés comme John Locke et Eliot Ness, de Locke-Ness Agency.

« Ben voyons », avait répliqué le capitaine. « Et moi, je suis Angus Young, le guitariste d’ACDC ».

Le grand chauve, malgré son air un peu perdu du gars tombé d’un avion, paraissait le plus malin. L’autre, avec son chapeau ridicule, ressemblait à un contrôleur du fisc un peu borné. Ce dernier lui avait ordonné de lui montrer ses mains. Il avait ensuite secoué la tête d’un air dépité.

— Il n’a pas la marque. »

— Tant pis ! On l’embarque quand même. » décida le chauve.

Ils avaient promptement chargé le capitaine sur leur engin. Quelques instants plus tard, ils montèrent tous les trois à bord d’un chasse-marée encalminé au large de Yemanja.

— Vous vous êtes fait arnaquer comme un premier communiant par la joueuse de bongos et son crabe apprivoisé, affirma John Locke.

— Il n’y a pas plus de monstre que d’oiseaux sous mon chapeau, enchaîna Ness. La Bongo Pinot a étouffé votre montre en or et votre médaille de Saint-Clément. Elle fait le coup à tout le monde. Si vous voulez, on peut vous aider à vous venger.

Le capitaine haussa les épaules. Ses bijoux, c’était du toc.

— Oui, pour les breloques, c’est pas grave. Je dois retrouver quelqu’un. Une femme.

Autour d’eux, l’équipage, une bande de pirates, s’enlisait dans un ennui pesant. L’absence de vent rendait les matelots nerveux. Certains jouaient aux cartes, aux dés ou bien s’affrontaient au bras de fer. L’un d’eux cracha son jus de chique au pied du capitaine. Un autre tenta d’excuser le geste de son camarade en expliquant que ce dernier était né de père inconnu et n’avait jamais bénéficié d’une assistance psychologique.

— Ouais, fit le capitaine en faisant un pas de côté. De père inconnu et de mère trop connue, hein !

— Venez, dit Locke. Allons dans la cabine de feu le capitaine Marshal.

La cabine était spacieuse et bien rangée. Elle sentait le cuir, le tabac et la cire d’abeille. Ness raconta comment le capitaine Marshal s’était noyé un soir en revenant de l’auberge après une soirée passée à picoler en l’honneur de Tonton Macroûte.

— Mais, je vois que vous êtes vous-même capitaine, dit Locke. Si vous voulez du travail, le poste est vacant. Vous cherchez qui exactement ?

— Elle s’appelle Maora, Maora Jackson. C’est une métisse d’environ trente ans, belle comme un diamant noir. Je sais qu’elle vient souvent faire du biseness dans la région. Elle traine tout le temps avec une grande blonde, genre walkyrie.

Ness poussa Locke du coude.

— Cette Maora, ça serait pas celle qu’on raconte qu’elle passe dans l’En-Deçà pour y magouiller des trucs pas clairs.

— Ouais, ça se pourrait bien, répondit Locke en reniflant. Et pourquoi vous voulez la retrouver cette sorcière ? Mais attendez ! Me dites pas que vous venez de…

Le capitaine hocha la tête.

— Non, sérieux ! C’est vrai ? Vous avez fait comment pour arriver là ?

— Comment, c’est une longue histoire qui a débuté dans les Caraïbes… Quant à savoir pourquoi, disons que c’est mes oignons.

 

Le capitaine se sentait chez lui dans cette cabine. Depuis le temps, il avait eu le loisir de poser ses marques et de se faire oublier des deux croupiers en faisant courir le bruit qu’il avait filé avec l’estafette mensuelle par l’intermédiaire de ce vieux briscard de Zéphyrin Sépulcre. Depuis combien de temps exactement était-il là ? Deux ou trois semaines, un mois ? Aucune idée. Ici, les choses n’étaient jamais ce qu’elles paraissaient être. La seule certitude, c’était qu’il lui fallait absolument retrouver Maora avant qu’il ne soit trop tard. En attendant, il s’occupait comme il pouvait. Il avait accepté le titre de capitaine de la Stella Lucia. Les matelots lui en savaient gré. Ils étaient bruts de fonderie mais relativement malléables pour qui savait les prendre. Le capitaine Ward ne débutait pas dans la fonction. Pour qui avait eu sous ses ordres la fine fleur de la filouterie caribéenne et les moricauds les plus déjantés des Antilles, l’affaire était aisée. En attendant, il s’était régalé de sa revanche sur la Bongo Pinot qui, non contente de l’avoir dépouillé, avait poussé le culot jusqu’à publier des commentaires moqueurs à son encontre dans la gazette du coin. Sa vengeance avait été des plus croustillantes. Il faut dire qu’il avait eu une alliée de poids en la personne de Chloé, enfin si le terme de personne pouvait décemment s’appliquer un triton femelle de 600 kilos genre Nessie dont les pirates avaient fait leur mascotte.

Chloé et les pirates réglèrent l’affaire de main de maître. Les matelots s’emparèrent de la joueuse de bongos au sortir de son bungalow et la ligotèrent toute enduite de confiture d’anchois sur son propre mât. Quelle merveilleuse friandise pour Chloé qui toiletta la mégère à grands coups d’une langue sinueuse et violacée. Ensuite, comme le capitaine était bon prince et pas rancunier pour un sou, il laissa filer l’arnaqueuse non s’en l’avertir que la prochaine fois, il la livrerait au Narrateur. Inutile de vous dire que la drôlesse n’en menait pas large. Le Narrateur ? Ce monstre était capable de toutes les audaces. Elle fila sans demander son reste en jurant mais un peu tard… mais vous connaissez la suite.

 

Mais là n’était pas la question. Il fallait revenir aux choses sérieuses. Depuis le matin, une rumeur courait çà et là, voletant de bouche à oreille avec la vélocité d’une loutre dans un boisseau de poil à gratter. Un couple d’inconnus dont la femme était blonde erraient sur la plage. Les guetteurs les avaient repérés du côté de la cabane du vieil Ernest, un écrivaillon qui racontait à l’envi l’histoire sempiternelle d’un vieil homme et d’un poisson. Selon toute vraisemblance, ces deux-là se rendaient à Yemanja.

Le capitaine se servit un autre verre, ça l’aidait à réfléchir. Une épiphanie illumina sa voûte crânienne alors qu’il sirotait une gorgée d’hydromel aux senteurs d’acacia et de dinde rôtie. Il fit convoquer aussitôt les compères de Locke-Ness Agency.

— Salut patron ! firent les deux lascars en montant à bord.

— Salut, les gars ! Suivez-moi dans ma cabine. On va causer biseness. Attendez une seconde ! Eh ! Monsieur Mite !

— À vos ordres, capitaine.

— C’est quoi, ce vélo qui traine sur le pont ? C’est à qui d’abord ?

— J’en sais rien, capitaine. Il était pas là y a cinq minutes.

— Alors, si c’est à personne, fous-moi ça à la baille. C’est pas une déchetterie, ici.

 

Les ordres étaient simples. Monter un traquenard à l’auberge en organisant une partie de roue de la fortune. Zéphyrin s’arrangerait avec Sandalphon et Orphaniel pour truquer la partie. Il fallait se débarrasser du gars ; il n’avait aucune utilité. Les croupiers sauraient bien quoi en faire. Locke et Ness chargeraient trois ou quatre matelots de faire diversion pendant qu’ils fileraient en douce avec la fille.

 

— Et après ? demanda Ness.

— Ben après, vous me la ramenez sur bateau, bande de nazes.

 

Oh ! Ils l’avaient ramenée, la fille. De ce côté-là, pas de problème. L’opération avait été un succès. Mais alors après ! Une femme à bord, c’est déjà un problème mais alors celle-là…

Le capitaine Ward se servit encore un verre et se rencogna dans son fauteuil. Mais par la barbe du Prophète, quelle idée à la con qu’il avait eu là !

 

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Nessie cité par nécessité de vacuité (JAK)

Parti en douce, anéanti,  il était  bel et bien disparu.

A son sujet, sans appel, la presse, les  médias s’étaient tus.

 

Puis vint Aout et son cortège de vacanciers. Dès lors,

Journalistes, pigistes,  hommes et femmes de tout bord

Typographes,  caméramans, échotiers  furent au chômage

Il fallut bien trouver de quoi faire à nouveau de l’enfumage.

Alors….

Un irlandais folklorique, le cul nu sous son  kilt

Dûment renseigné  sur le monstre  de Drumnadrochit

Twista à qui mieux-mieux ;   ses amis facebookèrent :

Ainsi,  on apprit que Nessie était toujours en vie !

Car…

L'appli. Plans d'Apple, connu pour sa gloire géante

Aurait  déniché des images satellites troublantes ?

Sur Le Loch, tout droit, on l ‘aurait vu  surgir d’une anse !

Alors,

Curieuse, j’ai voulu le vérifier, pour mes vacances.

Hardiment, sur la rive, armée de mon télescope,

Jours et nuits j’ai zieuté farouchement le scoop

Mais de Nessie niet, je n’ai,  hélas, rien  entr’aperçu !

 

M’en suis retournée frustrée dans ma douce France.

 

Ca m’apprendra de croire à tout ce qui s’avance

Sur les tweets ,  Fb, le net, les feuilles d’hebdo.

Désormais je n’admettrais  seulement pour crédo

Que ce que mes yeux auront vu  à l’évidence

 

                                               Jakdéfiante.

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Ness (Pascal)

Ness ? Des nouvelles de Ness ?... Vous voulez parlerde l’inénarrable Ness ? Le fantastique Ness ? L’irremplaçable Ness ?... Mais tout le monde le connaît dans le quartier ! C’est le loup blanc des nuits mondaines, l’hidalgo des flamencos, le conquistador tout en habits d’or, l’apollon des salons !... 

Il paraîtqu’il habite seul avec sa mère, une antique patro-Ness, dans un vieil appartement, de la rue des Abbesses. Quand il a quitté son étang, ce n’était pas évident d’aller chercher la gloire et la fortune dans la capitale. Oui, ils sont arrivés en famille. Lui, c’est l’aîné alors, forcément, il a appliqué son droit des Ness. Il est resté à Paris. Il a trois frères et une sœur. D’abord, celui qui a fait fortune avec sa trouvaille, c’est Ness-café. Puis celui qui est valet de pied chez une femme de tête : Ness-Tor. Enfin, celui qui a mal tourné et qui a écumé l’Amérique, c’est : Nessy-James. Sa plus jeune sœur, elle est dans les ordres, c’est Chanoi-Ness au couvent des Petites Fesses ou des Grandes Messes, je ne sais plus… Son père, c’est Happy-Ness ; il l’a très peu connu. Il a déserté leur antre ; on dit qu’il a trouvé le bonheur avec une otarie ambidextre en antarctique.

Notre Ness, avec son physique de grenadier, il ne pouvait pas se prévaloir d’une situation de prélat, à part une unique représentation sur un bûcher pour son jugement en sorcellerie. Harpie chez Agip, tarasque à Tarascon, emblème d’oripeaux, héros de mythologie ou doublure d’Alien, il avait toutes ses chances mais fils d’immigrant écossais, en cette période de crise, sa réussite c’était du kilt ou double !
Il a tenté sa bonne fortune dans divers bassins de la région mais il faisait peur aux gamins ! Il a usé ses squames sur les bancs d’agences pour l’emploi. On lui a seulement proposé un poste de Bibendum chez Michelin, un bout d’essai de tarente à Tarente, une entrée gratuite au festival de la dragonnade, un uniforme de cuirassier au Bengale.

Il n’empêche, de fil en aiguille, il a tissé son coton aux armoiries des Highlands, notre Ness. Il a lu tout Rimbaud, écouté tout Chopin, vu tous les films de Luis Bunuel, regardé toutes les oeuvres de Michel Ange, endossé toutes les créations de Jean-Paul Gaultier. Alors, il a limé ses griffes, ajusté ses écailles, blanchi ses dents, il s’est teint en blonde et le tour était joué ! Fi des tournées avec Barnum, des films d’horreur et des suppositions de fond de baignoire !
Il est entré dans le busi, le Ness ! Il a été portier au Grand Hôtel des Gobelins, gargouille honoris causasur les toits de Notre Dame, carabin à la Salpetrière (celui du sale pétrin) ; à la mairie de Paris, on l’a vu cerbère des espaces verts ! Il est même parti en vacances en Grèce, il est allé au Pélopo, Ness !...

Mais il n’était pas encore satisfait, il était mal dans… sa peau. Il entendait bien les quolibets des autres, tous les : « Retourne dans ton aquarium, le crapaud ! », « On a sauvéWillyet pourquoi Nessie ? », « On a peur du virago dans le métro ! », « Les diables, faut les brûler ! » Ni vu, ni connu, il s’est fait refaire le portrait ! Lifting, relooking extrême et tout le tralala ! Depuis, il est beau comme un prince écossais ! Il a le teint  des stars ! Il s’est fait lustrer les écailles, l’artiste ! On l’a même vu à l’Alcazar, il a refait l’Olympia, on le réclame au Zénith pour ses numéros de génie !
Déguisé en drag queen, c’est le grand maestro de la Love Parade ! Il a autant de plumes au chapeau qu’au derr… Il est de toutes les gay pride. Tiré (le bateau) par quatre cents rameurs, aux muscles d’éphèbes, c’est la figure de proue de la gondole des Voluptés ! Ha, il faut le voir, monté sur ses échasses en skaï de zébu, agiter ses petits pompons roses et bleus et sourire à la foule aimante ! Il jette ses pétales de fleurs à tous les badauds extasiés ! Il sème ses baisers à qui veut les récolter ! A la volée, il distribue des confettis de préservatifs bariolés ! Capitaine du bateau à voile et à vapeur c’est un immense propagateur d’ambiance !  S’il retient la nuit, il écume les jours, notre Johnny Vian des futaies ombragées !...
Des mauvaises languesl’ont vu du côté du bois de Boulogne en train de confectionner des pipes du même bois mais rien n’est sûr. La fumée des ragots est plus nocive que la musique parfumée des turlutes champêtres ! D’autres, à la langue bien pendue, racontent qu’il est devenu l’égérie de Michou, le grand copain de Karl, l’ami de Bertrand !...

Ha, on peut dire qu’il a roulé ses bosses, le Nessie ! La nage en eaux troubles, c’est son credo !... Dans le métier, il se fait appeler Miss Abyss mais nous, on l’appelle Néness… Il est devenu le Poséidonde l’asphalte, le chantre de la croisière s’amuse, l’amphitryon des soirées multicolores ! C’est sûr, il a trouvé son créneau, le Nessie !...

Si vous voulez le trouver, allez faire un tour du côté du Gros qu’ades rots ! D’habitude, il échoue au Dundee Bar avec une bouteille de whiskey écossais pour se renflouer le moral. Hypnotisé d’ivresse, halluciné d’amphét, il regarde le triste dragon de son tatoo s’engloutir dans les limbes de sa sueur. A l’heure matinale des frissons, l’âme baignant dans les glaçons, il est en loques, Ness, dans les profondeurs troubles de son destin de créature… 

 

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