Les seuls moments où j'ai la chance de la rencontrer, je dois fermer les yeux et me laisser m'imprégner.
Je me mets au bord de l'eau et, lentement, les vaguelettes s'entrechoquent pour venir me chatouiller les orteils. Je ferme un peu plus les yeux pour que la nuit tombe un peu plus sur moi. Le vent me murmure de tendres paroles. Il est le messager de notre échange secret.
Je glisse ma main de mon cœur à mon ventre. Trois cognements résonnent. L'eau s'agite en retour.
Puis le silence. Le silence m'apaise.
Ce voile de chaleur glissant le long de ma peau m'annonce le coucher du soleil. J'ouvre les yeux. Ses couleurs rouges éclatantes m'aveuglent. Je ferme les yeux.
J'avance lentement. Mes chevilles, mes genoux, mes cuisses, mon bas du ventre. La pluie taquine la surface de l'eau tout comme elle taquine ma peau. Trois coups retentissent. Je passe ma main de mon ventre à mon cœur.
Je m'enfonce dans les profondeurs. Mon ventre, mon grain de beauté, mes seins, mes épaules. J'ai froid. Trois petits coups. Le froid m'assaille. Je passe ma main de mon cœur à ma ventre.
Puis le silence. Le silence m'apaise.
Les coups se font plus fréquents. L'eau est trouble et angoissée. Elle arrive.
Personne n'y croyait.
Je vais bientôt pouvoir la toucher. Le vent souffle de plus en plus fort comme pour m'inciter à le suivre. Du fond, je la vois arriver tout comme la vague qui la précède. Elle m'emporte et coupe ma respiration. Mes doigts transpercent le rien. Mes orteils s'emmêlent. Je pousse. Mon corps est éprouvé. Je suffoque.

Je pousse une dernière fois. L'air s'engageant dans nos poumons. Ma vue troublée par la fatigue ne m'offre qu'un spectacle flouté. Je l'entends. Je la touche. Elle existe.
Personne n'y croyait.