Ness ? Des nouvelles de Ness ?... Vous voulez parlerde l’inénarrable Ness ? Le fantastique Ness ? L’irremplaçable Ness ?... Mais tout le monde le connaît dans le quartier ! C’est le loup blanc des nuits mondaines, l’hidalgo des flamencos, le conquistador tout en habits d’or, l’apollon des salons !... 

Il paraîtqu’il habite seul avec sa mère, une antique patro-Ness, dans un vieil appartement, de la rue des Abbesses. Quand il a quitté son étang, ce n’était pas évident d’aller chercher la gloire et la fortune dans la capitale. Oui, ils sont arrivés en famille. Lui, c’est l’aîné alors, forcément, il a appliqué son droit des Ness. Il est resté à Paris. Il a trois frères et une sœur. D’abord, celui qui a fait fortune avec sa trouvaille, c’est Ness-café. Puis celui qui est valet de pied chez une femme de tête : Ness-Tor. Enfin, celui qui a mal tourné et qui a écumé l’Amérique, c’est : Nessy-James. Sa plus jeune sœur, elle est dans les ordres, c’est Chanoi-Ness au couvent des Petites Fesses ou des Grandes Messes, je ne sais plus… Son père, c’est Happy-Ness ; il l’a très peu connu. Il a déserté leur antre ; on dit qu’il a trouvé le bonheur avec une otarie ambidextre en antarctique.

Notre Ness, avec son physique de grenadier, il ne pouvait pas se prévaloir d’une situation de prélat, à part une unique représentation sur un bûcher pour son jugement en sorcellerie. Harpie chez Agip, tarasque à Tarascon, emblème d’oripeaux, héros de mythologie ou doublure d’Alien, il avait toutes ses chances mais fils d’immigrant écossais, en cette période de crise, sa réussite c’était du kilt ou double !
Il a tenté sa bonne fortune dans divers bassins de la région mais il faisait peur aux gamins ! Il a usé ses squames sur les bancs d’agences pour l’emploi. On lui a seulement proposé un poste de Bibendum chez Michelin, un bout d’essai de tarente à Tarente, une entrée gratuite au festival de la dragonnade, un uniforme de cuirassier au Bengale.

Il n’empêche, de fil en aiguille, il a tissé son coton aux armoiries des Highlands, notre Ness. Il a lu tout Rimbaud, écouté tout Chopin, vu tous les films de Luis Bunuel, regardé toutes les oeuvres de Michel Ange, endossé toutes les créations de Jean-Paul Gaultier. Alors, il a limé ses griffes, ajusté ses écailles, blanchi ses dents, il s’est teint en blonde et le tour était joué ! Fi des tournées avec Barnum, des films d’horreur et des suppositions de fond de baignoire !
Il est entré dans le busi, le Ness ! Il a été portier au Grand Hôtel des Gobelins, gargouille honoris causasur les toits de Notre Dame, carabin à la Salpetrière (celui du sale pétrin) ; à la mairie de Paris, on l’a vu cerbère des espaces verts ! Il est même parti en vacances en Grèce, il est allé au Pélopo, Ness !...

Mais il n’était pas encore satisfait, il était mal dans… sa peau. Il entendait bien les quolibets des autres, tous les : « Retourne dans ton aquarium, le crapaud ! », « On a sauvéWillyet pourquoi Nessie ? », « On a peur du virago dans le métro ! », « Les diables, faut les brûler ! » Ni vu, ni connu, il s’est fait refaire le portrait ! Lifting, relooking extrême et tout le tralala ! Depuis, il est beau comme un prince écossais ! Il a le teint  des stars ! Il s’est fait lustrer les écailles, l’artiste ! On l’a même vu à l’Alcazar, il a refait l’Olympia, on le réclame au Zénith pour ses numéros de génie !
Déguisé en drag queen, c’est le grand maestro de la Love Parade ! Il a autant de plumes au chapeau qu’au derr… Il est de toutes les gay pride. Tiré (le bateau) par quatre cents rameurs, aux muscles d’éphèbes, c’est la figure de proue de la gondole des Voluptés ! Ha, il faut le voir, monté sur ses échasses en skaï de zébu, agiter ses petits pompons roses et bleus et sourire à la foule aimante ! Il jette ses pétales de fleurs à tous les badauds extasiés ! Il sème ses baisers à qui veut les récolter ! A la volée, il distribue des confettis de préservatifs bariolés ! Capitaine du bateau à voile et à vapeur c’est un immense propagateur d’ambiance !  S’il retient la nuit, il écume les jours, notre Johnny Vian des futaies ombragées !...
Des mauvaises languesl’ont vu du côté du bois de Boulogne en train de confectionner des pipes du même bois mais rien n’est sûr. La fumée des ragots est plus nocive que la musique parfumée des turlutes champêtres ! D’autres, à la langue bien pendue, racontent qu’il est devenu l’égérie de Michou, le grand copain de Karl, l’ami de Bertrand !...

Ha, on peut dire qu’il a roulé ses bosses, le Nessie ! La nage en eaux troubles, c’est son credo !... Dans le métier, il se fait appeler Miss Abyss mais nous, on l’appelle Néness… Il est devenu le Poséidonde l’asphalte, le chantre de la croisière s’amuse, l’amphitryon des soirées multicolores ! C’est sûr, il a trouvé son créneau, le Nessie !...

Si vous voulez le trouver, allez faire un tour du côté du Gros qu’ades rots ! D’habitude, il échoue au Dundee Bar avec une bouteille de whiskey écossais pour se renflouer le moral. Hypnotisé d’ivresse, halluciné d’amphét, il regarde le triste dragon de son tatoo s’engloutir dans les limbes de sa sueur. A l’heure matinale des frissons, l’âme baignant dans les glaçons, il est en loques, Ness, dans les profondeurs troubles de son destin de créature…