Je vous le dis tout net : Nessie, j’y crois . D’ailleurs je l’ai vue.

        Ah ! les lacs écossais, la brume écossaise, le silence qui se pose comme un voile opaque sur les eaux si calmes, les mots qu’on se murmure à l’oreille, la rugosité chantante d’un langage inconnu mais si expressif, le faux pas qu’on évite de justesse sur la terre glissante et la main ferme mais en même temps caressante qui vous évite de tomber sur l’herbe crépusculaire !

        Comment, je m’égare ? Prouvez-moi donc qu’on n’organise pas des excursions et que Nessie n’est pas devenue un objet de pèlerinage ?  Le mien, de pèlerinage, je le fis avec Sir  Robert Mackay, sujet de sa Gracieuse Majesté la Reine, élégamment revêtu comme il se doit du costume règlementaire.  Il portait donc le kilt mais pas  de cornemuse, bien qu’il fût musicien.

        Il m’avait promis de me montrer Nessie. . La lumière rasante, les reflets sur l’eau, semblaient propices. Dans l’émotion, je m’accrochai à son bras. Au loin, le ciel prenait des couleurs d’orage. Il faisait chaud, j’avais soif. Sir Robert  m’offrit sa gourde de Scotch. Le lac bourgeonna.

        Pour bien voir, nous étions dans les ruines du château d’Urquhart. Soudain, un cou émergea de l’eau, long, incontestablement long, se déroulant comme un reptile, soufflant, sifflant, sifflant, sifflant…

        Je m’évanouis.

        J’ai vu le monstre du Lochness. Maintenant, vous me croyez ?