C’était la conseillère d’orientation scolaire qui avait convoqué mes parents dans leurs petits souliers :
- Voilà, on a fait des évaluations et on a découvert que votre fils avait de la peau de main à caresses…
Ma mère avait éclaté en sanglots en enlevant ses lunettes, pour éponger ses larmes, et mon père avait demandé :
- Bon sang, et ça va nous couter combien, cette affaire-là ?
Mais la conseillère avait aussitôt rectifié, en prenant des gants :
- C’est plutôt un bonne nouvelle, il a une ligne toute tracée, je le vois bien, dans l’avenir, faire un métier manuel, assez doux, plus tard, c’est très valorisant…
Alors ma mère avait cessé de pleurer pour rechausser son sourire et ses lunettes et ranger son éponge et mon père avait demandé :
- Bon sang, et ça va nous rapporter combien, cette affaire-là ?
C’est comme ça que j’ai su que j’avais de la peau de main à caresses avec une ligne d’avenir toute tracée et aussi pourquoi il y avait des gens du présent qui aimaient bien ma compagnie, surtout les copines filles et d’autres qui ne m’aimaient pas trop, surtout leurs petits-copains.
Le temps a passé et j’ai effectivement fait toutes sortes de métiers manuels assez doux, comme nipplemaster au Crazy-Horse ou comme boueur-argileur dans les stations thermales, mais :
- En prenant des gants, pour ne pas gâcher le don, comme avait conseillé la conseillère, mais pas toujours, c’est bon aussi d’user un peu son don.
Un jour que j’avais déjà grandi ma jolie voisine, toute joyeuse, était venue sonner à ma porte avec le nez. Elle m’avait dit en me montrant une petite ouverture entre ses deux mains jointes qui faisaient comme un refuge :
- Regardez, je crois que c’est une caresse à vous qui s’est échappée jusque chez moi.
Je lui avais demandé en regardant dans l’interstice de ses doigts :
 - Oh, oui, c’est une à moi, vous l’avez trouvée où ?
Alors, en se tordant le cou, du menton elle m’avait présenté à son décolleté abondant et je lui avais dit :
- Je peux vérifier quelque chose ?
Elle avait répondu :
- Certainement !
En me penchant un peu, j’avais regardé de plus près l’endroit indiqué :
- Oh la la, je crois qu’elle a fait un nid parce que je vois deux petits œufs de caressons bien blottis. Vous devriez la garder pour les couver.
Elle m’avait rassuré :
 - Bien sûr que je vais la garder, c’était juste pour vous dire.
Et, en échange, elle m’avait donné une caresse à elle, et ma foi, c’était une caresse bien agréable pour une non-spécialiste.
Après elle était repartie chez elle et avant qu’elle n’entre dans l’ascenseur, j’avais pensé que, les œufs, elle devait en avoir d’autres nichées et qu’ils étaient déjà en train d’éclore parce qu’elle se trémoussait le derrière en gloussant comme une fille.
Voilà. Et le lendemain son mari était aussi venu me rapporter une autre caresse, mais il lui serrait très fort le cou dans son poing et ça m’avait fait un peu mal au nez quand il m’en avait brusquement rendu une à lui.
C’est normal, ce ne sont pas des caresses élevées en cage, elles vivent en liberté avec une nourriture saine et parfois elles s’échappent pour picorer, de-ci, de-là, et je ne les retrouve pas toujours. Bien sûr, je leur dis de bien respecter la ligne blanche à ne pas franchir, mais, vous le savez comme moi, les lignes de la main, c’est quand même une drôle de bonaventure…
Sauf que maintenant que j’ai vieilli, j’ai été obligé de les domestiquer un peu. D’abord elles n’ont plus le droit de se poser sur des jeunes filles qui pourraient bien avoir l’âge de mes enfants ou même de mes petits-enfants.
Et puis elles tremblent un peu, mais ça, on ne me le reproche jamais, au contraire !
Ah, oui, aussi, elles sont un peu fripées, mais c’est comme des milliers de petits ruisseaux de lignes joyeuses : tendez bien l’oreille, elles chantent !  
Comme elles ne voyagent plus beaucoup, j’ai adopté un chien pour leur donner un peu d’activité, ça leur fait du bien de se dégourdir un peu sur sa tête.
Et puis il y a toujours ma femme qui les aime bien, comme ça, tous les jours, elles font de l’exercice.
Ah, oui, parce que je ne vous l’ai pas dit, mais la conseillère d’orientation scolaire avait convoqué les parents de ma femme dans leurs petits souliers. Enfin, elle n’était pas encore ma femme à l’époque, vu que c’était une gamine de mon âge :
 - Voilà, on a fait des évaluations et on a découvert que votre fille avait de la peau de fesse à caresses…