17 mai 2014

Défi #299

Les lignes de la main ...

Y croire ? Ne pas y croire ? A vous de choisir !

Lignes de la main

Nous attendons vos lignes à

samedidefi@gmail.com

A tout bientôt !

Posté par MAPNANCY à 00:05 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :


Géométrie (Célestine)

Quand on en aura assez d’être trop ronds dans un monde carré, de devoir toujours arrondir les angles et de suivre une ligne droite

Quand on en aura marre des cerveaux obtus des regards de côté des cris aigus et du carré de l’hypoténuse et de la somme de tous les autres côtés

On prendra la médiane

On prendra la tangente la diagonale du fou

On fera bouger les lignes surtout celle de l’horizon

On  ira s’asseoir sur le sable brûlant là où personne, jamais plus,  ne pourra nous retrouver.

Les rayons obliques du soleil couchant caresseront mes courbes sinusoïdales

Je contemplerai ta géométrie en volume j’aimerai ton losange de Michaélis sous le ciel convexe du triangle des Bermudes

Tu sais j’ai le compas dans l’œil et je t’ai dans la peau

La circonférence de la terre

Diamètre fois pi

Sera juste assez grande pour contenir notre amour

Cé01

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [77] - Permalien [#]
Tags :

Participation de Mauleskine

Il ne se passe rien, au Triangle des Bermudes. Et depuis fort longtemps.
Chacun sait cela, depuis fort longtemps.
Car depuis fort longtemps, les êtres vivants évitent le Triangle des Bermudes, pour des raisons bien connues, et les navires n'y passent pas. Et ceux qui y passent n'y repassent pas.
Il n'en a pas toujours été ainsi.
Aux temps des premiers temps du tout début du Monde, quand l'Homme n'était pas encore tout à fait l'Homme et que les animaux ressemblaient plus ou moins tous à des rhinocéros, le Triangle des Bermudes état un lieu.
Aujourd'hui, il n'est plus qu'un endroit, et encore, plutôt mal identifié.
Longtemps, le Triangle des Bermudes a été une sorte de centre du Monde, et c'était alors un monde à l'envers.
Au cours des premiers millénaires, le Triangle a aspiré tout ce qui passait à sa portée. C'était une solution idéale pour peupler cette zone rurale excessivement déserte. Quelque chose, ou quelqu'un en son cœur secret, rêvait de gloire et se voyait à la tête d'une civilisation cosmopolite, tolérante et dotée d'un fort potentiel d'innovation. Il fallut longtemps se contenter de micro-organismes, mais peu à peu et à force de patience, ils évoluèrent, et quelque chose fut possible.
Et c'est précisément sous la surface d'une mer en miroir, et dans sa géographie précise et symbolique, que la première et plus grande ville du Monde était bâtie à l'envers par des êtres que la nature avait programmés dans ce but.
Il ne savaient faire que cela, bâtir une ville de calcaire, et c'était assez aisé, la base se tenant juste sous la surface et le sommet des immeubles culminant dans les profondeurs, il n'y avait qu'à descendre.
La seule difficulté résidait dans la nécessité d'empêcher que la ville ne dérivât, à quoi l'on avait remédié avec force harnais, lacets, cordons et bretelles.
Pendant que les organismes devenaient plus ou moins des animaux, la Mère des Pères et des Mères (car c'était elle qui régnait sur la ville), s'occupait à pondre le Monde.
C'était un dur labeur, à la hauteur de ses ambitions. Mais elle n'était pas à l'abri d'une erreur.
L'Homme n'existait pas encore, et encore moins la femme, car en ce temps des premiers temps, la Mère tenait à demeurer unique.
Épuisée d'avoir pondu tout ce qui vit et ne vit pas, elle fit donc une erreur.
Elle pondit l'homme, et le dota d'un système reproductif, afin de s'éviter les souffrances d'une seconde pondaison.
Ils crûrent, et se multiplièrent. Hommes et femmes se différencièrent, et le pouvoir de pondre sa descendance fut donné à ces dernières.
Très vite, ces créatures refusèrent d'amarrer la ville et leurs logis.
Ils adoptèrent des perroquets et finirent immanquablement par inventer le bateau et le tromblon qui assurent un enrichissement rapide sur les palpitantes mers du sud.
Ils partirent donc les uns après les autres faire ce qu'ils avaient à faire de par le Monde encore vierge.
Tous ses enfants quittèrent la Mère des Pères et des Mères dans le sillage des hommes, non sans avoir auparavant tranché tous les cordons, et dans le but avoué de s'extirper de ces bas-fonds et de contempler enfin autre chose que l'ondulation perpétuelle des algues marines, qui vous ont de ces airs de noyée à vous crever le cœur.
Ainsi la ville sombra-t-elle dans les abysses, où elle gît encore inexplorée.
La Mère des Pères et des Mères décida d'y rester gésir aussi, et en conçut une immense colère, dont n'émergea que bien plus tard un grand chagrin.
Voilà pourquoi elle rappelle à elle ceux de ses descendants qui passent à sa portée.
Mais, pour l'instant, sous le Triangle des Bermudes, il ne se passe toujours rien.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
Tags :

Ne me parlez pas de ce triangle, je suis immortel ! (Joe Krapov)

Tout doit disparaître aux Bermudes !

Chopin qui nous pondait nocturnes et préludes,
Don Quichotte et Sancho, leur dissimilitude,
Venise qui moisit dans sa décrépitude,
L’Olympia de Manet, océan de quiétude,
Et Claud’ François qui chante un peu comm’ d’habitude
D’étranges platitudes et va la trouver rude,
La not' bien ampoulée du vol en altitude :
En électricité ? Zéro ! Inaptitude !

Tout doit disparaître aux Bermudes !

De l’horloge parlante, havre d’exactitude
Aux marées d’équinoxe éprises d’amplitude,
Du fumeur opiomane enivré d’hébétude
Au voleur des cités émule de Latude,
De la néologiste en pleine bravitude
Jusqu’au coureur de fond pétri de solitude
Chacun doit le savoir : sous cette latitude
Rien ne subsiste et c’est la seule certitude :

Tout doit disparaître aux Bermudes !

Le procureur peut bien vanter sa rectitude,
L’avocat réclamer de la mansuétude,
L’accusé adopter la plus humble attitude,
Les jurés avouer leur grande incertitude :
Charlot Tanguy a-t-il occis Dame Gertrude ?
L’acquitté dira-t-il son peu de gratitude ?
Si le procès émeut un temps la multitude
On oubliera bientôt toutes ces turpitudes :

Tout doit disparaître aux Bermudes !

MIC 2014 05 12 procureur


Je puis envisager avec béatitude

D’ouvrir un parapluie en guise d’interlude
Et de lire, abrité, de savantes études
Sur la philosophie et ses vicissitudes ;
La mer viendra troubler ma douce plénitude.
Marée ou Tsunami, c’est avec promptitude
Qu’elle s’en vient noyer mon peu de certitudes
Sur la façon d’atteindre enfin la zénitude :

Tout doit disparaître aux Bermudes !

Nature, peu encline à la sollicitude,
Et la fuite des ans, dans leur similitude,
Nous condamnent toujours à cette servitude
Qu’il faut, du lendemain, avoir quelque inquiétude
Mais j’ai, pour le déni, une énorme aptitude
Et ne me résous pas à cette ingratitude.
Que tout doive périr en mer près des Bermudes
C’est inexactitude et pour moi, je l’élude

En n’allant pas traîner sous cette longitude.

Pour m’envoyer en l’air je me la joue très prude :

Je n’ prends jamais l’avion
Et bannis le triangle, amoureux ou bien non,
De ma conversation !

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
Tags :


Bravo Thibaut (MAP)

A l'école Jules Verne de la petite ville de X.

l'équerre perdue des frères  jumeaux

Vincent et Marc B. a été retrouvée par leur copain Thibaut :

 

Le triangle des Bermudes

 

Gif sourire

Posté par MAPNANCY à 00:01 - - Commentaires [30] - Permalien [#]
Tags :

Participation de Nhand

Nh01

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [49] - Permalien [#]
Tags :

Participation de Mamido

Ma01

ma02

Le ciel était clair lorsque j’ai décollé ce matin du petit aérodrome des Everglades où est basé mon Cessna 310 habituellement.

J’ai survolé un moment la mangrove. Le bruit de mes moteurs a dérangé des oiseaux qui se sont envolés dans de grands battements d’ailes, juste devant mon appareil. J’ai pu apercevoir un crocodile se faufiler furtivement dans l’eau saumâtre à la recherche de son petit-déjeuner. Lorsque j’ai relevé les yeux, face à moi, l’immensité de l’océan s’offrait à mon regard.

 

J’ai dirigé mon avion au-dessus de ce bleu d’azur qui se confondait avec l’horizon. Quitter la terre et le spectacle affligeant des comédies humaines qui s’y déroulaient. Larguer les amarres. Oublier la pesanteur et les obligations futiles de ma vie ratée.

 

Hier matin, elle m’a quitté. Sans espoir de retour.

Je lui avais pourtant tout donné : mon amour fou et ma fortune. Mais ça n’a pas suffi.

« L’amour ne s’achète pas, Morty. Tu ne peux pas me retenir, même dans une cage dorée. Il faut me laisser partir, il faut me libérer. » Alors, j’ai fait un pas de côté, j’ai ouvert la porte en grand, sans rien dire. Elle est passée devant moi, avec juste deux grosses valises. Elle laissait derrière elle des armoires pleines de vêtements griffés, des coffrets remplis à ras bord de bijoux précieux. Et mon cœur brisé. Sans aucun regret, semblait-il. Dehors, un taxi l’attendait. Destination inconnue. Je l’ai regardée s’en aller. Elle emmenait mes espoirs et mon amour en me laissant seul, au milieu de ma vie dévastée.

 

C’est pourquoi à présent, je vole plein Sud, vers le triangle des Bermudes. Sans espoir de retour, moi non plus.

Ce n’était pas prémédité. C’est lorsque j’ai entendu la voix affolée de Jane, là-bas dans la tour de contrôle de notre petit aérodrome.

« Allo Papa Tango Charlie, répondez, nous vous cherchons ! Apparemment vous avez dévié de votre plan de vol et vous vous dirigez plein Sud, vers le triangle des Bermudes. »

A ce moment-là, ce n’était de ma part qu’un instant d’inattention. Je noyais ma solitude dans le bleu de l’océan. Il aurait suffi d’une légère traction à gauche sur le manche à balai pour réintégrer mon chemin habituel.

Mais ce rappel angoissé de la tour de contrôle m’a fait prendre conscience qu’à terre, plus grand-chose ne me retenait. Alors, cette fois-ci, délibérément, j’ai gardé le cap au Sud, vers le triangle des Bermudes. Je suis décidé à voler jusqu’aux dernières limites des réservoirs de mon bimoteur, et advienne que pourra.

 

« Allo, Papa Tango Charlie, répondez, nous vous cherchons… »

Déjà, je les entends moins bien. Ma décision est prise. J’ai perdu celle que j’aimais, je sais qu’elle ne reviendra jamais. A quoi bon continuer cette vie de chien où je ne compte pour personne ?

Désormais, la radio est muette. Je ne capte plus rien. Plus de «Allo, Papa Tango Charlie » pour me faire changer d’avis. Les instruments sont tous déréglés, les commandes ne répondent plus. Je perds de l’altitude. Mais je m’en moque. Je ferme les yeux, je me laisse aller. Plus rien ne compte puisqu’elle m’a quitté.

 

« Allo, Papa Tango Charlie, vous êtes arrivé ! Dans la faille des désespérés, vous vous êtes glissé. De ce côté, je vous attendais. » J’ouvre les yeux sur le magnifique sourire de la plus belle femme que j’ai jamais rencontré. Elle prend ma main pour m’aider à descendre de l’avion. Elle m’attire vers elle pour m’embrasser. D’autres gens l’accompagnent. Ils m’entourent et m’accueillent avec des gestes bienveillants.

« Vous allez voir, tout va bien se passer. Vous allez vous plaire ici. Vous avez bien fait de vous diriger plein Sud, vers le triangle des Bermudes ! »

 

Rive de Gier, le 10 Mai 2014.

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags :

Les Bermudes (EnlumériA)

Mais où était encore passé ce chat. Damien, la gamelle de croquettes à la main, se sentait stupide. Voilà qu’il s’inquiétait de l’absence d’un chat qui n’était même pas le sien. Il l’avait trouvé là, dans cette improbable pièce au centre de la maison, le jour de son arrivée. Comment était-il arrivé là ? Mystère.

Posant la gamelle sur le sol, Damien se remémora l’expression impavide du notaire qui lui avait annoncé que « vous voilà chez vous, monsieur Dexter » en lui remettant les clés.

Une plaque en tôle émaillée apposée près du portail indiquait sobrement : Les Bermudes.

« N’était-il pas étrange qu’une maison normande, à colombages, soit baptisée de cet improbable nom ? » s’était enquis Damien. À quoi, le notaire avait répondu que l’ancien propriétaire, un marin à la retraite, y avait certainement trouvé du sens.

Damien sortit sur le pas de la porte et alluma une cigarette en se promettant – comme chaque jour – qu’il arrêterait demain. Promis juré.

L’ancien propriétaire. Parlons-en. Le capitaine Charles D. Ward, un obscur parent à la mode de Bretagne comme on dit. Le bonhomme avait disparu on ne sait où – probablement mort – en laissant une propriété en déshérence à la sortie de Conches-en-Ouche, sur la route d’Évreux, ainsi qu’une lettre chez le notaire stipulant de léguer ses biens à un certain Damien Dexter au cas où il ne donnerait pas de nouvelles avant le 31 mars de l’année en cours.

Damien se rappelait aisément ce curieux sentiment d’étrangeté qu’il avait ressenti lorsqu’il avait reçu la lettre du notaire l’informant qu’il venait d’hériter d’un oncle d’Amérique. Manquait plus que ça ! Il se souvenait aussi de cette appréhension larvée qui l’avait submergée quand il avait visité la maison. Oh ! Elle n’avait rien d’extraordinaire, cette bâtisse, à part son nom décalé et cette… absurdité architecturale.

Damien éteignit sa cigarette dans un pot de fleurs et empoigna sa veste sur la patère. L’idée venait de lui venir comme ça. Aller boire l’apéritif au café que fréquentait l’oncle mystérieux. Deux ou trois choses à préciser.

Pendant le petit quart d’heure que dura le trajet, Damien rumina les évènements récents.

Voyons. Il était arrivé quatre jours auparavant, avec quoi. Une valise de fringues, sa guitare, son ordinateur portable et une caisse de bouquins. C’était tout ce qui lui restait de sa désastreuse liaison avec Marjorie. Désastre qui avait conduit celle-ci au suicide. Putain de vie !

Il s’était installé dans la maison vendredi. Il n’avait pas trop galéré pour trouver son chemin tout compte fait. À croire que son antique 4L connaissait le chemin. Le bled était paumé, sans rapport avec l’appartement parisien de Marjorie. Cela tombait bien, il n’avait qu’une envie, celle de disparaître. Le temps de terminer ce roman sur lequel il travaillait depuis… trop longtemps.

Si cela n’avait tenu qu’à lui, Damien aurait débaptisé cette baraque et sa pièce aberrante pour la renommer : « Territoire de l’inquiétude », comme la fameuse anthologie d’Alain Dorémieux.

La Toison verte se trouvait en face de l’église. Ils sont spécialistes des noms patraques ici, songea Damien en poussant la porte du bistrot. À l’intérieur trois papis à casquette tapaient le carton autour d’un verre de rouge. Un jeune baguenaudier en vrac contre le juke-box racontait des histoires à dormir debout à une midinette gothique en rires et en vacances chez sa grand-mère. Le patron l’accueillit avec son bon sourire de lune rousse.

Bonjour, monsieur Dexter. Alors ! Y se fait au climat de la Normandie le gars de Paris. Et qu’est-ce qu’y prendra ?

Damien commanda une Suze.

Je vais peut-être vous paraître un peu rasoir, mais j’aimerais bien qu’on parle encore de mon oncle.

Le patron fit un signe d’approbation tout en astiquant ses verres.

Ah ! Le capitaine. On l’aimait bien. Y venait tous les soirs jouer au tarot avec les anciens. Il était bizarre, mais marrant. Tous les samedis, invariablement, à dix-neuf heures tapantes, y mettait une thune dans le juke-box et y commandait Highway to Hell de ACDC. Uniquement le samedi. Y disait comme ça que c’était la fête au baron. Il a jamais dit qui c’était ce baron.

Le baron Samedi.

C’est qui ça ?

Laissez tomber. C’est pas grave.

Le patron laissa tomber et repris :

Les mômes l’avaient surnommé le Capitaine Hard-rock. N’y voyez pas offense.

Pensez-vous. C’était sans doute à cause de cette barbe qu’il avait, répondit Damien, se souvenant de cette photo sur la cheminée. Dites-moi… La pièce…

Le patron posa son verre avant de l’user et se servit de cidre. Une ombre passa sur son visage de Pierrot rougeaud.

Ah ! La pièce. Comment dire… C’était son idée à lui. On raconte que du temps où y faisait du trafic entre Porto Rico et la Floride, il avait rencontré des drôles d’oiseaux.

Quel genre d’oiseaux ? Remettez-moi ça, s’il vous plait.

Du genre que j’aurais pas voulu rencontrer au coin d’un bois, si j’ai bien compris ce que racontait le capitaine quand il en avait un coup dans le nez.

Mais encore ?

Le patron se pencha vers Damien. Il en faisait des tonnes question regardez-moi comme je sais conspirer.

Du genre Vaudou, magie noire, des conneries comme ça, si y voit ce que je veux dire. Le capitaine, y disait qu’il avait rencontré une espèce de sorcière là-bas. Attendez ! Charlie ! C’est comment qu’elle s’appelait la poule du capitaine qu’y nous racontait tout le temps. Maora, c’est ça ? C’est ça.

Maora, murmura Damien comme pour lui-même. Tss ! Ça lui rappelait quelque chose, mais quoi.

Le patron attrapa la bouteille de Suze.

Allez ! C’est la tournée du patron. Les derniers temps, il avait contacté des entrepreneurs du coin, le capitaine. Y voulait faire arranger la maison qu’y disait.

Ouaip ! fit Damien avant de lamper cul sec son godet. Ben, faut croire qu’il en a trouvé un qu’à fait le boulot.

Le patron s’essuya la bouche d’un revers de main. Une lueur navrée s’abritait dans ses yeux de hibou.

Comme vous dites. C’est à partir de ce jour-là qu’il a plus été comme avant, le capitaine. Il est devenu tout gris, tout triste. Y parlait de cette Maora sans arrêt. Y maigrissait à vue d’œil. Y venait presque plus, jusqu’au jour où on s’est quand même demandé ce qui se passait.

Le dénommé Charlie, l’un des papis a casquette s’approcha pour régler son addition. Il considéra Damien comme s’il s’agissait d’un romanichel. Une sorte de lippe dédaigneuse déformait sa bouche. Il y glissa une cigarette sans l’allumer et dit :

On y est allé avec l’adjoint au maire. La porte était pas fermée. À l’intérieur, y avait plus personne. Mais y avait encore une assiette sur la table et un verre de vin à moitié plein. Y avait comme une odeur d’algues pourries, si vous voyez ce que je veux dire. On a fouillé partout, jusque dans cette chambre de cinglé.

Et il n’y avait personne.

Le vieux eut un petit rire flûté.

Ben si ! Mon gars. Y avait un chat.

Qu’est-ce qui foutait là-dedans le greffier ? intervint le patron en faisant un bruit incongru avec sa bouche. Ça ! On se demande vu que le capitaine, il a jamais eu de chat et que…

Que la porte de c’te pièce était bouclée, confirma le vieux avant de s’acheminait vers la sortie. Il s’arrêta, comme à regret avant de poser la main sur la poignée. Attendez un peu, dit-il en brandissant son index jauni de nicotine. Y a un détail qui me revient. Pour ce que ça vaut.

Allez-y toujours.

Parterre, y avait une paire de bottines, comme celles que portait votre oncle.

Là-dessus le bonhomme s’éclipsa sans plus de cérémonies.

Damien en avait assez entendu. Il reprit le chemin de la maison d’un pas cotonneux. Il faisait presque sombre quand il arriva. Sans allumer la lumière, il se rendit directement au centre de la maison.

C’était une pièce en forme de triangle équilatéral, éclairée par un puits de lumière. Des murs blancs et pour tout meuble, un simple tabouret placé au centre. Au mur, quelqu’un avait épinglé la photo d’une jeune métis. Maora ?

Damien arracha la photo. Au dos était griffonné une sorte d’incantation ; dans un dialecte inconnu. Il s’assit sur le tabouret, l’esprit vide, comme après une grande frayeur.

Au bout d’un laps de temps plus qu’incertain, Damien sortit de sa rêverie. Un rayon de lune tombait à travers le puits de lumière, éclairant la photo. Il sursauta. La photo de Marjorie ? Mais c’est quoi cette merde ? Mais non. La pénombre produit parfois des illusions insensées. Il ne s’agissait que de la jeune métis.

Sans trop savoir pourquoi, Damien se déchaussa et commença à lire l’incantation à haute voix.

Tout d’abord, rien ne se passa. Puis, il y eut un feulement et la bizarre sensation d’un chat qui se frotte contre les mollets de son maître.

Tu viens de prendre un billet pour le territoire de l’inquiétude, pensa Damien avant de s’anéantir dans…

 

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [42] - Permalien [#]
Tags :

Au Diable le Triangle Du Diable (JAK)

 

ja01

 

Dans mon coin reculé, du fin fond de la France

J’avais bien  ouï parler d’un  triangle, en déshérence

Mais comme  pour d’autres il y a  les pollens pourris

Chez moi, les mots  triangle – calcul- se changent en allergie

De savoir que 1+2+3  cela fait au choix 123 ou bien  six,

Calcul, ou géométrie, j’hallucine, et m’en tape le coccyx

Je n’ai jamais su, ou voulu, trouver un sens à tout ceci

Et je l’avoue bonnement : je suis nulle en numérologie !

Tous les chiffres alignés me rappellent mon enfance,

J’y ai vécu, avec ma dyscalculie*, sans arrêt  dans les transes

Hélas, plus tard,  dans mes activités devenue acalculie*

Ce problème récurent  a franchement bien  bousillé ma vie.


L’angoisse de l’inconnu, de l’obscur rejoint vite celle,  pour moi irrationnelle,

des chiffres alignés, des comptes à régler, des bancaires, des bloqués.

A la rigueur les comptes d’apothicaires pourraient m’intéresser.

Et compte tenu de tout ce qui précède, en un mot je vous  le dit :

Dès que j’entends TRIANGLE ca me fiche des cauchemars, m’effraie autant que la vision des chiffres.
Et en bout de compte, je préfère, et de loin, les contes  de ma mère l'Oye.

Mais comme je ne voulais pas manquer un sam’défi, j’ai mis mon grain de sel pour noyer le poisson … dans l’océan du triangle des Bermudes.

*La dyscalculie est un trouble l’apprentissage du nombre et du calcul qui se caractérise par de grandes difficultés dans le domaine des mathématiques.

*L'acalculie est un trouble acquis caractérisé par la perte de la capacité soit à reconnaître ou former des chiffres et des symboles arithmétiques, soit à effectuer des calculs mathématiques élémentaires (tels que l'addition, la soustraction, la multiplication, etc.).

Posté par Walrus à 00:01 - - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags :