Jeunes et beaux, nimbe bleuté des fumigènes, salle suspendue en un seul souffle, ils apparaissent soudain sur la scène. Les filles ont la splendeur des nymphes de Donegal. Leurs petits seins lovés dans du velours vert, elles dansent cheveux au vent comme des fées. Le charme agit instantanément, sous l'effet d'un puissant philtre. Quelle sorcière rousse a déversé ton poison dans mes veines? Je plaque ma main sur celle de mon voisin. Je palpite. Jeunes et beaux, leurs corps d'elfes se tendent, et leurs jambes entament cet extraordinaire ballet. C'est intraduisible. C'est fou. C'est d'un coup tout un pays qui me gifle comme un paquet de mer. Écoutez la musique des flûtes et des violons vous enserrer dans la  fièvre celtique. Mon cœur bat avec violence.
Les landes battues par les vents résonnent de la langueur des uilleann pipes, et le fouet des vagues sur les falaises noires de Moher est adouci par les low whistles. 
Le bodhran explose.
Irlande belle et fière, tu coules en mon sang depuis toujours, et hier soir, tu as serré mon âme dans ton frisson. Ma gorge a éclaté de tes tourments anciens, de tes révoltes et de tes joies, de tes sanglots de fille d'ambre et dans mes yeux tes rivières dansent.
Irlande, ta musique EST mon âme. Et depuis hier soir, mon corps aussi danse.