On est toujours le minuscule de quelqu’un. Moi, je suis le minuscule d‘Alexandre. Le Grand, Ce n’est pas à moi qu’il dira : « Retire-toi de mon soleil », je ne lui fais pas d’ombre, je suis son ombre ! Je trottine derrière lui ou à côté, je passe ses troupes en revue, j’ai le même casque d’airain, la même armure, la même silhouette, mais en minuscule. J’étais accroché à sa taille quand il montait le cheval Bucéphale. Et, pendant les années où il eut Aristote pour précepteur, j’étais présent.

 De même quand sa mère lui assura qu’il était le fils de Zeus.. Un peu incrédule, soit. Etre minuscule ne veut pas dire être niais ! Mais lui, il la crut. Et il exigea bientôt d’être considéré comme un dieu. Sa sœur Cléopâtre tenta de l’en dissuader, par jalousie, je pense.

Quels souvenirs ! Alexandre et moi nous nous battîmes bravement sur les champs de bataille, nous volâmes de conquête en conquête. Nous réunîmes de nombreux pays sous notre domination juste et florissante. Au prix de pas mal d’assassinats ? Je ne m’en souviens pas, c’est si loin ! Et puis, je n’étais pas Alexandre le Grand, simplement son minuscule. Un minuscule qu’on n’a pas réussi à enterrer. Et qui depuis erre par le monde et s’est tant et tant amenuisé qu’aujourd’hui il n’est plus que l’ombre de lui-même.

Un  minuscule de plus en plus minuscule. Autant dire : rien, une ombre, un souffle, une consigne…