Fini les griffes noires des arbres lacérant un ciel de perle.
Fini le givre endiamantant le bas du carreau de la vitre.
Fini le vent coulis rougissant le nez, mouillant de cristal les yeux.

Ça a commencé à bas-bruit, une brume de pétales blancs sur l’amandier.
Ça a continué par le rose insolent du prunus endimanché.
Ça s’impatientait en bourgeons, en chatons tumescents et fébriles.

C’est là, explosion jaune des forsythias, mauve des glycines, violine des
Grappes de lilas.
C’est là, ramures d’acajou, bouquets délicats des cerisiers, céladon des
Jeunes feuilles encore froissées.
C’est là, l’herbe drue et tendre éclaboussée de pâquerettes, où le merle
Bravache, gobe le ver gigotant.

Métamorphose enchanteresse des saisons.

Dans la glace, une saison de plus sur mon visage.
Le temps a plissé ici, affaissé là.
La maladie a raviné ici, creusé là, boursoufflé ailleurs.
J’essaye d’être indulgente à ce que je vois.
Si la vie a quelque prix, c’est la monnaie qui me reste que voilà.

Pour le reste, l’éclair dans le gris-vert des yeux,
Fulgure toujours contre l’injuste, le cupide, l’ambitieux
L’égoïste et l’insincère.

Métamorphose bien incomplète d’une vieille pas encore sage !!