Je ne  m’en souviens pas bien, mais je suis né comme ça, parait-il,  avec un chapeau.

L’obstétricien avait prévenu ma mère.

-Y’a un chapeau.

Sans doute était-il plus habitué aux casquettes ou aux bonnets, mais là, c’était un chapeau, incontestablement.

-Je peux l’ôter, si vous voulez, c’est assez simple si on le fait tout de suite, avait-il dit, regardez…

Il avait creusé un orifice à la base du chapeau,

-Le crane est bien formé.

Mais ma mère avait dit,

-Non, je l’ai fait comme ça, avec un chapeau.

Et puis le temps a passé, c’est juste pour mon dixième anniversaire que j’ai enfin pu sortir de la ville pour aller passer quelques vacances, de Pâques, à la campagne, chez une sœur de ma mère.

-On va chercher les œufs avait braillé ma tante.

Mais on ne les avait pas trouvés.

Moi je m’en fichais, je savais bien où ils étaient, les œufs.

On est rentré en ville, et j’ai bien fait attention à pas dire non avec la tête, ni oui non plus.

Fallait que je fasse attention à ma nichée.