Le capitaine Anglada arriva sur les lieux du crime, ce lundi matin pluvieux aussi sombre que son moral .Sept heures sonnant son adjoint Gérard l’avait tiré de sa contemplation matinale. Anglada avait acheté une bicoque délabrée au bord du Dorlay une petite rivière à truite en amont de Doizieux charmant village médiéval sur le versant nord du Mont Pilat. Il l’avait retapée à son idée et depuis une large varangue, souvenir ramené de sa première affectation sur l’ile de la Réunion il contemplait sa rivière. En toute mauvaise foi, dans une absence totale de légalité assumée & en qualité de Capitaine de gendarmerie il avait interdit la pêche sur la portion de rivière qui traversait son terrain ? Ce sur environ huit cent metres. Lui-même grand taquineur de Farios devant l’éternel, cela avait fait sourire tout le comté, mais il faut bien l’avouer personne ne l’avait vu pêcher SA rivière. Beaucoup l’avaient vu, dans le petit matin ou au crépuscule, entre chiens & loups assis sur un petit rocher, banc naturel scruter  toujours le même calme créé par un éboulis naturel. Il guettait les gobages de deux grosses Farios qui résidaient en ces lieux. Cette simple vue était son plaisir, sa connexion à la beauté du monde avant de replonger dans la merde qui constituait l‘essentiel de son boulot.

Et ce matin dans la merde il sentait qu’il allait y plonger jusqu’au cou.

On venait de découvrir le cadavre du Préfet chargé du SEPIR (Service de l’Environnement & de la Protection Impérative des Rivières). Une énième entité créée par des énarques pour planquer un ou plusieurs des leurs, avec  laquelle Anglada s’était déjà souvent  accroché. Il ne supportait pas ces KHMERS VERTS qui donnaient des leçons d’écologie aux paysans poly-activités qui survivaient dans ces montages inhospitalières depuis des générations.  Il ne supportait pas leur condescendance & leur façon d’apporter la parole divine .Pour lui c’était des nouveaux Jésuites. Il franchit les rubalises posées par les premiers arrivés sur les lieux, en se retournant pour voir Azor son chien qui avait naturellement pris sa place au volant. Son chien ,depuis qu’il l’avait trouvé un soir au bord de la route & l’avait appelé ‘ Azor  viens, monte » .Azor était monté, s’était assis droit sur le siège passager& lui avait fait un clin d’œil. Depuis ils étaient inséparables. Pourquoi Azor ? Il ne pouvait répondre. Son adjoint l’attendait. Le préfet baignait dans une mare de sang. Ce con dormait au niveau du sol sur une natte tressée qui semblait japonaise. Sa grosse carcasse d’obèse livide, blanchâtre sur ce lac vermillon lui leva le cœur. Pourtant il en avait l’habitude, mais la … Le médecin légiste & ses clones étaient arrivés. Bizarrement le cadavre ne présentait aucunes plaies expliquant autant de sang & fait plus étrange encore, on aurait dit que deux enfants marchant l’un derrière l’autre s’étaient approchés du corps puis étaient repartis, par la baie vitrée restée ouverte, tranquillement vers la route .Les traces sanguinolentes des petits pas s’évanouissaient au bord de la route. Anglada pris une mesure approximative  de l’empreinte avec ses doigts et se dit que cela devait être du 28.Il n’avait pas d’enfants.  Il demanda donc à Gérard qui en se grattant le crane répondit

« Je dirai trois ans. Mais patron deux bambins de trois ans, marchant , l’un derrière l’autre, comme pour un jeu  sans s’affoler devant un cadavre de  cent trente kilos pissant le sang, cadavre sans blessures apparentes puis remontant tranquillement vers la voiture de leur maman qui attend sur la route à vingt mètres & qui donc voit le corps derrière la baie vitrée ouverte  puis s’en va ,ses chérubins les chaussures ensanglantées sur le siège arrière ???  Je me demande même si elle n’a pas pris le temps de boucler leurs harnais de sécurité ?... patron cela ne tient pas debout l’histoire qu’on nous raconte !! »

OUI tu as raison, on essaie de nous faire tricoter une histoire mais on nous donne les mauvaises aiguilles & la mauvaise laine !!!!

Anglada donna l’autorisation après moult photos, prélèvements, prises de côtes, croquis  d’enlever le corps.

 Juste avant il demanda au médecin son sentiment sur ce qui semblait enduire le corps.

Ce mec était diabétique & plutôt mal en point .Comme en plus il se bourrait de bonbons et de tout un tas de cochonneries sucrées  il souffrait de sudations sucrées, phénomène classique, mais pour un écolo  il ne bouffait que des « merdes ».Remarque, on ne pèse pas cent trente kilos en suçant des graines de gojy ,bio de surcroit.  En levant les yeux il vit Anglada & son quintal bien sonné et soupira «excuse-moi ».Le capitaine sourit. Ce n’était pas sa journée.

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AH Anglada !j’ai tenu à t’apporter moi-même les résultats des analyses menées sur ton cadavre.

Ce n’est pas mon cadavre !!

Oui OK je te livre les faits bruts de décoffrage & à toi d’en tirer des conclusions mais on nage dans l’incompréhensible. Ton ….client a été tué par une succession d’hémorragies internes. C’était tellement important que j’ai pensé à une fièvre hémorragique, tu vois type Ebola. Mais il n’avait pas quitté nos montagnes depuis au moins une année cette hypothèse tombait toute seule. Apres analyses ce qui a provoqué ce phénomène c’est une substance toxique, la batrachotoxine.

Peux-tu développer ? 

J’y viens. C’est un poison très violent, deux cent fois plus puissant que le curare. Qui combiné à son diabète a abouti  à ces hémorragies dévastatrices. Il suffit d’un contact cutané. 

??????

Attend, le plus bizarre arrive. Cette toxine est secrétée par une seule espèce de grenouille qui vit uniquement dans une jungle inextricable en Colombie, dont le nom charmant est « Kokoi de Colombie »

Penses-tu que cette grenouille pourrait vivre ici, s’être acclimatée après un rejet ou une perte ? Avec tous ces fêlés de la calebasse & leurs N-A-C.

Impossible ! Son biotope est très restreint & ici, franchement le climat n’est pas très amazonien.

Et dans un vivarium ?

Il te faudrait un spécialiste très pointu & même comme cela cette bestiole ne produirait pas la toxine, car cette substance provient de la digestion dans l’estomac de cette grenouille, pas une autre, d’un cocktail d’insectes du cru. Et franchement il n’y a aucune chance pour que tu en trouves un seul ici. J’ai contacté un collègue d’internat qui officie maintenant à l’Université de Montpellier 2, qui travaille dans un laboratoire de recherche sur ces bébêtes la, justement dans ce coin de paradis, qui m’a affirmé que personne ne connait la nature exacte du cocktail .Ce qu’il peut affirmer par contre c’est que ta toxine fait partie du groupe des alcaloïdes stéroïdes & qu’elle intéresse beaucoup les labos pharmaceutiques.

Ce n’est pas clair, mais la première expérience semble avoir été funeste au patient.

La dose de ton patient aurait tué un troupeau de chevaux et les cow-boys avec.

Bon Anglada !j’ai fini, voilà le rapport & bonne chance .Pour le cocktail je préfère le Cuba-libre.

Anglada , le soir en remontant chez lui s’arrêtât vers la maison du préfet. Il aimait bien faire reposer les informations ingérées et une visite concentrique des lieux, tout en s’éloignant lui donnait quelquefois un éclairage nouveau, & souvent inattendu & de surcroit la marche ordonnait ses pensées. En contrebas de la maison, qu’il constata fort isolée coulait le Dorlay , beaucoup plus large  que chez lui . Il rencontra le fils Borne qui essayait de poser  près d’un rocher surplombant une Darktiger .Il ne l’avait pas vu dans sa tenue camouflage. Il n’avait distingué que la soie de sa canne à mouche qui se déployait à l’horizontale &donc interférait avec la lumière quand elle sortait de l’ombre. En amateur éclairé, Anglada appréciait la beauté du geste .Le posé sur l’eau de la mouche fut parfait, mais Borne du coin de l’œil avait vu la gendarme et n’était déjà plus à sa pêche. Il s’approcha et dit :

Il y a eu un accident la haut ?

Accident, pas si sûr mais c’est inexplicable. Le Préfet s’est vidé de son sang.

La baleine est morte !! Cela lui avait échappé.

Vous ne sembliez pas bien l’aimer avec tes potes ? la : comment as-tu dit ?

La baleine, c’est un surnom qu’on lui a donné. Peu de gens l’appréciait, même vous il me semble.

Nous n’étions pas du même bois.

OH un écologiste qui magouille en douce pour supprimer le Parc du Pilat pour envisager, sous couvert de création d’emploi d’autoriser l’extraction du gaz de schiste sur le plateau de St Genest malifaux, nous n’allions tout de même pas l’épargner. D’autant plus que ces graines de faux-cul je ne les supporte plus. Alors oui le fumier sur sa voiture puis déversé dans son entrée c’est nous, mais nos relations en sont restées là.

Es-tu sur de ce que tu avances sur le gaz de schiste ? C’est une bonne façon de se créer une cohorte d’inimitié.

A priori oui !

Je vais chercher de ce côté-là .Allez salut Borne & laisse-moi quelques truites.

Je les relâche toute. NO KILL CHEF !

De retour dans l’ombre des arbres bordant la rivière, Borne regardait Anglada s’éloigner & pensait « sympa ce gendarme mais comment pourrait-il imaginer que l’idiot de la vallée, Paulo Docteur en génétique, autiste Asperger  & écologiste jusqu’auboutiste avait réussi à introduire avec l’aide de Verts allemands et brésiliens très organisés & très bien équipés des gènes de « Phylobate terribilis »dans la séquence d’ADN d’un porcinet .Le cochon sécrétait maintenant dans sa salive le même poison que la funeste grenouille. Affublé de bottes de pluie pour enfant et irrésistiblement attiré par la sueur sucrée de l’énarque félon ce fut une arme redoutable.

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