Texte qui fait suite au défi 283 : http://samedidefi.canalblog.com/archives/2014/02/01/29040194.html#c60244538

 

Pour la deuxième fois, Stella tentait de fuir à travers la forêt recouverte de neige. Dès qu’elle avait vu le second message inscrit sur le parchemin, la boule s’était de nouveau éclairée et l’avait projetée face au vieux bonhomme. Tout en courant, elle se remémorait la scène.

-          Peut-être nous ferez-vous l’honneur de rester un peu plus longtemps cette fois, Enchanteresse ?, déclara-t-il.

Pour toute réponse, Stella poussa un cri d’effroi et se jeta sur le vieux sorcier. Ce dernier fut soufflé par la force de la jeune femme et dut prendre quelques instants pour respirer. Lorsqu’il se redressa péniblement, Stella avait disparu dans la tourelle. Il pénétra à son tour dans le château et se rendit à son cabinet. Attrapant quelques potions sur une étagère, il prépara une drôle de mixture dans un petit chaudron. Quelques instants plus tard, il positionna ses mains au-dessus du récipient et murmura : Ostende mihi. Une image de Stella apparut alors à la surface et le sorcier put ainsi suivre sa course effrénée à travers le château. Elle suivit sans le savoir le chemin qu’il avait balisé pour elle. Compte-tenu de sa vive réaction lors de sa précédente visite, le vieux sage avait organisé un trajet qui semblerait sécurisant pour Stella. Il avait prévu ses réactions et s’amusait de la trouver si prévisible. Elle, l’enchanteresse qui était censée les protéger ! Quoiqu’il en soit, le plan fonctionnait à merveille et si cela continuait ainsi, l’enchanteresse resterait.

Stella s’était facilement retrouvée à l’extérieur du château, les gardes devaient être occupés ailleurs car cela avait été bien plus rapide que la première fois. Elle avait décidé d’éviter la grande route car les habitants l’avaient dévisagée avec curiosité et elle avait eu peur qu’ils ne l’arrêtent dans sa fuite. Cette fois, elle se cacha derrière le seul bosquet encore fleuri malgré le froid, patienta quelques instants et escalada une petite pente qui lui permettrait de prendre un peu d’altitude. Elle ignorait comment repartir de cet endroit étrange et prévoyait de se cacher plutôt que d’être aux prises avec l’homme en robe noire. Du haut de la petite colline, elle eut une vue splendide sur la ville, le port et le château. Si elle n’avait pas eu aussi peur, elle aurait été émerveillée par ce monde médiéval qu’elle découvrait. Très haut dans le ciel, un dragon volait d’une drôle de manière. Etonnamment elle ne craignait pas cet animal et reporta distraitement son attention sur la forêt qui s’étalait à ses pieds. La neige lui permettait de distinguer clairement les chemins très fréquentés et les allées délaissées. Elle pouvait apercevoir des habitations dont s’échappaient des volutes de fumée et une autre qui semblait vide. Une seule habitation abandonnée. Stella s’interrogea quelques instants sur la possibilité d’un piège mais elle entendit crier des gardes non loin d’elle. Bravant le froid – quelle idée de la transporter dans ce monde sans chaussures et sans manteau ! – Stella courut en direction de la cabane abandonnée. Ses pieds s’enfonçaient jusqu’aux chevilles dans la neige et très vite, elle commença à ressentir des picotements très douloureux dans ses orteils et dans ses doigts. Ses poumons semblaient prendre feu et elle avait l’impression que chaque ahanement s’entendait à des kilomètres à la ronde. Alors qu’elle hésitait à traverser une clairière qui l’aurait laissée à découvert, Stella crut apercevoir de drôles d’animaux en pierre. Elle secoua la tête en se morigénant et s’élançant franchement. Elle cessa de respirer jusqu’à ce qu’elle fut de nouveau à l’abri des arbres. Elle ne devait plus être très loin de la maisonnette à présent mais elle entendait toujours les gardes et s’inquiétait des animaux qu’elle pourrait croiser. Tout semblait si étrange dans ce monde. Elle aperçut enfin le perron salvateur et s’immobilisa. Il n’y avait aucune fumée s’échappant de la cheminée, pas de traces de pas dans la neige et aucun mouvement à travers les vitres. Stella avança lentement vers la maison tout en essuyant ses empreintes dans la neige à l’aide d’une branche d’arbre. La porte de la maison n’était pas fermée, elle n’émit qu’un petit grincement en s’ouvrant. Stella s’adossa à la porte en soupirant et ferma les yeux quelques instants. C’est alors qu’elle entendit un petit craquement suivie d’une bouffé de chaleur. Son cœur eut un soubresaut mais elle ouvrit les yeux. Elle ne pouvait plus fuir. Aveuglée par la lumière du feu dans la cheminée, elle mit quelques instants à percevoir la silhouette accoudée au manteau de la cheminée. Stella se précipita pour ouvrir la porte mais se trouva face à une dizaine de gardes royaux. Poussant un bref cri de surprise, elle referma le battant et se prépara mentalement à affronter ce qui se passait à l’intérieur de la maisonnette. Cette dernière était d’ailleurs étrangement bien arrangée. L’unique pièce était agréable et bien rangée. Il était fort probable que cette cabane ne fut pas abandonnée tout compte fait. Stella posa enfin son regard sur l’homme face à elle. Plutôt bel homme, brun et grand, il souriait doucement et semblait attendre qu’elle prenne la parole.

-          Qu’est-ce que vous me voulez ?, demanda-t-elle avec hargne.

-          Peut-être pourrai-je commencer par me présenter ?, suggéra-t-il.

Ils commencent tous leurs phrases par « peut-être » ici ou quoi ?, pensa Stella avec mesquinerie. Puis elle acquiesça lentement.

-          Je suis le Prince Heren de Teraliel et j’ai besoin de vous.

-          De moi ?

-          Comment vous appelez-vous ?

-          Ah, heu oui… Heu, je m’appelle Stella No de… heu… France.

-          Stella No. de France, c’est un plaisir de vous trouver enfin. Garenel vous a longtemps cherché.

-          Garenel ?

-          Le sorcier que vous avez molesté.

-          Je ne… Je ne comprends pas ce qui se passe ici ! Je veux rentrer chez moi.

Le prince regarda longuement le brasier avant de tourner vers elle un visage ravagé par l’angoisse.

-          Mon peuple est en danger. L’oracle a dit que vous pouviez nous aider. Je vous demande de considérer ma proposition.

-          Quelle proposition ?

-          S’il vous plait, restez ici quelques jours. Garenel vous expliquera notre monde et notre culture. Il vous parlera de l’Empereur Noir, notre ennemi. Si tout ceci parvient à vous convaincre de vous joindre à nous, vous pourrez nous montrer votre magie.

-          Je n’ai pas de magie !

Le prince en fut stupéfait.

-          L’oracle ne se trompe jamais. Se peut-il que vous n’ayez jamais utilisé la magie ?

-          Dans mon monde, la magie n’est qu’un conte.

-          Un conte ? Quelle hérésie ! La magie vit dans le cœur de chaque homme !

-          Chez vous peut-être !

-          Alors comment explique-t-on ce qui vient de vous arriver, dans votre monde ?

-          Un cauchemar !, s’insurgea Stella.

Le Prince partit d’un éclat de rire qui fit trembler la masure. Stella se sentit happée par une étrange vibration qui semblait provenir de son propre cœur. Spontanément, elle reprit la parole :

-          J’accepte de rester deux jours.

Elle fut si surprise qu’elle plaqua les deux mains sur sa bouche en écarquillant les yeux. Le Prince interrompit son hilarité et lui asséna très sérieusement :

-          Voyez, Stella No. de France, il y a de la magie dans votre cœur. Je suis ravi de faire de vous mon invitée pour les deux prochains jours.

Se déplaçant avec agilité vers la jeune femme, il lui attrapa la main gauche encore posée sur ses lèvres et la lui baisa délicatement.

-          Bienvenue à Teraliel, Enchanteresse. Le dragon nous attend pour rentrer au château.