De ce terreau nourricier qu'était l'œuvre de l'immense auteur français surgissait  à présent une profonde forêt, image de ce qu'avait coûté à la nature l'édition toujours renouvelée, en d'innombrables formats et collections diverses, de ses élucubrations aristoguignolesques, fléau qui n'avait eu de comparable à ce jour que la déforestation massive de la planète par les planteurs d'Elaeis guineensis Jacq attirés par les bénéfices tout à la fois honteux et plantureux des pirates de l'industrie agroalimentaire, ceux-là même dont on raconte qu'ils ne sont guère à cheval sur le respect du bœuf, fût-il sur le toit.

Mais je m'égare ! Un peu à l'image d'Albertine (prénom obtenu en associant intimement Alice et libertine) perdue dans la forêt dont question ci-dessus et la parcourant en tous sens autant que pédestrement depuis que son cheval s'était emplafonné sur un arbre en bois dur, transformant la fière et fringante amazone que fut sa cavalière en sauvageonne coureuse de bois.

Son huit-reflets élégamment drapé d'un vaporeux voile de soie était irrémédiablement perdu, lui qui avait à l'instar des carrosseries déformables de nos modernes automobiles encaissé la majorité du choc protégeant ainsi la cervelle d'oiseau (voir défi précédent) de la charmante écuyère.

Elle avait donc abandonné la chose auprès de la dépouille de l'animal qui, contrairement au casoar, était dépourvu de casque autant que de haut-de-forme protecteur et n'avait donc pas survécu à cette rencontre inopinée avec le géant de la forêt qui s'était subitement dressé devant lui dans sa course effrénée.

Depuis le temps qu'elle errait à travers la futaie, elle commençait à se trouver peu futée elle-même de n'avoir cédé à cette pulsion libératoire qui l'avait fait se précipiter au triple galop dans la forêt pour échapper à son geôlier que pour s'y retrouver tout aussi irrémédiablement prisonnière que dans la sombre demeure de son bourreau.

C'est en ressassant ces funestes pensées qu'elle se trouva soudain nez à nez avec un mur lequel lui sembla de papier. Elle tendit la main, palpa la matière, aucun doute !

"Oh, une maison japonaise !" s'écria-t-elle tout en ajoutant immédiatement, car elle  était auvergnate, "Ch'est gai cha !" Et elle poussa la porte.

Mal lui en prit, car comme les portes des maisons japonaises traditionnelles se glissent mais ne se poussent pas, elle défonça le panneau de papier pour tomber à genoux devant un jacuzzi où macérait un vrai, un dur, un tatoué de chez tatoué, en un mot : un yakuza !

- Sabre de bois! s'écria ce dernier, fervent adepte du kendo, Vous être défoncée, parole ! Pas parce que vous vautrer vous sur tapis persans avec copain en marcel que vous devoir aussi fumer moquette, même si persane qualité supérieure est, vous contenter plutôt vous de cigare à moustaches d'ami à vous, Baronne !

- Je ne suis pas Baronne, même si j'ai noble allure, je m'appelle Simonet !

- Baronne Simone est, je savoir source sûre !  lui répondit le baigneur tatoué.

- Simone l'est peut-être, mais moi je suis Albertine, la libertine...

- Ahah ! Vous être sorte Geisha ? Vous jouer Shamisen ?

- C'est parce que vous marinez que vous me parlez de misaine ? Seriez-vous capitaine au long cours ?

- Longs, courts, falloir choisir, vous pas pouvoir avoir deux, mais peut-être moi pouvoir trancher en biais , shah ! Grand coup katana, lames japonaises parfaites pour tailler cheveux belles dames...

- Mais, cet animal veut saquer ma coiffure !

- Saké ? Femme pas boire saké, plutôt faire thé matcha...

- "Femme faire thé matcha..."  Non mais tu t'entends ? Je vais te faire infuser,moi, gros macho !

Et elle plongea dans le bain à bulles.

Ce qu'il advint par la suite nous restera à jamais inconnu, la diligente domesticité japonaise s'étant précipitée pour réparer le panneau à grand renfort de papier de riz (wagami).

 

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