J’ai le bras long. Vous ne l’aviez pas remarqué? Normal, je suis discrète, je n’en parle pas,je n’en fais pas étalage, je me comporte comme tout le monde.  Enfin, presque!.  Quelquefois, je me prends par la taille, ma main gauche glisse derrière mon dos  et se pose coquettement sur ma hanche droite. Je fais quelques pas, comme si nous étion deux.

                Cela surprend un peu, je vous l’accorde.   Mais pas plus que lorsque je ramasse sans me pencher la balle de mon chat  et la lance vigoureusement  si loin dans la prairie qu’elle disparaît.

                J’avoue qu’avoir le bras long est parfois très agréable. Je fais mes courses sans fatigue, mon bras droit pousse paisiblement le chariot tandis que le gauche saisit prestement  les denrées en haut, en bas, devant l’acheteuse un peu hésitante (pardon, Madame),,  ou même dans le rayon d’en face.

                Seul ennui: il a la tête près du bonnet!  Ainsi, l’autre jour, il a flanqué une gifle bien appliquée au vendeur qui ravitaillait les consoles, sous prétexte qu’il était trop pressant envers moi!  Il a fallu que je le reprenne en mains. Je l’ai donc plis en trois et l’ai revêtu de sa housse; ainsi il a l’air d’un parapluie très innocent.

                J’allais oublier de vous le dire: c’est un bras long très affectueux. Sans me demander mon avis, un jour que nous étions coincés dans la file devant le cinéma, il a étroiteùent serré mon voisin contre moi, qui a paru ravi. C’est ainsi que nousnous sommes mariés...