Les feuilles d’automne ? Non, il m’est impossible d’en parler ! Nous nous connaissons trop bien, ensemble nous avons couru dans les allées du parc ; j’aimais sous mes petons de fillette sentir craqueler leur tapis que le vent en rafale éparpillait soudain.

Cette sensation, ce bonheur, je l’ai écrit dans mes rédactions à l’école, d’année en année, sous des titres divers. Plus tard, émue par leur ciselé, le mordoré de leurs ors ou le vermillon de tout un feuillage, je les ai mises en poèmes. Poèmes d’automne qu’enivre le parfum si particulier des feuilles sous la pluie ou chanson à lèvres closes quand le vent les fait tourbillonner comme autant de petites ailes éperdues.

Et nos promenades ! Comment vous décrire ces fugues soudaines qui me jetaient dans les bras de l’automne comme on va à un rendez-vous d’amour ! Les feuilles ensorcelantes galopaient à ma rencontre, un chat enivré se roulait avec elles dans le chemin et c’était bien.

J’ai tout donné aux feuilles d’automne, mon enfance, ma jeunesse, mes amours.

Aujourd’hui j’ai le cœur et les mains vides. Alors, je suis sûre que vous me comprenez : il m’est vraiment, mais là vraiment impossible de parler des feuilles d’automne…