Dans cette noix, va donc savoir ce qui se cache !
Sa coque dure est un rempart pour le curieux
Qui aimerait percer à jour ce mystérieux
Délice brun qui le provoque, un rien bravache.

Mais attention ! L'objet est traître et se défend !
Prends un couteau pour séparer cette coquille
Et le parquet de rouge sang tu remaquilles,
Poussant un cri qu'on croirait ouïr un olifant...

Oui mais alors, cette noix-là, que contient-elle ?
Approche-là de ton oreille, écoute bien :
N'entends-tu pas comme un murmure, un presque rien,
Une chanson toute en douceur. Mais que dit-elle ?

Oh là ! Manant prend garde à toi, car ce secret
Est bien gardé. C'est un lutin d'humeur badine,
Un brin espiègle et qui je crois quelques fois dîne
Du sang perlant au bout du doigt d'un indiscret.

Mais si tu sais bercer la noix de ta comptine,
Son habitant, qui est curieux, veut écouter ;
La coque s'ouvre et laisse voir un farfadet,
Un peu fâché d'être tiré de sa routine.

Or le lutin, si dans le fond n'est pas méchant,
Je vous l'ai dit un peu plus haut est un espiègle
Qui s'affranchit sans foi ni loi de bien des règles
Lorsqu'il s'agit de se moquer d'un mécréant ;

D'une voix basse il psalmodie une formule
Et sa magie, en un sursaut, sort de la noix !
Se lève alors au fond du bois un vent sournois
Qui t'enveloppe et tout à coup te change en mule...

Etre curieux est un défaut qu'on dit vilain,
Et si tu sais ce que cachait ce fruit à coque
Te voilà beau, broutant ton herbe... Et tu t'en moques :
Tu n'iras plus enquiquiner d'esprit malin...