Nos regards se sont croisés dans le grand hall de l'aéroport de Madrid et j'ai tout de suite ressenti la violence d'un éclair dans ma poitrine. Mon attention avait été attirée par son accent brésilien de Maracaibo quand elle avait tenté de parler espagnol. Je lui ai proposé en bégayant mon portugais : Quer que lhe traga um copo? Vous voulez que j'aille vous chercher un verre ? Elle m'a répondu en souriant, oui, ça serait plus commode pour moi ! Elle avait la jambe gauche plâtrée de la cheville à la hanche. La conversation s’est alors entamée simplement.

- Comment cela vous est-il arrivé ?

- J’ai manqué mon atterrissage...

- Vous êtes pilote ? Elle a ri : Non ! Je suis avion ! C’est un peu handicapant, ça explique l’aéroport...

J'ai fait semblant de comprendre une plaisanterie en souriant bêtement.

La suite a été un long échange qui est devenu intime et qui a duré les deux heures d'attente de nos correspondances : Elle, pour Los Angeles, moi pour Lisbonne.

J'étais complètement aimanté par la grâce de ses paroles, de ses gestes, de ses sourires. Et je sentais, aussi, que ma présence la troublait. Elle m’a demandé mon prénom :

- Miguel…

- Ouah ! Un nom d’archange !

Elle - elle m'avait avoué également son prénom – m’a complimenté sur le petit tatouage, l’envol d’un beija-flor, qui gravait mon épaule gauche. Elle a voulu me montrer le sien, une colombe aux ailes déployées, au-dessus de son plâtre, en remontant sa légère jupe blanche jusqu'à l'aine, en découvrant un peu la troublante vision d'une lingerie rose, peau d'ange brodée de ciel.

Et puis un haut-parleur nasillard et sans âme a annoncé le vol pour sa destination. J'ai crispé un mouvement sombre des sourcils, elle a pincé un sourire triste sur sa bouche. Je l’ai aidée à se lever. Pour seul bagage, elle portait un sac à dos qui me semblait bien léger et qu’elle avait gardé tout ce temps. Je l'ai accompagnée, elle, blottie sur mon épaule, claudiquant, jusqu'à sa porte. Nous avons échangé nos numéros de portable et j'ai senti son souffle et l'électricité d'un baiser furtif sur mes lèvres quand elle s'est séparée de moi. Puis, sans respirer pour ne pas perdre son parfum, j'ai suivi les ailes blanches d’une ascension qui s'estompait dans le ciel.

On a appelé un retardataire sur le vol de Lisbonne et j'ai embarqué précipitamment.

Le sommeil de la nuit qui a suivi mon arrivée a été extrêmement agité. Elle me rejoignait dans ma chambre et lentement dégrafait son chemisier blanc après avoir ouvert et déposé son sac à dos dans un déploiement de soie lumineuse tandis que sa jupe s'évanouissait sur le parquet. Puis ses mains glissaient le long de ses hanches et la dentelle rose que j'avais entraperçue roulait lentement pour m'offrir tous les secrets du désir. La suite, je l’ai encore dans le cœur quand je rêve les yeux ouverts sur ma réalité ordinaire.

Au matin, je me suis réveillé épuisé comme dans un rêve achevé qui continuerait de vouloir être… Dans les draps, j'ai trouvé quelques petites plumes fines que j'ai pensé échappées de mon oreiller. J'ai frotté mes yeux et dans le frisson de lumière que les persiennes me diffusaient j'ai aperçu une dentelle rose brodée de ciel, au pied du lit…

Et puis mon portable a esquinté Mozart avec « La musique des Anges » pour m'annoncer un SMS :

« Bi1 ariV a LA. Mer6 pr tt et pr ce rêve +++. ExQz le Dzordr 2 mes duV ds T draps. J x ke G oublié kL ke choz 2 roz chez toi. Mais toi J t’oublie pas. BJnho, arkanj MigL. A+. Angéla »*

……………………………………………………………………………………………………………………………………

*Je suis bien arrivée à Los Angeles. Merci pour tout et pour ce rêve merveilleux. Excuse-moi pour le désordre de mes duvets dans tes draps. Je crois que j'ai oublié quelque chose de rose chez toi. Mais toi je ne t'oublie pas. Beijinho, archange Miguel. A +. Angéla.