Je me souviens d'une colline
Verte dans la verte Erin.
Elle avait cette joie intime
Que donne la mélancolie.
Elle avait ce charme infini
Qui berce ma mémoire
Encore aujourd'hui.

Sur la colline croissaient des fleurs
Blanches piquées dans le gazon.
Je portais une robe blanche.
Main dans la main, nous descendions.
Le soleil blond te coiffait de mèches folles
En bataille.
On devait bientôt les couper
A l'armée.

Depuis il a gelé sur la trop verte Erin.
Et la guerre est venue.
Des hommes se sont battus
Et le sang a souillé les fleurs de la colline.
Dans le grenier ma robe s'est fanée.
Bientôt pourtant reviendra la clarté.
Et sèchera le sang sur la verte Erin.
Et sècheront les plaies dans mon coeur douloureux.
Mais jamais, non jamais, je ne pourrai oublier
Nos adieux et mes larmes au bas de la colline,
Quand je dus te quitter,
Toi, et ta verte Erin.

                      Bruxelles, 1972