" La jeune fille s'était levée pour saluer sous les bravos et les vivats. Le concert était fini. Debout, les auditeurs applaudissaient à tout rompre, criaient "bis", "encore" et refusaient de partir..."
Une pluie de fleurs tombait devant ses pieds. Son répertoire était pourtant terminée, le rappel avait déjà eu lieu. Une forte émotion l'envahie, les larmes montèrent, emplissant ses yeux de passé, pour redescendre par tant de chemins parcourus, tant de chagrins, tant de sacrifices, qu'elle ne comprenait pas cette ovation. Pourtant elle faillit tressaillir, l'émotion la submergeait, l'auditorium se brouillait sous ses yeux embués, sa mémoire lui rappela. Elle s'installa au piano et recommença à jouer. Plus besoin de partition, plus besoin de support, cette musique, elle l'avait dans la peau, par coeur, elle l'à connaissait sur le bout de son coeur. C'était la musique que jouait sa maman, inlassablement. Elle se souvenait, elle, dans son parc, sa maman au piano, en train de jouer. Ses oreilles, ses yeux, son coeur, son corps s'en souviennent. Elle avait juste besoin de tant d'amour, seule dans son parc, l'amour qu'elle ne ressentait que par la musique qui partait des doigts de sa mère, pour arriver jusqu'à elle, jusqu'à l'envahir dans tout son corps. Brigitte, partit dans ses pensées, se concentra et revint sur ses notes.
Lorsqu'elle jouait, elle ressentait cet amour, la mélodie de son enfance, la mélodie de sa vie, puis, ses pensées impossibles de rester en places, se tournant vers ce passé. Elle, Brigitte, écoutant cette mélodie, elle arrivait à ressentir l'état émotionnel 
de sa maman, lorsque le morceaux déviait de sa douceur, elle la savait contrariée. Alors, seule, dans mon parc, je pleurais et réciproquement lorsque je l'a sentais heureuse, je riais, jusqu'à me calmer et m'endormir, lorsqu'elle rejouait sereinement. J'aurais tant voulu dans ces moments, me rapprocher pour me blottir tout contre elle, me consoler, me câliner, mais mes espoirs en sont restés vains, pas d'amour démonstratif. C'est elle qui bien plus tard, me faisait apprendre mes leçons de piano, c'était pour elle que je travaillais si durement. Le piano n'était qu'un instrument, j'en était moi même celui de ma mère. C'est bien pour elle, que j'ai joué ce soir.