Patachon évoque irrésistiblement Doublepatte,  duo comique du cinéma muet. Ils se trimbalaient sur les écrans , inséparables et opposés.  Avaient-ils une valise? Je ne m’en souviens pas, mais peut-être était-elle invisible?  Ils y amassaient tant de choses!..

            Et avant tout, les rêves des petites filles sages et des garçonnets proprement vêtus. Et ceux des petites filles pas très riches et des garçons mal coiffés, qui s’engouffraient dans les salles “Enfants admis” pour la séance de l’après-midi.  Parfois, les fillettes portaient un béret marin,  et les gamins une grande casquette qu’il tiraient hardiment sur l’oeil Ni les uns, ni les autres, ne savaient que le monde évolue et que les rêves changent de couleur. 

            La grande valise invisible contenait aussi des pantins pour les jours de fête, des chansons à fredonner, chansons d’enfance mais déjà chansons d’amour. Il s’en échappait une, soudain, qui gagnait les rues et les ruelles, et que des couples de musiciens ambulants interprétaient aux coins de rue.

            “Ramona, j’ai fait un rêve merveilleux...” entonnait la femme à pleine voix, et son compagnon soutenait le refrain par le rythme de l’accordéon, qui attirait et retenait  les badauds. Des badauds qui rêvaient peut-être de Ramona, interprétée par Dolores del Rio dans le cinéma de quartier où le piano accompagnait le film muet.

            Cette valise! Elle a contenu le flonflon des kermesses, les aveux des couples d’un soir qui dansaient sur les places le 21 juillet, jour de Fête Nationale, les chagrins des séparés par la guerre de 40, les larmes des retrouvailles de 1945, les espoirs du développement économique et peut-être bien les désillusios d’aujourd’hui, la crise, le chômage, les formations à l’emploi, les banques, les faillites, et de nouveau, le chagrin.

            Je ne sais pas. Je ne l’ouvre plus depuis longtemps.  Parce que, la valise de Patachon, c’est un peu la mienne...