Histoires de cheminées

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Florange n’est plus ; l’industrie française est dépecée par un capital mondial, par un de ses pairs, si jeune que notre Président pensait s’adresser au fils alors qu’il s’agissait d’un des fondateurs de ce machiavélique système économico-financier. J’imagine le coup de vieux pour ne pas dire le coup de grisou. Adieu donc, cuillères durables pour percer le mur de pierre ou de verre, rappeuses à fromage en acier éternellement transmissibles aux générations successives, aiguilles creuses pour rapiécer nos houilles et ainsi, se démarquer par et dans notre ingéniosité. Fumée volée aux hauts fourneaux, voilà ce qui est retenu pour raconter cette première histoire de société, pour ne pas dire de cheminée.

Miro regarde Flo. Pas sa frange, mais ce qu’il y a dedans. Il supplie : « Racontes une histoire plus perso ». Alors Flo regarde et se voit avec Kako dans la cuisine équipée d’une chaudière à bois qui chauffe toute l’eau et toute la maisonnée. C’est l’heure du petit déjeuner. Pendant que Flo touille son café au lait, Kako prend le crochet en métal pour ouvrir les deux volets en fer, emboîtés et articulés l’un à l’autre par deux fines soudures. Il se rend compte alors qu’il n’y a plus de feu ni de flammes, juste quelques braises enfouies dans les cendres. Espiègle, le grand frère veut se faire apprenti laborantin. Il ouvre le placard à produits dangereux et prend l’alcool à brûler. « On va faire un essai » dit-il.

Flo se rapproche de lui comme s’il s’agissait d’une assistante. Il verse la moitié de la bouteille. Nous nous penchons par-dessus la chaudière entrouverte. Nous regardons. Rien. Un peu déçu de cette absence de réaction chimique, il voit la boîte d’allumettes à côté de la cuisinière. « EUREKA ». Le petit sourire en coin, l’illumination de la solution émerveille son visage d’enfant. Il allume l’allumette et la jette dans la chaudière. Nous nous penchons à nouveau par-dessus la chaudière. Et là, pas le temps de dire « oh, y’a rien » car une énorme flamme jaillit et nous brûle sourcils, poils des bras et quelques mèches de cheveux. Nous avions donc fait une connerie.

Nous voyons au loin notre père arriver. Vite, nous nous réinstallons sur la table de la cuisine. A tourner le café au lait comme si de rien n’était alors que la cuisine empestait le porc brûlé et que les copeaux de poils fondus surnageaient dans le bol. Le père apeuré avait vu une flamme de 20 mètres sortir du conduit de cheminée alors qu’il descendait le chemin pour entrer tranquillement à la maison. A la question « qu’est-ce qui s’est passé ? », nous avions feint l’ignorance sans savoir ce qu’il avait pu voir.

Quelques décennies plus tard, la chaudière à bois a été remplacée par la chaudière à fioul. Là, je n’étais pas à ses côtés. Mais j’entends un grand « BOOM ». J’entre dans la même cuisine et je vois les sourcils de mon père fondus !
Et comme le défi demande plusieurs histoires, je finirai par celle-là, jamais Flo ne laissera passer l’interdiction des cheminées et de leurs feux même s’ils présentent une certaine dangerosité car le feu et sa maîtrise représentent un cycle fondamental dans l’histoire de l’humanité.