J'ai jamais cru que le père noël passait par la cheminée, celui que j'avais vu à la galerie marchande avait si un gros ventre qu'il serait même pas passé par la porte. Chez nous, il y avait un chauffage central et des radiateurs. On avait beau m'expliquer que dans ce cas que le père noël pouvait passer par la fenêtre, j'y croyais pas plus, vu qu'on habitait au 3ème étage. Mais pour leur faire plaisir je faisais semblant, c'était plus simple pour mes parents. Ils se donnaient déjà beaucoup de mal pour me faire des cadeaux, j'allais pas compliquer la vie par des soucis d'accès. J'ai le souvenir d'un cheval en bois, de train à roulettes, d'oranges... Malgré tout, des cheminées j'en voyais tous les jours, des immenses même, celles qui dépassaient de l'usine où travaillaient mes parents. Notre cité était juste en face, de l'autre côté du Rhône. Une longue fumée noire et malodorante s'échappait toute l'année de ces longs tuyaux en briques rouges. C'était très moche et triste comme vision, mais je me suis habitué. Le soir quand je faisais mes devoirs dans la cuisine face à la fenêtre, j'étais fier de penser que mes parents avaient la lourde responsabilité d'alimenter le feu qui les nourrissait. Ils ne m'avaient jamais vraiment expliqué quel était leurs métiers en vrai, ou j'avais peut être pas comprit. Nourrisseurs de cheminée je trouvais ça bien.

Puis un jour on est parti habiter dans une maison avec une chambre de plus pour ma p'tite soeur, loin de l'usine. Il y avait un jardin avec un cerisier. Une cabane que papa avait fabriqué pour abriter des tourterelles qui ne servaient à rien si ce n'est de roucouler toute la journée. Un petit potager avec des salades que papa plantait chaque année pour nourrir les limaces. Les cerises c'était les oiseaux qui s'en chargeaient. Tout le monde semblait heureux. Moi, mes cheminées me manquaient.