Je venais de tourner religieusement la dernière page de l'almanach des Postes – qu'on appelait autrefois le calendrier des Pétété – pour voir si Noël tombait toujours en décembre quand j'ai soudain été intrigué par une minuscule tache vers le bas de la page.
Au risque de paraître tatillon, j'avoue que je ne supporte pas qu'un carton - me fut-il imposé par une tradition aussi séculaire que ridicule - soit souillé de quelque manière que ce soit.
Pourtant sur le nombre vingt et un s'étalait une étrange empreinte, comme la marque du doigt douteux, crasseux ou terreux de quelqu'un qui voulait désigner ce jour pour une raison inconnue.
Je savais qu'un jour ou l'autre ma maniaquerie me perdrait et c'est sans réfléchir que j'ai posé mon doigt sur le nombre vingt et un dans le but d'effacer cette vilaine tache.
C'est alors qu'un alarmant texte publicitaire est apparu en pleine page: il y était question d'un calendrier Maya et de la fin du monde avec une offre de location de bunker antiatomique équipé pour deux cent personnes comprenant kit de survie, rations lyophilisées et réserves d'eau potable.
Le seul calendrier Maya que j'avais lu autrefois comportait une abeille, une sauterelle nommée Flip et Max le ver de terre!
 
J'ai aussitôt téléphoné mais toutes les lignes étaient occupées, ce qui ne me surprit pas outre mesure. De toute manière un misanthrope comme moi ne partage pas un blockhaus avec cent quatre vingt dix neuf “survivalistes” pour une durée non définie!
J'ai donc opté pour l'abri individuel en kit, donc à construire soi-même, alléché par le cadeau offert aux dix mille premiers acheteurs: le tee shirt officiel de la fin du monde du 21 décembre 2012 - refloquage du stock de tee shirts de la fausse fin du monde du 2 septembre 2009 - dont il restait justement quelques tailles XXL et dédicacées par Nostradamus en personne.
 
Conscient de l'imminence de la catastrophe, je n'ai pas hésité une seconde à fournir le code de cette carte bleue qui ne me servira plus à rien puisqu'il n'y aura plus rien de monnayable sur notre terre dévastée.
Le délai de livraison garantissait trois semaines, ce qui me laissait le temps de creuser un trou dans le jardin et même quelque jours de plus pour le montage et l'aménagement de mon coquet nid de survie.
Je devais aussi me concocter un panel d'occupations et je vis là l'occasion inespérée de réécouter en boucle toutes les oeuvres de Linda de Souza et de Karen Chéryl que j'avais trop longtemps snobées!
 
Pleinement rassuré, je relus le calendrier qui proposait cette fois un cours de survie: l'art et la manière d'attraper un poulet - vivant de préférence - le saigner, le plumer, le vider et faire du feu pour le cuire...
A l'idée d'avoir à plumer un volatile, je commandai plus simplement des conserves en très grosse quantité - de quoi tenir dix ans - avec les restes de ma carte bleue lorsque je reçus un e-mail accablant du vendeur d'abri en kit: ma carte bleue venait d'expirer!
 
J'appelai aussitôt ma banque... la ligne était muette.