« Vous ne me reconnaissez pas ? » demandai-je.

La femme me lança un regard scrutateur ; elle avait entrouvert la porte d'entrée. Je m'approchai et montai la marche devant la maison.

« Non, je ne vous reconnais pas.

-  Je suis la fille de Mme S... »

Je n’ai pas eu le temps d’en dire plus avant que la vieille ne me referme brutalement sa porte au nez. A peine si j’avais pu voir son visage, rapidement déformé par ce qui était peut-être de la surprise, même si ça ressemblait plutôt à de l’effroi. Je restai là, immobile et perplexe, à me demander ce que cela pouvait signifier. Un nouveau bruit du côté de la porte m’a tirée de ma torpeur. La vieille paraissait moins terrifiée, mais infiniment plus agressive. Et ce n’est plus l’expression de son visage qui me donnait cette impression, mais plutôt le fusil qu’elle pointait droit sur moi.

« J’me suis pas laissée emmerder par la mère, c’est pas pour me coltiner la fille ! »

C’est à ce moment-là que je me suis aperçue que je n’étais pas au bon numéro et que je n’avais pas sonné à la bonne porte. Je ne sais pas ce que cette vieille-là avait contre la Madame S qui n’était pas ma mère. Je n’ai pas eu le temps de formuler la question entre le moment où son doigt a pressé la détente et celui où la balle a atteint mon front et fait exploser ma boîte crânienne.