Je vois cette paire de chaussures usées et je pense à toi, papa.

Je me souviens de tes Redwings, je me souviens que tu avais une nouvelle paire chaque année.

Je me souviens que leur prix était ruineux, mais que tu devais les avoir, en dépit de tout, même quand il n'y avait pas d'argent, parce que tu boîtais à cause du trou dans ta jambe, laissé par un éclat d'obus japonais. Quand les semelles étaient trop usées, tu ne pouvais plus marcher correctement, et tu avais affreusement mal au dos, je m'en souviens.

Je me souviens que c'était à moi de défaire les lacets chaque soir quand tu rentrais de la traite et de te les enlever.

Je me souviens du parfum de leur cuir marron.

Je me souviens que ce cuir était d'abord un peu raide, je me demandais comment tu faisais pour porter des chaussures si raides. Mais peu à peu, le cuir s'adoucissait.

Je me souviens que parfois, je devais tirer très, très fort sur tes chaussures pour les enlever, je n'aimais pas ça parce que parfois, je tombais sur mon derrière et cela faisait mal, et que même si tu portais des chaussettes de laine épaisses, même en hiver, tes chaussures ne voulaient jamais te quitter facilement.

Comme je les comprends, maintenant, papa.