Cela fait dix jours maintenant que je marche dans ce désert...Mes jambes ne me portent plus comme avant, dans ma jeunesse. J'espère ne pas me tromper...Il me semble bien reconnaître cette dune : c'est là que je « l »'ai vu , la première fois.

Ça me fait drôle de revenir, après toutes ces années...malgré les mises en garde de mes proches contre ce « pèlerinage », arguant du fait que je n'ai , soi-disant, aucun sens de l'orientation...

Je me demande où il doit être...Il est peut-être mort. Pour autant qu'il m'en souvienne, il ne savait pas très bien se servir d'un crayon. Quoi qu'en réfléchissant bien, il avait fait un portrait de moi assez ressemblant, il faut le reconnaître.

Il fallait que je revienne, c'était vital pour moi. Si j'ai bonne mémoire, il devait se tenir par là : oui, voilà un morceau de métal qui ne trompe pas ! Il y a une inscription dessus, à moitié effacée : « P-38 Lightn**g »

Un bout de sa carlingue.

Et là, un peu plus loin...mais oui, c'est bien un terrier de fennec...Mon dieu, le renard des sables! Mon renard...j'en tremble! Se pourrait-il...mais non, soixante ans terrestres ont passé!

Oh! Tout me revient, les baobabs, les volcans, les planètes, les réverbères et surtout, le souvenir d'une terrible brûlure : c'était là, exactement là, au pied de ce muret, que la morsure du serpent-minute m'a emporté à tout jamais...Voilà que je pleure maintenant, quel sentimental je fais ! S'il n'y avait pas eu ma rose, et ce satané mouton, je n'aurais pas eu besoin de partir, et j'aurais passé le restant de ma vie avec lui...

Je l'aimais bien.Il m'aimait bien, je crois.

Je suis heureux d'être revenu.

 

 Petit Prince