Un jour dans la vie de Frankie ou une nuit.

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L’heure avance, le barman, Frankie, ne sait comment le signifier aux trois individus encore présents dans le bar. Des vrais oiseaux de nuit.
Son patron, Monsieur Paper, lui a bien recommandé, il y a une petite heure, comme tous les soirs, sans exception, de fermer à minuit précises. Lui viendrait rouvrir, comme tous les autres jours de l’année à cinq heures. cinq heures de fermeture, réglées comme du papier à musique.
Le barman sait tout cela et commence à bouillir intérieurement. Tout cela l’impatiente.

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La première fois qu’il voit ces trois individus, un couple et cet homme seul. Il remarque les coups d’œil que la femme lance à l’homme installé seul à l’autre bout du comptoir.

Quand Monsieur Paper s’en va, il pense que tout se passera comme d’habitude. Il déroule dans sa tête, le scénario qui a lieu tous les premiers samedis du mois. Et demain sera le premier samedi du mois d’octobre.

À zéro heure, lui Frankie, le barman fermera.
À une heure, Wilfried viendra ouvrir la porte de derrière, déposera un colis dans le bac à glace, refermera la porte.
À deux heures, Eugène ouvrira lui aussi la porte de derrière, laissera une enveloppe avec 1 000 $ en lieu et place du paquet, qu’il emportera et il refermera la porte.
A trois heures, Placid arrivera et commencera le ménage. D’abord la cuisine, puis la grande salle. Tout devra être terminé pour cinq heures, heure de retour de Monsieur Paper.
C’est ce que pense Monsieur Paper. C’est ce qu’ignore Frankie.

Nous serons le premier samedi du mois d’octobre dans moins d’un quart d’heure. Les trois individus sont toujours présents avec Frankie dans le bar.

 

Frankie s’approche du couple :

-        - Je ferme à minuit. Je vous offre le dernier verre. La même chose, je suppose.

Le couple ne semble pas l’entendre. L’homme et la femme se regardent, se sourient, l’ignorent.

Frankie s’approche de l’homme seul.

-        - Je ferme à minuit. Je vous offre le dernier verre. La même chose, je suppose.

L’homme ne semble pas l’entendre. L’homme le regarde, lui sourie, l’ignore.

Frankie se demande s’il rêve. Cinéaste averti, retour vers l’année 1997. Il plonge dans une scène du film The End of Violence de Wim Wenders.

L’heure avance.

Frankie ne sait plus à quel saint se vouer avec ces drôles d’oiseaux. Les trois personnages sont figés, comme les statues du musée de Madame Tussauds à New-York.

Minuit va sonner. Je dois fermer le bar. Monsieur Paper va me tuer. Je le soupçonne fort de différents trafics. Je ne veux rien en savoir. Je veux travailler et vivre, ne pas risquer ma vie.

Les trois personnages prennent soudain les visages de Humphrey BogartMarilyn Monroe et James Dean. Il voit son reflet dans la vitrine du bar : il a le visage d‘Elvis Presley.

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Un réveil sonne. Il est cinq heures. Frankie se réveille. Il doit aller prendre son poste au bar de Monsieur Paper. Prise de service à sept heures.

 

(après avoir écrit mon texte, j’ai découvert trois passionnants articles sur ce tableau :

http://laboiteaimages.blog.lemonde.fr/2011/03/27/le-grand-jeu-de-limage-mystere-5/
http://laboiteaimages.blog.lemonde.fr/2011/04/05/le-grand-jeu-5-la-reponse-nighthawks-parte-ouane/
http://laboiteaimages.blog.lemonde.fr/2011/04/17/nighthawks-parte-tou/
)

et dernière minute celui-là :

http://nighthawksforever.blogspot.com/