25 juin 2011

Défi #156

A la manière deFrancis Ponge

qui dans le « Parti pris des choses » veut rendre compte de

 la beauté des objets du quotidien.

 

Exemple : La GOMME :

 

« Je ne connais pas d’objet plus charitable que cet ange gardien élastique :

 il s’efface en effaçant. Tout au long de son chemin de croix sur le papier quadrillé

il se charge de tous les péchés de l’écolier. »

 GOMME

Rendons hommage si vous le voulez bien :

 

        1 -A la table

   2 - Aux lunettes

        3 - Au piano

      4 -Un autre objet à votre choix …

 

Adressez vos descriptions enrichissantes  à

samedidefi@hotmail.fr

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Dans mon tiroir il y a …. (KatyL)

 

Une photo jaunie un peu trop déchirée comme l’enfance d’une petite fille…Elle semble triste mais elle tient encore la main de sa maman pour quelque temps.

Des morceaux de dentelles d’une jeune fille en fleurs parée de son innocence et de sa candeur, en point de Calais …d’une existence passée.

Un ruban de taffetas rose enroulé autour de poèmes d’amour que j’ai reçu un jour..

Des perles de culture issues de tous les livres que j’ai lu et qui forment le collier du savoir, perles accrochées les unes aux autres par le fil de ma mémoire.

Une plume d’oiseau ramassée sur une plage, et quelques grains de sable déposés par le vent hélas dans mes rouages ..

Des pétales séchés d’anciennes fleurs cueillies, il y a quelques printemps, quelques étés, sublime lilas ou brin de muguet, quelques roses …leurs effluves me hantent.

Des petites mèches d’enfants, l’un blond comme les blés, l’autre blond vénitien, dormantes dans un papier de soie, mes deux tendres trésors …rien qu’à moi.

Et quelques illusions perdues comme dans un songe, certaines ont pu « s’échapper » pour composer des bribes de vie d’une tendresse touchante.

Bien cachés au fond du tiroir, un paquet bleu de rêves de mes nuits d’ivresse que je garde pour moi par délicatesse.

Quelques flacons de larmes, ma nappe phréatique, oh ! Jamais asséchée et sève de mon être, substance de ma force.

Puis quelques grains de mots parsemés sur des feuilles empilées en recueils enrubannés.

Un bouquet de photos des tableaux en myriade de couleurs, peints au gré des joies et des bonheurs du jour, et surtout des contemplations.

Mon cœur bat la chamade

A refaire cette escalade

Du temps de nos balades.

katy petite

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Les tiroirs (32Octobre)

samedi 18 juin 2011, 00.00

Message à l’intention de32 octobre
de la part de l’administrateur du site : le Défi du Samedi

Chère ou cher 32 Octobre,

Excusez cette familiarité

Mais je me fais le porte-parole des administrateurs du site nommé ci-dessus

Nous souhaiterions que vous évitiez les titres suivants et surtout les textes correspondants :

  • -        fouiller 32 tiroirs
  • -        ouvrir 32 tiroirs
  • -        32 tiroirs secrets
  • -        Publier 32 fonds de tiroir

Et surtout celui que nous vous soupçonnons fort de vouloir nous envoyer en ce vendredi soir prochain :

  • -        32 polichinelles dans un tiroir

Nous nous sommes permis cet envoi
Car nous souhaiterions que vous fassiez évoluer votre façon d’écrire
Et arrêtiez de nous souler avec vos 32 trucs et machins

@ vous lire ce prochain samedi

Sans rancune

L’administrateur du site

MAP01 

 

Ce message m’a scotché ! Il n’y a pas d’autre mot

En plus, dans ma tête, dès la consigne lue, je savais de quel tiroir j’allais vous parler : celui du secrétaire de Mémette.

Mon inspiration s’est envolée, mon amour-propre en a pris un coup.

Je ne vous parlerais donc pas du tiroir secret du secrétaire de Mémette.

Je garde l’histoire pour moi et l’enfouis au plus profond du tiroir de mon cerveau appelé : « sujet d’histoire à développer ».

Avec rancune pour avoir osé m’envoyer ce message qui a pourri ma semaine...

Salutations non distinguées.

32 Octobre

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Dans mes tiroirs, il y a une charade... (Joye)

Mon premier défend la violence féline.

Mon deuxième est un refrain chez Souchon.

Mon troisième fait du bien à (D)es (M)oines.

Mon quatrième est consignée.

Mon tout est affreusement, voire horriblement, difficile.

http://waterengnet.com/wp-content/uploads/2010/12/scratch-head02-idea-animated-animation-smiley-emoticon-000415-large.gif

Mon premier est « chat », parce qu’« il n’y a pas de quoi fouetter un chat ».

Mon deuxième est « rade », parce que « au rade pâquerettes ».

Mon troisième est « A », parce que c’est l’« A.B. du B.A. ».

Mon quatrième est « tiroir », parce que MAP nous a dit « Faites voir votre tiroir ! »

Mon tout est « une charade à tiroirs ».

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Fonds de tiroir (Sebarjo)

 

Les Fonds de tiroir

 

Ce n'est pas toujours commode d'être taillé comme une armoire à glace. Surtout quand on n'a rien dans le buffet et, qu'on vous demande, comme ça juste pour voir, de vider vos tiroirs. Ben oui parce que les tiroirs vous semblent bien bas dans ce cas-là... C'est qu'on peut se voir tout seul dedans (quand on est une armoire à glace) mais quand on ne supporte plus sa tronche, ça dégénère forcément... Ca déménage.

Vous avez beau en faire les fonds (de vos tiroirs), vous êtes au bout du rouleau. Vous n'êtes plus vraiment un tiroir-caisse... vous êtes tellement fauchés. Sans blé. Complètement moissonnés. Il vous reste juste une tige sur la lippe et un épi sur la tête. Vous êtes obligés de réclamer du feu car vous n'avez plus la moindre étincelle, pauvre petit marchand d'allumettes que vous êtes.

Et pas de bol, il n'y a plus rien dans le vaisselier non plus. Pas la peine de remettre le couvert, vous n'êtes plus dans la fourchette et encore moins dans votre assiette (fiscale). Tout ça est plutôt louche... Retournez à la soupe populaire.

Souvenez-vous, dans le temps, vous aviez un trois pièces, et dans l'une de ces trois pièces, vous aviez une bibliothèque. Dans votre chaos, vous l'aviez mise KO au treizième round. Faut dire que depuis Sartre, elle avait plutôt la nausée, votre bibliothèque. Même si elle était votre rayon de soleil, ce fut bien vite l'hêtre et le néant. Pour votre fin faudra tout de même prévoir du pin. Sinon au lieu d'Elise ou la vraie vie, ce sera la fausse communale...

Ah oui...

A cette époque, je me souviens que je pouvais encore jouer au secrétaire... courant à droite, à gauche, en ligne droite, pour faire signer à mes collègues leurs congés d'été ; tapant sur une olivetti des rapports, des factures, des courriers sans suite, des compte-rendus inaboutis ; passant des coups de fils de Paris à Brest, D'annecy à Rocamadour... J'en avais plein les tiroirs en ce temps-là !

Des trombones glissés en coulisse, des stylos billes, des stylos quatre couleurs, des crayons papier, des bâtons de réglisse mâchouillés, des gommes efface-tout, des gommes à mâcher, de l'encre de Chine bien noire, des pastilles valda, une plume d'oie d'un autre âge, des ciseaux à bouts ronds, des ciseaux spécial gaucher, une boîte de cachous Lajaunie, une agrafeuse et sa réserve d'agrafes baby sagement rangée dans sa petite boîte en carton, des stabilos boss (la plupart jaunes), un coupe-papier, un ôte-agrafe, de la colle en tube et en petit pot au goût d'amande douce, des élastiques aux diamètres anarchiques, du papier buvard, un peigne fin, des chemises cartonnées, du papier calque, du papier millimétré, un porte-clé Gaston lagaffe, des intercalaires couleur, un dictaphone, des sous-chemises en papier gaufré, des mini-cassettes, un bloc-note, un cutter orange et quelques lames dans un étui en plastique, un vieux tournevis tordu, du blanco, une cocotte en papier, de l'huile de coude, des mots fléchés d'Alain Bonhomme (force 3-4), quelques sachets de thé Darjeeling ou de tilleul miel, un sucre dans emballage coloré, un compas et sa réserve de mines personnelles, un petit rapporteur inutile, deux ou trois Ouest-france du mois en cours, un double-décimètre, une vieille équerre en bois, quelques pointes, vis et boulons, un mars, des cartes de visite, du papier à lettres, des enveloppes aux formats divers, des coins de lettre, un marqueur noir et un marqueur rouge, une carte de voeux, un mini-bloc de post-it, un sifflet, un dé à coudre, quelques aiguilles, une loupe, de la ficelle, un tampon-encreur, un composteur, deux ou trois chiffons plus ou moins propres, un calendrier perpétuel, une cuillère en plastique, un paquet de kleenex mentholés, un annuaire téléphonique au format A5, un pinceau, une brosse, des pochettes plastiques, un vieux plan de métro parisien, du white spirit, un taille-crayon, un rouleau de scotch transparent et son dérouleur grisâtre, une bouteille d'eau minérale, trois tubes de gouache, des dossiers volants...

Quelle opulence quand j'y pense !

Que voulez-vous donc... Aujourd'hui, mes tiroirs restent dans le noir, vides de toute histoire. Je ne dirai rien, vous avez beau me faire chanter, je n'ai plus de coffre depuis longtemps... Au temps du bac, j'avais bien un bahut mais depuis toutes ces années, je l'ai perdu. Je n'avais pas de place où le ranger.

Je n'ai plus rien. La société s'en fout ! Elle a raclé mes fonds de tiroir et m'a jeté sur le trottoir.

Depuis je fais un carton sous les ponts ou dans les caniveaux, ça meuble mon temps. Maispas l'espace. L'espace, c'est la rue. La vie au grand air ! nauséabond... Aux grands airs teRRiblement désolés... Mais ne vous inquiétez surtout pas, car l'Etat gère.


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le défil(é) du samedi (Zigmund)

oui je vous fais faux bond ...encore une fois

mais, là, j'ai un mot d'excuse...

l'oeil était dans le tiroir et regardait Zigmund

 

P1000090   ----P1000087--

bien sûr, dans ces conditions pour les réponses aux commentaires et le commentaires sur vos textes c'est mal barré surtout que je serai déconnecté ce WE 

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Les chiffons (Caro¨Carito)

 

Virginie vient de ranger le dossier dans le tiroir en haut à gauche. Elle se lève. Rien ne traîne sur le bureau. Elle sort son portable de son sac, le rallume, pas d’appel. Une liste de courses qu’elle plie soigneusement et glisse dans la poche de son imper. Vendredi soir, fin de semaine.

Elle pose la baguette de pain près de l’évier. Vide l’égouttoir. Rien ne dépasse, rien n’a jamais dépassé. Enfant, elle avait tenu tête, tentant de distiller dans sa chambre de fillette un semblant de fouillis, pour finalement abdiquer : «  Sa chambre est au cordeau, sa mère affiche un sourire lisse, inspecte avec minutie les chemisiers alignés, efface un pli imaginaire. Son père essuie une poussière sur la commode en pin. L’enfant est immobile, sa main touche le bois de l’armoire, une écharde s’enfonce dans la chair de la paume. Pas un cri. Pas même un tressaillement. »

Elle a pris soin de ne pas laisser place au moindre désordre. Le mariage avec Stéphane. L’enfant, l’appartement. Elle n’avait eu aucun mal à se soumettre aux diktats du boss, presque plus pointilleux sur l’ordre qui devait régner chaque soir sur le bureau de ses employés que sur les résultats de la boîte.

Samedi matin. Romain fait ses devoirs dans sa chambre ; dans la pièce adjacente, Stéphane range des papiers et élaborera ensuite une macro sur Excel pour les comptes de la maison. Elle entend les secousses de la machine à laver le linge. Une dizaine de minutes encore et elle ira étendre le linge dans la cour. Dans sa main une clef dorée. Un tour, deux tours, le tiroir s’ouvre. Elle y plonge ses mains et palpe les rubans, le satin et les dentelles. Une délicate odeur de vanille et une note plus discrète de magnolia s’échappent des plissés et des guipures. Elle sent sous ses doigts la fraîcheur d’un caraco en batiste et des perles qui s’échappent. Des culottes et des jarretières, des déshabillés nacrés. Deux boules de geishas et des bijoux de peau au milieu d’un fouillis de rêves et de désirs avortés. Elle caresse la couverture usée d’un livre, un Harlequin, arrivé avec un paquet Bonux, que sa mère avait jeté illico dans la poubelle de la cuisine et qu’elle avait sauvé. Entre les pages fripées, elle a un jour glissé un numéro. Il le lui avait tendu alors qu’elle s’était attardée une seconde de trop sur une affiche en partie déchiquetée ; un sex-shop proposait un festival de vieux films érotico-romains, où une Messaline, Impératrice et Putain côtoyait Les derniers jours de Claude. Il avait effleuré son avant-bras, puis ses seins et l’avait fixé avant de lui confier : « Je sais. Je suis vos désirs inavoués. » Frissonnante, elle avait alors réprimé l’envie brûlante de se coller à lui et s’était éloignée rapidement, sans oser se retourner.

Virginie ferme sans bruit le tiroir. 01.34.94.21.07 Ses doigts connaissent le chemin de ces chiffres de mémoire. Jamais, dans l’une des cabines publiques de la gare Saint Lazare, elle n’avait osé aller plus loin que le dernier 7  ; une main suspendue, l’autre tenant le combiné, elle écoutait le silence et raccrochait.

La porte de la cuisine vient de se refermer derrière elle. Le linge claque sous la brûlure du soleil. « À table, dans cinq minutes ! » Elle pose sur la table la carafe remplie d’eau fraîche, ôte une miette qui s’est égarée sur le plan de travail en pierre, respire : en apparence, tout semble parfait.

 

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Titi le tiroir (MAP)

Tiroir

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la révélation (Faman)

Etait-ce de l’avancement ? Un avertissement ? Une punition ? Une mise au placard ? Heng eut du mal à se prononcer. Bien sûr, passer du statut de contremaître d’équipe à chef de ligne de production était vu par beaucoup comme une promotion, une reconnaissance méritée de la qualité du travail effectué. On ne se salissait plus les mains sur les machines outils, on s’occupait un peu moins des questions techniques et un peu plus de l’aspect administratif de la conduite de l’usine. On avait le beau rôle. Les collègues ne s’y étaient pas trompés et sitôt la circulaire d’information affichée sur le mur de la salle communautaire, on avait trinqué, à grand renfort de saké bon marché, au succès futur de Heng dans ses nouvelles attributions.

Mais Heng était inquiet. Il n’ignorait pas ce qu’il était advenu de son prédécesseur. C'est-à-dire qu’il savait que personne ne savait ce qui était arrivé à Tsai-Shen, pas même lui. Et c’était finalement bien plus inquiétant que de savoir. Un jour, Tsai-Shen n’était pas venu et ce fut la seule chose que l’on sût. On avait signalé à la direction l’absence du chef d’équipe, Heng avait alors d’autorité pris le relais pour gérer la ligne de production durant la semaine qui avait suivi. Un soir, le directeur était venu visiter Heng dans les vestiaires pour lui annoncer, sans autre forme de cérémonie, qu’à dater du surlendemain, il prendrait le bureau de chef d’équipe et serait promu. Heng avait remercié très humblement, quoique sans émotion, son supérieur mais avait toutefois demandé ce qui était arrivé à Tsai-Shen. Le directeur avait froncé les sourcils, s’abstenant de parler pendant quelques secondes, puis haussé les épaules et, avec un grand sourire, il avait évoqué l’avenir radieux qui s’annonçait maintenant pour Heng dans son nouveau poste. Quant à Tsai-Shen, personne ne le revit jamais plus.

Heng était arrivé une heure avant l’équipe. Il voulait prendre ses marques. Il connaissait le travail de son supérieur, il avait de la bouteille dans la boîte, mais il lui fallait surtout se faire à sa nouvelle stature. C’était un cadre désormais. Ça n’avait plus rien à voir avec le fait d’être contremaître. Heng se souvenait de son service militaire. On y respectait les sous-officiers parce qu’ils étaient toujours des vôtres sur le terrain, ils couraient avec leur gars, ils rampaient dans la même merde qu’eux. Mais les officiers, eux, ils regardaient tout ça depuis la crête, à l’abri de la pluie et du vent, derrière d’épaisses contingences de sac de sable, le regard planté dans leur paire de jumelle. Ce n’était pas du respect qu’il avait pour eux, c’était une crainte mêlée de haine. Heng ne savait pas comment la transition allait se passer. Devenir l’un d’eux, de ceux d’en haut, de ceux d’en face. Il ne voulait pas décevoir ses gars, ni la direction. Sa position allait lui demander de faire des sacrifices pour maintenir le rythme de production.

Il pénétra dans le bureau, alluma le néon. La pièce avait été nettoyée et vidée de toute trace de son ancien occupant. La direction faisait bien les choses. Il s’assit au bureau, c’était un solide meuble de bois. Carré. Rustique, Epais. Solide et loyal. Ce bureau, c’était la Chine. Un à un, il ouvrit les tiroirs. Ils étaient vides ou contenaient quelques consommables et divers ustensiles de bureau. Le dernier tiroir, celui situé en haut à droite, était toutefois fermé et verrouillé.  La clé en était introuvable. Heng trouva curieux qu’on ait pensé à nettoyer et vider toute la pièce sauf ce petit coin de meuble.

L’équipe finit par arriver, la musique des machines se mit en route et Heng se concentra alors tout entier à son nouveau poste. Les jours, les semaines, les mois passèrent. Bien que passablement occupé par ses nouvelles responsabilités, chaque jour, à l’heure de la fermeture, le regard de Heng revenait inlassablement se poser sur la poignée de l’étrange tiroir, désespérément clos. Un soir, il se rendit compte que c’était là le seul lien qui lui restait avec son ancien chef et qu’à travers le panneau de bois, c’était le souvenir de Tsai-shen qui perdurait. Peut-être contenait-il la réponse à la question de sa soudaine disparition ? Ce tiroir fermé, dans un univers où le moindre secret, où la moindre part d’intimité étaient perçues comme autant de trahisons envers la communauté, ce refuge du privé, ce contenant mystérieux dont il ignorait les trésors, l’obsédait.

Un soir, n’y tenant plus, et prétextant quelques paperasseries à terminer, il attendit que l’ensemble du personnel quittât les lieux. Une fois qu’il fût assuré d’être seul dans les locaux désormais silencieux, il emprunta un tournevis à l’atelier et entreprit d’ouvrir le sinistre tiroir. La serrure ne lui opposa que peu de résistance. Elle céda dans un léger clic métallique. Heng soupira, pris une profonde inspiration puis ouvrit en grand le tiroir et en contempla le contenu.

***

Xin venait de sortir de sa douche. Il était maintenant seul dans les vestiaires, l’heure était tardive car la journée avait été longue pour le contremaître. La disparition subite de Heng, son supérieur, ne simplifiait pas sa tâche et lui rajoutait beaucoup de travail. Il lui fallait gérer la production et l’administratif en sus. Le directeur choisit ce moment pour faire irruption dans les vestiaires. Il interpella sèchement Xin et lui annonça sobrement que dès le lendemain, il prendrait le bureau du chef d’équipe et qu’il s’agissait là d’une promotion. Xin en fut réellement heureux. Il remercia son patron avec déférence, et lui assura pour plaisanter que la nouvelle allait plaire à son épouse. Après un bref rire de politesse, le directeur le salua et allait prendre congé quand l’employé lui demanda subitement si on avait eu des nouvelles de Heng.  L’homme s’arrêta, hésita un instant, puis haussa les épaules et avec un grand sourire, évoqua l’avenir radieux qui s’annonçait maintenant pour Xin dans son nouveau poste.

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