Mon pote Baudelaire m'a tout expliqué (on l'appelle Baudelaire parce qu'il est un peu poète, vous voyez). Et je suis devenu bon. Il est balaise Baudelaire, il a fait des études et tout.

Maintenant, je trie mes poubelles
J'ai bon cœur, je ne bouffe plus que des graines bio pour pas polluer, je suis dev-dur.
Moi, quand je retournerai à la terre, une multinationale apposera la mention "bio" à mon sac de compost.

C'est pas comme mes crétins de voisins. Comme y dit Baudelaire, ces gens là, c'est leur faute le réchauffement climatique, leur faute le massacre de la biodiversité, leur faute si on paie les ordures ménagères toujours plus cher. Faut dire que mes voisins, ce sont des bras cassés. Ils ont pas un rond pour une ampoule basse consommation, pour un bout de jardin ou encore pour changer leur bagnole moisie qui encrasse les poumons de tout le quartier. Par contre, ils en ont bien du fric pour élever leur bonne dizaine de marmots... surpeuplés qu'on est dans l'immeuble. La planète, ils s'en foutent, j'vous dis.

Du coup on est trop nombreux, on ira pas loin, ils le disent à la télé. L'homme c'est le cancer de la planète. Pour éviter l'apocalypse, y a pas 36 solutions, c'est une belle pandémie ou alors une bombe. Ah ah ah! Ca serait une bonne mesure écologique ça, efficace et tout.

Ouais...

...Sauf qu'il y a leur fille aînée.

Baudelaire me répète toujours que je devrais me méfier d'elle, qu'elle me retourne le ciboulot. Seulement ce que je ressens, ses bouquins peuvent pas le comprendre.

Bien sûr elle peut pas me blairer. Mais lorsqu'elle daigne me regarder avec ses grands yeux verts, l'Amazonie me pardonne, j'suis plus du tout persuadé que ce soit l'écologie qui doive sauver le monde.

Bon sang, tout est si compliqué que ça me donne soif. Allez, comme dit Baudelaire, je descend chez Raymond m'en jeter une...