Moins dix, il avait le temps de trouver une place non payante dans le quartier et d’arriver tranquille, pile à l’heure pour sa séance.

Il était content, pour une fois qu’il avait réussi à se souvenir d’un rêve, il ne l’avait pas laissé s’échapper et avait même noté sur un bout de papier quelques mots pour mieux fixer les images et les sentiments que ce rêve lui avait laissé.

Voilà, maintenant il était assis dans la salle d’attente. Oh, de l’attente il n’y en avait jamais beaucoup, elle venait toujours le chercher rapidement. La porte s’ouvre, « bonjour, allez-y ».

Il entre, s’assoit sur le fauteuil qu’elle lui désigne, en face du sien. Sur la gauche, un divan, mais elle ne lui a pas encore proposé, depuis six mois qu’il vient régulièrement deux fois par semaine, de s’y allonger.

-         « Oui ?

-         Voilà, j’ai fait un rêve, je voudrais vous le raconter…

-         Bien,

-         J’étais enfant, dans le jardin de ma grand-mère, avec mes sœurs. Je pense que j’avais quatre ans, peut-être moins, en tout cas pas plus, ce jardin c’était celui de mes grands parents de Bretagne, et après ils sont partis en maison de retraite et la maison on n’y allait plus.

-         Vous étiez avec vos sœurs, donc ?

-         Oui, les deux plus grandes. Dans mon rêve elles acceptaient que je les suive, dans la réalité, elles me rembarraient le plus souvent, trop bébé elles disaient et moi ça me mettait en rage !

-         Ce jardin ?

-         En fait il ne ressemble pas vraiment au jardin du grand-père, le vrai avait un genre de porte au fond, une porte qui  était de bois plein, et que je n’ai jamais vue ouverte. Dans le rêve la porte est une grille en fer forgé, on voit le chemin qui continue plus loin, et surtout dans le rêve on peut ouvrir la porte.

-         C’est intéressant, ça, et qu’avez-vous ressenti en voyant cette porte ?

-         J’étais excité, curieux, j’avais un peu la trouille aussi…

-         Et ?

-         Mes soeurs, je ne sais plus où elles se trouvaient à ce moment là du rêve, peut-être qu’elles avaient passé la porte, peut-être qu’elles étaient retournées dans la maison…

-         Qu’avez-vous fait ?

-         Je les ai appelées, mais personne n’a répondu, et puis il y avait cette grille ouverte qui m’attirait énormément, finalement j’ai décidé d’aller voir, de la franchir… Et je me suis réveillé.

-         Vous avez décidé de franchir la grille, finalement

-         Oui…Oui, j’ai décidé d’y aller. Mais je ne sais pas ce qu’il y a après la grille, dans mon rêve, ça s’arrête là !

-         Vous avez franchi la grille, c’est un grand pas, et vous l’avez fait seul au bout du compte. Bien, on va s’arrêter là, la prochaine séance, vous irez sur le divan.

 

Il paya et sortit un peu sonné. Il l’avait bien senti que ce rêve était important… PFF… La prochaine séance sur le divan ! Il avait quand même un peu la trouille en y repensant, un peu comme quand dans son rêve il avait décidé de franchir la grille…

Il rejoignit sa voiture. Merde ! Un PV !  Evidemment, il s’était garé juste devant la grille d’entrée d’une propriété ! Non mais, je t’en foutrai moi, des séances d’analyse dans des quartiers impossibles où on ne trouvait jamais à se  garer ! Il était furieux. Il lui revenait cher, finalement ce rêve de jardin et de grille à franchir… Il ne l’aurait pas volé, tiens, le divan de la prochaine séance, et il avait intérêt à être confortable, en plus !

Et y’avait intérêt, se dit-il en démarrant sa voiture, à ce que ce qu’il y avait derrière la grille du jardin du rêve soit vraiment vraiment … intéressant !