Cette image me rappelle la maison d'un grand oncle. C'était à Mescher-sur-Gironde à l'embouchure du fleuve du même nom, tout proche de Royan. Cet oncle avait un beau métier, il était ostréiculteur à la retraite. Il faisait pousser des huitres dans l'eau de mer quoi ! J'étais tout petit à cette époque et les huitres j'aimais pas ça, comme beaucoup d'enfants.  Alors je m'en foutais un peu de ce qu'il me racontait.  La maison de cet oncle dont je ne me souviens plus le nom si ce n'est qu'il n'était pas commode, était très petite et le terrain était très long et très peu large, comme la plupart des maisons dans ce coin. Tout au fond du jardin il y avait un petit portail en bois, un peu pourri que l'on ouvrait plus. L'oncle était vieux et il y avait bien longtemps qu'il n'était pas allé au fond du jardin. Il m'avait interdit d'ailleurs de passer la limite du portail pourri, me disant que c'était dangereux, sans me donner plus d'explication. Comme ce qui est dangereux attire les enfants, j'ai un jour passé la limite. J'en menais pas large. Il y avait une grande dune de sable très haute à franchir, recouverte d'herbe piquante. J'ai eu beaucoup de peine pour grimper, et une fois la haut.. ben y'en avait une autre, et encore une autre. Mon cœur battait très fort, j'avais très peur de me perdre. Enfin, la dernière dune escaladée, le souffle court, je me suis trouvé face à l'océan.

C'était fascinant, j'étais seul face aux vagues, j'ai crié, un bien être immense m'enveloppa à m'en faire tourner la tête.  A moins que ce ne soit la faim. Sur quoi je repris le chemin inverse pour aller quémander mon goûter.

Je ne suis jamais retourné dans la maison des dunes. L'oncle est mort. Joli portail pourri, tu me manques.