Je n’avais pas dix ans et j’étais en guenilles
Je m’en allais nu-pieds sur les chemins des bois
Parfois dans la cité je tendais ma sébile
Puis revenais dormir sous l’arbre en tapinois

Un matin de printemps ébloui de verdure
J’entendis un appel, frêle et doux comme un vœu
Dans l’herbe je courus. Le long de la clôture
D’une mare asséchée il était là, gracieux

Tout nu et tout petit, l’Ange de l’écriture !
Il me sourit soudain comme fait un enfant
Je le pris sur mon cœur, et dans ma démesure
L’entourai de mes bras, le berçai doucement

L’emportai à jamais, en fis ma délivrance
Mon rêve, ma douceur, franchissant le portail
Qui bloquait l’horizon englué de silence
… Et depuis mon destin est beau comme un vitrail.