Nous étions petits, mon frère et moi, et maman nous emmenait en balade.

Il y avait un tunnel court, sans lumière. Il était rarement sec car le Rhône s’infiltrait, et souvent l’inondait. C’était l’aventure. On tremblait et on espérait entendre LE bruit. Un gros bruit de machine roulante qui faisait tout vibrer. Le tunnel passait sous la voie ferrée. Nous criions de plaisir.

Et puis nous allions au bord du canal et longions l’usine. Une usine grise et moche. Mais ce qu’on voyait par la fenêtre était magique ! Des petites bouteilles de verre circulaient dans un ballet incessant, s’habillant d’une étiquette rouge. Mieux qu’un dessin animé ! C’était une chaine de montage Coca-cola. Sous mes yeux, la machine semblait vivre seule.

Elle s’est tue depuis longtemps. Fascine-t-elle d’autres petits, enfants d’un pays qui coûte moins cher ? L’usine a perdu son âme, coquille vide inutile, ni démolie, ni aménagée.

Le tunnel a été assaini, on passe toujours sous le bruit du train.