Imaginez-vous dans une boîte de deux mètres de long, sur quatre-vingts centimètres de large et cinquante de haut environ. Vous avez à peine la place de bouger vos membres, impossible de plier vos jambes, des impatiences vont bientôt apparaître sans que vous puissiez y faire quoi que ce soit, seuls vos bras vont pouvoir être déplacés mais ils ne pourront pas atteindre toutes les parties de votre corps qui vont commencer à vous démanger les unes après les autres. Après que vos appels au secours se soient arrêtés, laissant place à un court instant de calme qui vous paraîtra bientôt une éternité, vous allez être écrasé par un silence totalement inconnu, sans la moindre imperfection, étouffant, oppressant, jusqu'à ce que vos oreilles s'y soient habituées et que vous commenciez à entendre le grattement des insectes qui vous entourent par dizaines, par centaines. Au bout de quelques minutes vous commencerez à vous demander si ces bestioles sont uniquement à l'extérieur ou si elles peuvent entrer et finalement si elles ne sont pas déjà à l'intérieur entrain de vous courir partout sur le corps, la figure, des milliers de petites pattes et de petites mandibules vous piquant et vous brûlant jusque sous vos vêtements. Alors vous serez pris d'une frénésie incontrôlable pour vous en débarrasser mais en pure perte car il n'y aura rien, mais vous n'arriverez pas à vous raisonner, vous vous cognerez contre les parois, vous vous écorcherez le front et les mains mais votre crâne ne sera plus qu'un boîtier électrique sans conscience, ne répondant plus qu'à des réflexes ancestraux et bestiaux, votre cerveau reptilien submergera votre néocortex. Après une heure de furie peut-être, selon votre degré de folie autodestructrice, votre humanité reprendra le dessus sur l'animal pris au piège qui quelques instants plus tôt se dévorait la patte pour se libérer. Vous serez trempés, de sueur après votre déchainement de violence mais aussi de vapeur d'eau condensée qui vous tombera dessus, goute, après goute et malgré votre calme relatif vous aurez de plus en plus chaud et votre respiration se fera de plus en plus difficile à cause de la vapeur d'eau et du dioxyde de carbone mélangés que vous rejetterez à chaque expiration. Vous vous demanderez alors combien de temps vous allez pouvoir respirer, quel volume d'air est contenu dans votre prison, combien en faut-il à un être humain pour vivre. Mais il n'y aura pas de réponses car personne ne se pose ces questions là, il n'y a que dans les films américains avec des tueurs en série qu'on voit ça mais vous y serez, vous serez celui qu'on a enfermé dans cette boite de deux cents, fois quatre-vingts, fois cinquante centimètres, soient huit cents centimètres cube, soient huit cents litres d'air environ. Vous voudrez respirez plus doucement pour économiser le précieux oxygène mais plus vous respirerez « petit » plus vous serez obligés de prendre de grandes respirations car le mélange gazeux ne sera déjà plus de l'air mais un poison sournois, inodore, qui vous piquera la gorge et les yeux, vous fera tousser et pleurer et vous endormira doucement. Après plusieurs pertes de conscience, que vous prendrez d'abord pour de petits sommes et dont vous serez tirés par de fulgurantes crampes qui vous arracheront des hurlements de douleurs, vous réaliserez que c'est en fait la grande faucheuse qui vous fait des appels du pied, vous voudrez lutter mais les absences reviendront. Vous aurez alors l'idée désespérée de vous auto-mutiler pour que la douleur vous tienne éveillé, vous gratterez, frotterez jusqu'au sang mais un être humain est incapable de s'infliger une douleur physique telle qu'elle l'empêche de dormir. Les périodes de lucidité seront dès lors de plus en plus rares et courtes, ne vous laissant le temps que de pleurer avant de vous abîmer à nouveau dans un océan de désespoir inconscient. Après une quarantaine d'heures environ, à raison de vingts litres d'air inspirés par heure pour un individu moyen, vous sentirez que votre délivrance est proche, vous l'athée, vous le sceptique, vous le converti, vous le croyant, vous bénirez le ciel et tous ses saints de vous accueillir enfin en son sein. Après deux jours de ce qui serait pour moi le pire des supplices, vous vous endormirez, recouvert de trois mètres de terre, pour ne plus vous réveiller. Vous serez mort et enterré.