29 janvier 2011

la fenêtre‏ (Venise)

Venise

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La voisine (En attendant l'Éden)

Les deux appartements entouraient la cour intérieure.
Un carré à eux deux.
Salons - cuisines et chambres se faisant face.
Savants jeux de voilages pour garder un peu d’intimité tout en laissant la lumière s’inviter.
Et puis parfois …

Elle prend un thé. Tout un rituel, faire chauffer l’eau, humer les différentes essences, en choisir une et verser quelques feuilles dans un filtre.
Puis l’eau chaude qui coule dans la tasse, la légère vapeur qui s’échappe et qui enveloppe un instant son visage.
Elle s’assoit au coin de la table, sur une chaise, une jambe repliée contre elle.
Elle prend sa tasse à deux mains et aspire l’odeur de sa boisson. Un léger sourire aux lèvres, une petite fossette au creux de la joue. Ses yeux se plissent de plaisir quand elle goûte le nectar. Elle repose son dos contre la chaise, se détend. Une toute petite goutte de thé est restée accrochée à sa lèvre. Invite à l’essuyer du bout des doigts, à l’aspirer du bout des lèvres, à la laper du bout de la langue. Mais d’une main, elle balaie la gouttelette, puis attrape un biscuit. Elle le casse en petits morceaux qu’elle porte négligemment à la bouche, se suçant les doigts pour récolter les miettes. Ses lèvres s’accrochant à la pulpe pour ne rien perdre de la gourmandise. Elle boit à nouveau un peu de thé et rattrape d’un petit coup de langue une goutte qui glisse le long de la tasse.
Finalement, le breuvage but, elle se lève et quitte la cuisine.

Et il se rend compte soudain que l’eau n’a cessé de couler, que la vaisselle n’est toujours pas faite et que voilà dix minutes qu’il est là une assiette à la main et une éponge dans l’autre souhaitant de tout cœur être une tasse ou un biscuit.

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22 janvier 2011

Défi #134

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n'est pas d'objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu'une fenêtre éclairée d'une chandelle. Ce qu'on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie..... -Charles Baudelaire-

Et vous ... Que voyez-vous, qu'imaginez-vous ... derrière une fenêtre close (ou mi-close) ?

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Adresse bien connue pour vos envois : samedidefi@hotmail.fr

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Une rupture de taille X Ixelles (Joe Krapov)

Ma chère Isabelle

Il m’a tiré dessus, ce con ! Avec une vraie balle d’un vrai revolver ! Tu parles d’un impair ! Il n’est pas près de me revoir ! Heureusement il n’a touché que mon poignet gauche. Ca a beaucoup saigné mais le médecin a dit que ça restait superficiel. Il n’empêche, pour l’instant le bandage est très voyant.

Je t’écris du train qui me ramène de Bruxelles à Paris. Je joins à cette lettre une carte postale représentant l’étang d’Ixelles. De Paris, je gagnerai Marseille.

101227_011Quand je pense que tout cela est parti d’une minuscule et ridicule tradition d’hospitalité belge, j’en rigolerais presque. Je sais bien qu’il y avait de l’eau dans le gaz entre Paulo et moi et c’est d’ailleurs pour nous rabibocher un peu que je l’avais rejoint ici. Mais dans la chambre de l’hôtel Blanc, ça a recommencé. Sur la table près du lit, il y avait une petite pochette verte. Paulo s’est jeté dessus, l’a ouverte et il est entré aussitôt dans une de ces phases de méditation mystique dont j’ai foncièrement horreur. Bien sûr il a encore sorti son cahier et il a commencé à noter ses réflexions autour du truc.

Ce n’est pas pour débiner mais moi, quand je viens dans une ville étrangère, ça n’est pas pour jouer au poète inspiré par deux carrés de chocolat et qui du coup, n’entend plus sortir de sa chambre avant d’avoir pondu une romance entière là-dessus. J’avais fait le voyage en train, je crevais la dalle et j’avais envie d’aller faire un tour dans les petites rues qui entourent la grand’place. Je lui ai proposé de venir avec moi mais Môssieu Paul a préféré rester là à taquiner sa muse.

101227_012Dans l’auberge où j’ai déjeuné, je me suis levé un charmant minet. Nous avons vite sympathisé, nous sommes allés chez lui et je lui ai fait son affaire bien comme il faut. Ensuite il m’a fait visiter la ville, charmante au demeurant, et sur la fin de l’après-midi je suis allé retrouver Paulo à l’hôtel. Il avait écrit une espèce de valse hésitation autour du gingembre et de la lavande, des choses, qui, je l’espère, ma chère sœur, ne te froisseront pas. Cela me semble relever, d’ailleurs, si pas du jésuitisme, au moins du plus pur catholicisme et Dieu sait si Paul et toi avez en commun d’être très friands de cela !

« Que faire devant un tel dilemme
Laisser choisir celui qu’on aime ?
S’il choisit la lavande et la tranquillité
Saurez-vous faire croix sur la lubricité
Et remettre à plus tard l’appel de Volupté ?

Si, malgré la blancheur étrange de la chambre
Il choisit la luxure, opte pour le gingembre,
Serez-vous en état d’honorer promptement
Son vil désir d’accouplement ?

S’il mange l’un, vous laissant l’autre,
Comment se mettre au diapason ?
Les chocolats du bon apôtre
Mettent le diable en la maison !

La solution la plus cruelle,
Mais la plus juste en vérité
Serait de mettre à la poubelle
Ce cadeau qui génère tant de perplexité

Ou, solution la plus gourmande,
De les avaler tous les deux.
Tant pis si l’on nous réprimande
Quand nous passerons devant Dieu,
Ce n’est pas là un crime odieux
Que d’aimer le gingembre et aussi la lavande !"

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- Il y a trois trucs qui ne vont pas ! » ai-je dit à Paul
- Ah bon ? Et quoi donc, Tutur ?
- D’une ce ne sont pas des chocolats, ce sont des préservatifs. Et de deux la position des pieds ne correspond pas réellement à nos pratiques. Et de trois, tu n’as pas préféré l’impair !

C’est à ce moment-là qu’il m’a tiré dessus. Il est fou ! Un vrai pédé, ce type ! Il a failli me faire deux trous rouges au côté droit ! Je crois que ce coup-là m’a dégoûté à jamais de la littérature et des littérateurs ! J’en ai assez soupé de ces ambitions-là ! De Marseille je gagnerai l’Afrique, on peut y faire du commerce de manière bien plus lucrative. Je crois de toute façon que je n’étais pas vraiment doué pour la poésie et que, après toutes les souillures de ces dernières années, ça n’aurait pas plu à maman que je laisse notre nom dans l’histoire littéraire.

Quant aux sanglots longs et monotones de Paulo au violon, aussi vrai que je m’appelle Rimbaud, ça me fait une belle jambe, désormais !

Je t’embrasse, chère sœur !

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L'étang d'Ixelles en 1873 (Daguerréotype d'Isaure Chassériau)

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Vive la nature! (Adrienne)

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Voilà, se dit-il, nous y sommes. Quel endroit de rêve ! Quel calme ! Quelle beauté ! Quel bonheur que de tels endroits préservés existent encore dans notre pays…

La construction récente, luxueuse, et les parterres manucurés ne cadraient pas tout à fait dans le paysage. Il sonna à la porte qui s’ouvrit à l’instant : on l’attendait, visiblement.

- Ah ! vous êtes là, dit madame. Je vais tout de suite vous montrer de quoi il s’agit.

Elle l’emmena derrière la maison. Là s’étendait un magnifique étang.

- Quel beau plan d’eau vous avez là, dit-il.

On voyait aisément qu’elle avait l’habitude de recevoir des compliments pour ce lieu exceptionnel où elle avait le privilège de vivre.

- Ici, dit-elle, tout est absolument naturel ! pas de bâche, pas de béton. Le terrain est argileux et c’est une source qui alimente le plan d’eau.
- C’est absolument magnifique, dit-il encore, laissant errer son regard au-delà de l’étang, vers l’orée du bois où les étourneaux commençaient leurs grands vols de rassemblement pour la nuit.
- Pour la végétation aussi, ajouta-t-elle, sachant qu’elle avait affaire à un connaisseur. Autour de l’étang, nous n’avons planté que des espèces indigènes. Et voyez la qualité de l’eau…
- En effet, dit-il. Mais alors, le problème pour lequel vous m’avez fait venir…
- Mon mari et moi, répondit-elle, nous aimerions nous débarrasser des grenouilles. A la saison des amours, elles font trop de bruit. Ça nous empêche de dormir !

 

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.
Tant de citadins veulent jouir de la nature ,
Et vivre en plein bois ou dans  coin d’air pur,
Mais ils oublient qu’il y a aussi les ramages.

 

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Photo étang (32Octobre)

32

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Les moutons -Haïku- (MAP)

mouton

Blancs moutons au ciel

Jumeaux flottant sur l'eau bleue

Où est le berger ?

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Le long du lac qui luit‏ (Berthoise)


Autant   le dire, j'ai beau scruté, y'a pas grand chose qui vient. Y'a les nuages, d'accord, mais je vous ai déjà fait le coup des nuages. Je pourrais dire que ça me rappelle mon père et la pêche à la ligne, mais ce n'est pas très passionnant, alors on va éviter. Je vous parle de ma dernière balade dans les Pyrénées... Oui. Je sais c'est un peu plat pour   les Pyrénées, mais la consigne dit "évoque",  c'est pas obligé d'être copie conforme au souvenir, "évoque" . Je pourrais vous raconter comment  j'ai failli me noyer devant les yeux de ma mère dans un trou à terre où  on allait se baigner quand j'étais gamine, mais ce n'est pas drôle.

 

  Non. Je sais. Il y a trente ans, Jean-Jacques Annaud a tourné un  film qui eut un franc succès. Une histoire de quête dans le froid et l'obscurité. Un truc où on voyait plein d'animaux terribles, tous plus sauvages les uns que les autres. Les héros, des mecs pleins de poils, vachement virils, se baladaient à poil justement, dans une nature très hostile. Ils suaient  sang et eau pour ramener à leurs copains, je vous le donne en mille, le feu. "La guerre du feu"   que ça s'appelait, c'était pas mal. On y apprenait plein de trucs passionnants, avec entre autre, un passage où le héros s'essayait à la tendresse en pratiquant la position du missionnaire.

D'accord. Quel rapport avec cette paisible image d'un bonheur bucolique ?

Alors   voilà. Avec les copains, on était parti camper, marche et bivouac, rapprochons-nous de la nature, on vivait notre période écolo. Il est arrivé qu'un jour, nous nous baignâmes dans un étang. Nous étions jeunes   et avions l'esprit joueur. Nous nous déguisâmes comme dans le film, les  filles en tenue d'Ève, et les garçons en Adam, parés de nos plus belles  peintures de guerre, la boue des rives masquant notre nudité ( à peine,  il faut être honnête). Nous jouâmes à nous asperger en poussant des  cris de bêtes. Nous nous battîmes à coup de vase. Nous roulâmes dans la  fange,( j'exagère, mais si peu), en grognant comme des pourceaux ( ce  n'est pas très joli, pourceaux, mais c'est assez proche de la réalité).  Nous rîmes beaucoup, beaucoup.

 

Je remercie celle ou celui qui a concocté cette consigne. C'est un très bon souvenir.

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Tout est effet mer, je ne flotte plus (Droufn)

" Ce pourrait être le cri de détresse d'un petit chalutier couché sur le sable, servant de refuge aux mouettes et aux crabes, ou alors un soir d'exil accoudé au comptoir du bar de la marine, les yeux humides, en apnée dans un verre de bière .. J'ai souvent ressenti cela sous l'effet d'un petit coup de blues, d'un trop plein de malchance et paradoxalement aussi, suite à un grand moment de bien être.

Comme si après l'euphorie des grandes marées suivait la tristesse de l'ennuie. Tout est éphémère et c'est bien le principal, suffit juste d'attendre la prochaine marée, mettre quelques rustines, passer la tête sous la couette, remplir le frigo et écouter le bruit des vagues."

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