Dans un élan de colère, il regarde le réveil, 4heure 33 du matin, sors de la chambre, le pantalon à peine remonté. L’encolure d’un pullover enfilé à la hâte, l’empêche de voir le tabouret au milieu de la pièce.

-« Nom de ….. », grommèle-Williams en se retenant à la commode, d’une main fébrile.

Parfaitement réveillé du choc contre son tibia encore fragile, de la bataille pour reconquérir l’ile de la cité, il poursuit sa course vers la sortie sans se retourner. Comme s’il avait le diable à ses trousses, il s’enfuit dans la pénombre de la ville en sommeil.

Le souffle court, les cheveux en bataille, il transpire mais ne s’arrête pas. Tant qu’il n’aura pas atteint le couvent il n’aura pas de répit.

« C’est le signal», pense-t-il accélérant le pas inconsciemment.

« Tout peut arriver… mais je suis prêt » !

Nous sommes en l’an de grâce 1102, vers le milieu du mois de mai. Les Païens se réunissent en corps d'armée avec ordre de n'épargner aucun Chrétiens. Ils sont au nombre de vingt mille cavaliers et dix mille hommes de pied, sans compter les conducteurs des bêtes de somme, qui, tout en faisant marcher devant eux les bœufs  et les ânes chargés de vivres, portent chacun dans leurs mains des massues pour combattre au besoin. Les Païens, ont formé le projet d'enlever, avec toute sa suite, l'évêque de la ville de Paris, qui demeure à quelque distance de-là. Et avec lui, les saintes reliques du couvent de Notre Dame. 

… « Et puis cette cloche qui sonne toujours ».

Williams sans se retourner, continue sa progression vers le couvent dont la silhouette se dresse à l’horizon.  Au travers de l’agitation grandissante qui semble envahir ce lieu de silence et de prières, Il entre par une porte dérobée et se dirige vers le cloitre.

Mon fils, dieu m’en est témoin, je sais le moment mal choisi pour vous sermonner de la sorte, mais il faudra un jour que nous parlions de ces escapades nocturnes ».

Je suis fait, pense notre cavaleur, qui se retourne respectueusement avant de s’agenouiller devant le père supérieur Pierre-Yves Donnadieu, dont une barbe blanche mal rasée d’un réveil mouvementé, trahit les bouleversements d’une vie consacrée à la méditation.

Cessez-là ces faux-semblants, et venez plutôt que je vous expose la situation ».

…Un certain jour donc, les Païens avançant méchamment vers le monastère, le cernent.  Mais après avoir bien examiné la force de ce lieu fortifié, ils s’en retournent sous les murs de la dite cité, et allument de grands brasiers. L'évêque qui voit flammes et  fumées autour de l’ile de la cité, craint de se voir bientôt assiégé par eux. Prenant ses précautions contre le péril futur, il dépêche sur-le-champ un messager vers le roi, et lui demande de venir en toute hâte le secourir.

-« Ils sont revenus ? » demande Williams.

-« oui ! MAIS cette fois, plus nombreux et beaucoup mieux armés ! Faites attention à vous mon fils ».

Dans un élan du cœur, Williams serre fort la main qui s’offre à lui. Un clin d’œil vers celui qui l’envoie quérir la paix divine. Un dernier regard au travers de la petite fenêtre du cloitre par laquelle irradie la magnificence du ciel en feu alors que pointe le jour, et Williams franchit le seuil du monastère.


Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses …… que… Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie..... -Charles Baudelaire-