Si j’avais le temps : faire mes carreaux, arroser mes plantes, trier mes photos, téléphoner à Irma, vider la cave, faire un vide grenier, téléphoner au dentiste, écrire aux impôts, envoyer une carte à Joséphine, prendre des nouvelles de Gaston, recoller le carrelage qui bouge, porter la voiture au garage, récurer la gouttière qui déborde, laver et relaver, passer et repasser, ranger, ranger, et ranger…

Heureusement, Dieu merci, je n’ai pas le temps

Parce que j’ai encore tout mon temps,

Parce que je vis, parce que j’aime, parce que je me délecte de tant vivre et de tant aimer

Parce que je ne connais pas la taille de mon sablier, ni son débit, ni sa durée

 

Si demain je ne devais plus avoir de temps

Parce que j’aurais tout consommé

Trop vécu, tant aimé

Parce que mon sablier m’aurait averti des derniers grains de sable à passer

Si demain …

Je n’ose y penser

Je serais sûrement tétanisée

Je maudirais le temps tout simplement d’exister

Je pleurerais mon temps d’avant

Je rejetterais mon temps d’après

 

Si j’avais le temps, le temps des intentions

C’est simple, il serait toujours trop tôt

Si j’avais eu le temps, le temps des remords

C’est terrible, il serait déjà trop tard

 

Installée à la fenêtre je me plais à regarder sur le terre-plein le petit lapin blanc assis sur son derrière

Tandis que je repousse nonchalamment du pied les vieux journaux à déblayer, les poils du chien à ramasser …

Sale temps pour les miettes encore aujourd’hui