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Ça ne tient à rien quand on sait que tout s’use à l’épreuve du temps.
Elle est donc là toute ma richesse.

À l’endroit où ils sont nés, et où se trouve le patrimoine de ma mémoire, entre les Balkans et la Grèce antique.
Dans les champs d’asphodèles, j’entends encore l’accordéon où ces chants venaient s’éteindre à la tombée de la nuit. On se bricolait des chaumières voutées. Personne ne nous suspectait dans les miroirs de leur conscience.

C’est toujours embarrassant de dire que notre patrimoine est notre mémoire, que le temps ne nous a rien laissé d’autre. Mais ce lopin de mémoire comme une terre en friche a été conquise sur la vie.

Je savoure la lointaine langue de mes aïeux faite de recueillement et de prières.
C’est un patrimoine rugueux et chaud à la fois comme la tendresse des ânes.

J’avance le cœur léger dans la ville. Je ne dessine pas sur les murs. J’appartiens à une terre qui ne m’a rien laissé.
Je n’éclate pas en sanglots. Je suis animée d’une passion pour mes racines qui conduisent mes pas ici, où tout n’est que broussailles. A défaut d’or massif, je n’ouvre la bouche que pour entonner ce chant que nous reprenions ensemble au pied d’arbres centenaires.

Dans ma mémoire, un bruit me suit. En remontant aux sources, je reviens aux origines même de ma naissance.
Je n’invente pas un patrimoine. Je possède le chemin. Si tout a disparu et que souvent on se perd sur des fausses pistes ou de grandes déceptions, en moi se loge ce qui ne disparaîtra jamais, la mémoire des miens.

Dans un monde sans horaire, sans distance, balayé par les vents de la mondialisation, je m’enracine immobile.
Il faut du courage pour être soi-même, pour parler une vielle langue et ne rien renier de ses origines.

A travers la fenêtre d’un train, je regarde au loin les grandes cathédrales.
C’est un peu comme cela que ma mémoire domine ma vie.