Les deux enfants marchaient en silence depuis presque une heure. La traversée du grand bois de Hunt les impressionnait toujours autant, surtout juste à la tombée de la nuit ou à la levée du jour comme ce matin. Mais l'approche de la petite clairière toute illuminée où les fleurs multicolores, épargnées par les rayons du soleil ardent de l'été par la frondaison des plus grands arbres, les accueilleraient bientôt, leur redonnait l'hardiesse de leur jeune âge.

 - Ouf, je suis bien content qu'on en sorte enfin, déclara le plus grand, sans pour autant lâcher la main de sa petite soeur.

 - Moi aussi, c'est pas trop tôt, lui répondit sa cadette.

 - C'était vraiment chouette ce week-end en camp !

 - Oui, super !

A l'évocation de ces deux jours et trois nuits passés au centre aéré du Grand Chêne, leurs yeux se mirent à pétiller et leurs pieds battirent le sol qui devenait de plus en plus dur et sec à mesure qu'ils approchaient de la Cour des Fées à un rythme plus soutenu.

Leurs parents les avaient conduit avec leur vieille R8 jusqu'à l'entrée de la l'allée qui menait au centre de vacances. Pas plus loin pour ne pas infliger une honte toute juvénile aux deux bambins.

 - Amusez-vous bien mes chéris, renifla une dernière fois leur mère en les pressant jusqu'à les étouffer.

 - Soyez sages surtout, leur lança leur père, et pour vos sacs, ne vous en occupez pas pour le retour, je passerai les prendre en rentrant de l'usine lundi soir.

La petite voiture avait redémarré alors que le frère et la soeur s'avançaient sans se retourner sur les graviers blancs qui menaient à l'ancien manoir reconvertit.

 - Regardes les comme ils sont fiers ! Tu crois que tout se passera bien, ils sont assez grands ?

 - Ne t'inquiètes pas, Jules veillera sur sa soeur, tu peux lui faire confiance. Et puis tes parents sont juste à côté et nous habitons de l'autre côté de la forêt...

La Cour des Fées n'était plus qu'à quelques foulées, la lumière se faisait plus forte et une légère brume commençait à s'élever des mousses qui couvraient les bords du sentier.

 - J'ai adoré l'escalade dans les grands arbres avec les cordes, les ponts de singes, les passerelles et la tyrolienne. Il y en a qui ont eu peur mais pas moi, j'ai l'habitude de grimper !

 - Moi ce que j'ai trouvé le plus amusant c'est le bal de samedi soir avec les costumes que nous avions fabriqué l'après-midi, surtout les jolis masques en papier mâché !

 - Oui, c'est vrai que ça aussi c'était bien, mais surtout pour les filles.

 - C'est ça, tu crois que je t'ai pas vu danser avec Marinette !

 - Et alors, j'ai dansé avec d'autres filles aussi !

 - Oui mais avec les autres t'étais pas tout rouge !

 - Ca suffit, je te préviens t'as pas intérêt à le répéter.

 - Sinon quoi ?

 - Sinon rien, tu ne le raconteras pas et c'est tout.

 - Bien sûr que non, tu le sais bien.

Enfin ils pénétrèrent dans la clairière, les grands chênes centenaires aux forment et aux ombres étranges, les feuilles mortes et sèches qui bruissent au passage du moindre petit animal, les cris d'animaux sauvages au loin, les buissons qui semblent vous suivre, toutes ces choses menaçantes étaient maintenant derrière eux. Les rais de soleil et l'air plus riche finirent de les ragaillardir complètement.

 - On a bien mangé aussi.

 - Oui ça peut aller...

 - T'es toujours difficile de toute façon.

 - C'est pas vrai !

 - Si c'est vrai, la preuve, ce matin le petit déjeuner te plaisait t'en as repris.

 - Et alors ?

 - Alors rien, t'as eu bien raison et j'ai fait pareil d'ailleurs.

 - J'ai bien dormi aussi, à part cette nuit.

 - Moi pareil ! J'ai fait un rêve bizarre.

 - Moi c'était pas bizarre mais c'était excitant.

 - Je crois que c'est à cause de l'histoire à dormir debout que les monos nous ont raconté hier soir, elle faisait peur !

 - Ouais, elle était trop bien, surtout la fin, j'ai fait un de ces bons quand ils ont crié tous ensemble !

 - Moi aussi, j'avais encore le coeur qui battait quand je me suis couchée. C'était quoi ton rêve ?

Ils avaient presque fini de traverser le cercle quasi vierge de végétation, quelques mètres encore puis ce serait le bosquet de châtaigniers où ils allaient cueillir des girolles et couper des bâtons de marche ou des arcs et des flèches.

 - J'étais un policier, un vrai hein, avec un pistolet, des menottes et tout et tout ! J'essayais d'attraper des méchants qui avaient enlevé quelqu'un à cause d'une voiture. Et toi ?

 - Moi ça faisait un peu peur, j'avais oublié qui j'étais et j'essayais de m'en souvenir mais j'étais très jolie et intelligente.

 - Et ça s'est fini comment, tu t'es souvenu ?

 - J'en sais rien, je me suis réveillé en sursaut quand la sonnerie du réveil a retentit, l'histoire était pas finie.

 - Moi pareil ! Je commençais à me rapprocher des méchants et vlan, le réveil, quel poisse. Peut-être qu'on va les refaire cette nuit et qu'on saura la fin...

 - Ouais peut-être, faudra se coucher plus tôt pour avoir le temps d'aller jusqu'au bout...

Ils sortaient du bosquet, la petite maison de briques rouges, réplique exacte, à l'exception du jardinet potager, aux deux maisons mitoyennes et à toutes les autres de la rue sentait bon la soupe entrain de mijoter sur la cuisinières à charbon qui faisait office de chauffage centrale. Leur chien Hercule les vit et vint les accueillir en aboyant. Leur mère apparut sur le perron de la porte de la cuisine.

 - Mes chéris !

 - Regarde Juliette, c'est Maman, j'ai hâte de tout lui raconter !

 - Maman ! Moi aussi, preum's !

Ils partirent tous les deux d'un grand éclat de rire en courant dans les bras de leur mère qui pleurait de joie.

Voilà donc où allaient ces deux minots se dit Walrus qui les avait vu sortir du bois et les voyait maintenant enjamber la vieille palissade du fond de leur jardin.