Chapitre 6 - Défi n°53, Le divan... (Fafa)

Un vaste vestibule s’étirait sur quelques mètres derrière la porte par laquelle elle venait d’entrer.

Un grand miroir faisait face à une console empire sur laquelle était placée un vase à la forme étrange, non sans rappeler un vase à libation mochica. Le sol était recouvert d’un tapis rococo et les murs couverts de nombreuses lithographies monochromes aux sujets évocateurs.

Sur l’une des portes que desservait la longue pièce, un petit écriteau indiquait « SALLE D’ATTENTE ».

Elle entra le plus silencieusement possible malgré la poignée antédiluvienne et les gonds grinçants.

Cinq chaises empire étaient installées en cercle autour d’un guéridon du même style placé au centre d’un tapis persan. Sur les murs à nouveau des lithographies mais cette fois en couleurs et pour la plupart des Jules Chéret.

Les goûts du propriétaire des lieux semblait des plus hétéroclites. Elle s’installa sur une chaise.

Quelques minutes plus tard, la deuxième porte de la salle d’attente s’ouvrit, un petit personnage rabougrit la franchit, opina légèrement du chef en la voyant, traversa la pièce à petits pas rapides et disparut derrière la porte d’entrée.

Elle mit un instant à remarquer la silhouette élancée appuyée contre le châssis de la porte encore ouverte.

L’homme était grand, brun, sec comme un coup d’trique comme aurait dit sa mère, les sourcils fournis, de petites lunettes rondes, un nez aquilin, un menton carré, une bouche fine aux lèvres pâles et un petit trait de barbe sous la lèvre inférieure. Ses vêtements correspondaient à la décoration.

            - Bonjour. Nous avions rendez-vous ?

            - Non.

            - Je ne reçois que sur rendez-vous je suis désolé. Mais nous pouvons...

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase, elle se mit à nouveau à pleurer.

            - Allons, allons, calmez-vous. Il venait de poser une main sur son épaule. Venez avec moi, je n’ai personne d’autre de prévu ce matin de toute façon, suivez-moi.

            - Merci.

Elle se leva et le suivit dans la pièce suivante. Celle-ci tranchait complètement avec les deux premières. Les meubles étaient beaucoup plus récents, elle reconnut un fauteuil Egg de Arne Jacobsen derrière un bureau qui était en fait une table LC6 de Le Corbusier, une chaise longue LC4 également de Le Corbusier sur laquelle l’homme lui indiqua de s’installer et un fauteuil Barcelona de Mies van der Rohe dans lequel il se laissa aller après qu’elle se soit elle-même assise ou plutôt allongée. Les murs étaient blancs sans aucun cadre à l’exception du célèbre Guernica de Picaso accroché au dessus de la LC4 et le parquet avait été laqué en gris béton puis vitrifié.

            - Dîtes-moi ce qui vous arrive. La voix était posée, quasi sans intonation.

            - J’ai tout oublié, je ne sais plus qui je suis.

            - Où étiez-vous lorsque vous vous en êtes rendu compte ?

            - ?...

            - Bien oui, quand avez-vous réalisé que vous n’aviez plus de souvenir ?

            - Je ne sais pas, je me suis réveillée ce matin sans savoir qui je suis...

            - Vous n’avez donc pas de souvenir de la journée d’hier ?

            - Non, ni des jours avant, ni de cette nuit !

            - Où étiez-vous ?

            - Dans un appartement.

            - Votre appartement ?

            - Mais j’n’en sais rien !

            - Allons, y-a-t-il dans cet appartement vos vêtements, vos affaires de toilettes...

            - Il y a des vêtements qui me vont.

            - Et rien d’autre, des objets intimes, des photos de vous, avec des proches ?

            - Oui, il y a une photo de moi avec un homme devant une maison, je ne me souviens ni de l’un ni de l’autre.

            - Et bien, sauf à penser que quelqu’un veut vous jouer une mauvaise farce, on peut en conclure que cet appartement est le vôtre ou celui de cet homme dont vous seriez sans doute proche non ?

            - Sans doute. Son esprit cartésien recommençait à prendre le dessus.

            - Vous me paraissez cohérente, sans signes de désorientation mais également sans traces de traumatisme.

            - C’est aussi ce que je me suis dit.

            - Il y a des cas d’amnésie provoqués par des chocs émotionnels. Je ne me risquerai pas à un diagnostic catégorique, je ne suis pas praticien mais cette option me semble plausible qu’en pensez-vous ?

            - Oui, je crois que oui. Mais que faut-il que je fasse ?

            - J’ai dans l’idée que vous n’êtes pas entrée chez moi par hasard et que la mention sur la plaque à l’entrée vous a attiré, je me trompe ?

            - Non, sans doute que non, vous pensez que l’hypnose pourrait me rendre la mémoire ?

            - C’est mon fond de commerce chère Madame, si je ne le croyais pas je serai ni plus ni moins qu’un escroc... madame comment d’ailleurs ?

            - Max...

            - Vous vous appelez Max ?

            - Ca m’est venu comme ça.

            - Alors va pour Max, on progresse déjà c’est fantastique non !?

            - Oui, merci docteur.

            - Jean-François, Decker mais restons en à Jean-François s’il vous plaît. On y va ?!

            - On y va !

            - Bien allongez-vous confortablement.

L’homme expliqua alors le processus de la mise sous hypnose et commença dans la foulée. Moins de dix minutes plus tard sa patiente était paisiblement en état de sommeil paradoxal.

            - Bien, commençons par le commencement si vous le voulez bien Max, c’est bien votre nom n’est-ce pas ?

            - Oui, Maxime mais tout le monde m’appelle Max depuis toute petite.

            - Votre enfance justement, où êtes-vous née ?

            - A Saint Nazaire, là où il y a les chantiers navals.

            - Et que faisaient vos parents ?

            - Mon père était Capitaine d’un des bateaux pilote et ma mère gérante d’un magasin de meubles.

            - Vous avez des frères, des sœurs ?

            - Trois frères !

L’homme continua ainsi à remonter le temps depuis la tendre enfance de la jeune femme jusqu’à la semaine précédent sa supposée amnésie.

            - Vous touchez au but, vos recherches semblent concluantes et vous avez décidé de faire un essai grandeur réelle, en quoi cela doit-il consister ?

            - VOYELLE ! VOYELLE !

En une fraction de seconde tout venait de lui revenir. L’homme la ramena rapidement à l’état conscient, elle se souvenait maintenant de toute son histoire...

            - Calmez-vous. Votre mémoire est revenue ? Un hochement de tête. Complètement ?

            - Oui.

            - C’est VOYELLE qui vous a tout rappelé ?

            - Oui. VOYELLE c’est le nom du prototype qui doit servir a valider mes recherches.

            - Sur le retraitement des déchets ménagers.

            - Indirectement. Mes études portait effectivement sur des bactéries capables de « digérer » nos ordures mais ces bactéries ont une particularité, elles sont capables de produire un courant électrique.

Jusqu’à présent toutes celles qui ont été découvertes produisait un courant d’une très faible intensité mais la variété que j’ai découverte est elle à même de générer un courant continu un million de fois plus puissant que tout ce qui a été mesuré jusqu’à présent à condition d’en réunir une certaine quantité qui correspond en fait à une colonie.

Avec l’aide de biologistes j’ai réussi à faire vivre des colonies de bactéries pendant plusieurs mois en vase clos, des « cartouches » et à en produire de nouvelles d’une manière fiable et très peu onéreuse. Avec l’aide de physiciens, j’ai mis au point une sorte d’accélérateur de décomposition capable de récupérer l’électricité produite et de la transmettre en un flux permanent grâce à des onduleurs, des « réacteurs ».

Avec ces deux systèmes couplés j’ai accès à une source quasi inépuisable et extrêmement bon marché d’énergie. Pour démontrer la viabilité du processus j’ai décidé d’en équiper un véhicule propulsé par un moteur électrique, VOYELLE, Voiture hYbride Electrique Low Emission. Un ingénieur a adapté l’ensemble dans une Bluecar que j’ai rebaptisé. J’avais déjà effectué plusieurs trajets sans problème et j’étais décidé à présenter le prototype au président de la fondation qui finance mes études...

            - Et que s’est-il passé ?

            - J’ai déjeuné avec mon « patron » et je lui ai tout raconté. Au début il a eu l’air abasourdi, forcément, et puis petit à petit son attitude à changer il est devenu... inquiet. J’ai bien vu que quelque chose n’allait pas mais je ne comprenais pas quoi. Ensuite il est redevenu très enjoué, il me disait que c’était formidable, que nous allions pouvoir régler les problèmes énergétiques de tous les pays du globe, et caetera.

Nous avons fini de déjeuner rapidement, il était pressé de découvrir VOYELLE. Il s’est absenté quelques minutes pour régler l’addition, j’aurais du me méfier à ce moment là, il est connu dans tous les restaurants où il va déjeuner, il ne règle jamais directement l’addition lui-même, en fait il était partit téléphoner.

Son chauffeur nous attendait à la porte. Lorsque je suis monté dans la limousine, j’ai senti des mains puissantes m’agripper, me plaquer contre le cuir de la banquette et une aiguille s’enfoncer dans mon bras et puis plus rien

            - Jusqu’à votre réveil ce matin ?

            - Non, je me suis réveillé plus tôt, ailleurs...

            - Et ?

            - Et ce que j’ai découvert là dépasse de loin tout ce à quoi on peut rêver, ou plutôt cauchemarder, les Oiseaux de nuit...

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L'assassinat de Madame sans (hy)giène (Défis n° 2 et 4) (Joe Krapov)

Le commissaire Tempête, à peine arrivé sur les lieux, déclara tout à trac sans tambour ni trompette : Yvette, la victime, était un peu pompette. Le coupable est Pierrot, l’hygiéniste à tout crin qui joue à la crapette. Yvette est rousse et a de tout petits roberts dessous sa salopette mais ce n’est pas pour ça que Pierre la rouspète : c’est qu’elle a mangé trop de fayots ce midi et du coup la rousse pète. Pierre, sans alibi (rien qui vaille tripette) n’a même pas songé à prendre sous la carpette la poudre d’escampette ni non plus à planquer l’escopette avec laquelle il a trucidé la pépette ! C’est un meurtre d’arpète !

detentegaz


Le commissaire Tempête,
A peine arrivé sur les lieux, déclara tout à trac sans tambour ni trompette :
Yvette, la victime, était un peu pompette.
Le coupable est Pierrot, l’hygiéniste à tout crin qui joue à la crapette.
Yvette est rousse et a de tout petits roberts dessous sa salopette
Mais ce n’est pas pour ça que Pierre la rouspète :
C’est qu’elle a mangé trop de fayots ce midi et du coup la rousse pète.
Pierre, sans alibi (rien qui vaille tripette)
N’a même pas songé à prendre sous la carpette
La poudre d’escampette
Ni non plus à planquer l’escopette
Avec laquelle il a trucidé la pépette !
C’est un meurtre d’arpète !

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Y a des matins comme ça (Poupoune)

Ah ! C’est quoi ce bruit ? Un réveil, oui… Bon… où il est ? Ah… et comment ça s’arrête… ? Voilà. Bon. Merde. Je suis où là ? Il fait sombre, je vois pas grand-chose… C’est une chambre. Bon. Un lit. Un chevet. Une armoire. C’est joli. Bien. Je ne sais pas chez qui je suis. En fait… Putain, je sais pas qui je suis ! Merde. Merde, merde ! Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui se passe ?!

… Bon. Calme… Respire. Pas la peine de s’énerver. Allez. Je me lève, déjà. Bon. Je ne reconnais rien ici. Je vais voir les autres pièces… Couloir. Une porte. Voyons… Ah. Une chambre d’enfants. Deux lits. Des formes sous les couvertures. Je referme vite, sans bruit. Il y des photos au mur. Où est la… voilà. Lumière… Un monsieur et une dame. Des enfants. Deux. Ceux de la chambre ? Les visages ne me disent rien. Je regarde mieux… Non. Je continue. Nouvelle porte. Salle de bain. Miroir. Mon reflet dans la pénombre. Je ressemble à… oui. Lumière. Ah, oui. Je suis la dame des photos. Putain de merde. Je suis chez moi ? Et les enfants, là, alors… ? Instinctivement, je porte la main à mon ventre. Instinct de quoi ? Tout juste si je suis sûre d’être une fille, alors une mère ? Putain c’est quoi ce merdier ? Et le type, il est où ? Il y a des affaires d’homme, là. Il doit vivre ici aussi… Bon. Je vais le chercher. Il pourra sûrement m’expliquer… J’éteins la lumière et je retourne sur mes pas. Nouvelle porte. Toilettes. Je continue… Encore une porte… J’hésite. C’est… bizarre, ces portes qui ouvrent sur un inconnu qui… qui devrait m’être familier, non ? C’est… angoissant. Je ne comprends pas. Je ne sais même pas comment je m’appelle et ce que je fais là et… Stop ! Calme… Respire. Allez. J’ouvre. Vestibule. Placard. Deux portes ouvertes. Cuisine et… Salon. Je vois le dos d’un fauteuil. Quelqu’un dedans. Avec un journal ouvert. Bon. Il ne m’a pas entendue, on dirait. Je toussote. Pas de réaction. Peut-être qu’il s’est endormi sur son journal. J’approche. Oui. Il dort. Non, il… Non. Je recule. Je cherche la lumière. J’allume. Je reviens vers lui. Il est… Le journal est taché. Rouge. Il ne dort pas. Il est… Je suffoque. C’est le type des photos dans le couloir. Je crois. Je ne veux plus le regarder pour vérifier. Il a un trait rouge à la gorge. Un trait de… Un… Je ne veux pas revoir ça. Et mon regard est… mon regard est attiré par l’image tachée du journal. Un dessin. Un visage. Un portrait… Un por… Je lève les yeux et vois mon reflet dans la vitre. Le dessin… un portrait. Mon portrait. Portrait-robot. Un avis de… je prends le journal taché… Ça fait bouger la tête du type qui penche vers l’arrière et… oh ! ce trait sur sa gorge qui se… ça… oh… j’ai un haut-le-cœur. Je ferme les yeux. Je reporte mon attention sur le journal et ses taches et… merde.

Les enfants ? Je retourne dans leur chambre. Je soulève la couverture du premier lit et… Oh !... J’hésite à regarder le second, mais… il faut… je dois… Putain de bordel de merde ! Cette fois j’ai tout l’estomac qui se vide sur le joli tapis moelleux. Salle de bain. Reprendre mes esprits. Je fais couler longuement l’eau fraîche sur ce corps qui est le mien. Je regarde ces mains qui sont… qui ont… qui... Un peu de rouge s’écoule avec l’eau au fond de la baignoire.

Calme… Respire.

Bien.

Peu importe qui je suis.

Je sais ce que je dois faire.

Fuir.

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Adrienne ouvre sa boîte à petits bonheurs (Adrienne)

Adrienne ouvre sa boîte à petits bonheurs

Défi numéro 17 (29 juin 2008) : voici une consigne de MAP: Inventaire de votre boîte à petits bonheurs avec tous les souvenirs qui s'y rapportent. 

Chaque matin, j’ouvre ma boîte à petits bonheurs en même temps que j’ouvre les yeux . Non, avant même d’ouvrir les yeux. C’est déjà un bonheur de se réveiller, même si on a le dos un peu cassé.
Puis j’ouvre les rideaux : quel que soit le temps, c’est un bonheur de voir le monde qui m’entoure.

J’ouvre une deuxième fois ma boîte à petits bonheurs en ouvrant quelques portes : celle du frigo, du four à micro-ondes, de l’armoire où il y a la vaisselle. C’est un bonheur de prendre un bon petit déjeuner. Et j’ouvre la porte de dehors aussi, trop contente de retrouver mes chats fidèles au poste. Je ne peux les voir sans sourire.

J’ouvre une troisième fois ma boîte à petits bonheurs en ouvrant mon ordinateur portable : comme il a déjà eu des ratés, je suis contente qu’il s’allume. Comme j’ai eu des problèmes avec mon hébergeur, je suis contente de voir mon blog. Et comme j’ai eu des problèmes avec la publication des commentaires, je suis plus contente que jamais d’en avoir. Je fais la tournée des blogamis et je souris encore.

J’ouvre une quatrième fois ma boîte à petits bonheurs en ouvrant la portière de la voiture. Quel bonheur ce petit trajet vers l’école chaque matin, quinze kilomètres de bonheur en musique et en songeries. Le paysage aussi est toujours beau, quelle que soit la saison.

J’ouvre une cinquième fois ma boîte à petits bonheurs en ouvrant ma classe. Je jouis de tous les instants, les préparatifs avant l’arrivée des élèves, leur accueil, les cours, les échanges, les ‘au revoir à demain’.

J’ouvre une sixième fois ma boîte à petits bonheurs en ouvrant la boîte aux lettres et la porte du garage . Même si le courrier n’est pas toujours rose, quel bonheur de trouver une lettre, une carte, l’annonce d’une naissance ou d’un mariage.

Bonheur aussi de se retrouver chez soi, avec le jardin, les chats, l’ordinateur, le frigo, le four à micro-ondes…

… et puis le lit pour pouvoir tout recommencer dès le lendemain.

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Le train de Beauvais (Sebarjo)

Le Train de Beauvais


train_de_beauvais

Flush
Push

la porte se referme,
Le vieux train ferrailleux de Beauvais
M’emmène vers notre petit nid
sans encore de nichées
Mais,
Véritable petit paradis
Couché
Sur une plage de l’Ile de France.

J’allume une cigarette,
La fumée, tourbillonne
Au-dessus de ma tête,
Buffles et fées chantonnent
Et déchantent.

Une goutte de sueur
Glisse
Sur le verre maladroit
de mes lunettes.

Le train ne fume plus
Et moi Non plus,
Les rails grincent :

Push push flush
Push push flush

A rêver,
Voilà
L’arrivée.

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Comme ça se trouve ! (Walrus)

Bien sûr qu'ils se tiennent la main ! Les enfants qui ont peur se donnent toujours la main... et ils serrent, fort !

Pas dû me fatiguer beaucoup cette semaine, je lisais justement "L'oiseau de mauvais augure" de Camilla Läckberg :

... Elle lui rappelait le conte qu'ils lisaient si souvent. Le frère et la sœur curieux qui s'égaraient dans la forêt. Qui étaient seuls et effrayés, prisonniers d'une vilaine sorcière. Eux aussi pourraient s'égarer dehors. Elle les protégeait. Est-ce qu'ils avaient envie de s'égarer ? Est-ce qu'ils voulaient risquer de ne plus jamais retrouver le chemin de la maison ? Elle les avait déjà sauvés de la sorcière une fois... Sa voix paraissait si petite, si triste quand elle répondait à ses questions par d'autres questions. Mais en lui, quelque chose le poussait à continuer, même si l'angoisse déchirait sa poitrine quand elle avait les larmes aux yeux et que sa voix tremblait.
L'attrait du dehors était si fort
...

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Carte postale de Rancune, West Virginia -défi #10- (Joye)

Défi n° 10 :
Offrez un lieu qui ne vous appartient pas (un monument, une ville, un pays, la maison de votre voisin…) à la (aux) personne(s) de votre choix.

carte_postale

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Ma vie est une histoire de rails (Tiphaine)

D'abord, à lire en braille, à rebours.

Suivre le rebord des âmes et retrouver les trains du passé…

Se souvenir des rails anciens.

 

Une jeune femme, enceinte, traversant l'Europe pour rejoindre le soldat français qui l'avait séduite dans ce camp de prisonniers, en Autriche.

Un jeune homme, franchissant les tunnels entre l'Italie et la France pour aller retrouver sa famille, repartir, revenir.

De quel côté de la frontière se trouve la famille ?

 

Le regard de ma mère, celui de mon frère, se souvenant à chaque train qui passe de ceux qui ne sont jamais revenus.

 

A lire en braille sur les traverses, histoires d'exils, d'allers simples.

Europe traversée, en long, en large, en traverses.

 

A lire dans les lignes des voix qui se sont tues.

 

Petite histoire et grande histoire, ballottées entre deux gares.

Petite histoire et grande histoire, paumées, assises sur un vieux banc encore, dans une salle des pas perdus.

 

Ma vie est une histoire de rails.

 

Une histoire qui déraille, un jour.

A force de suivre les voies ferrées on finit parfois par en perdre le goût du chemin.

Qui sait les voies buissonnières ?

Je les sais.

 

Une histoire qui déraille, une nuit.

Tous ces trains pris sans savoir même leur destination.

Comme on marche dans la vie sans savoir où elle nous mène.

 

Pris le grand panier, jeté dedans le livre, le carnet, le stylo et l'argent.

Qui part sans argent sur les voies buissonnières ?

Je ne sais pas.

Si les voies sont payantes, alors il faut payer, ou le monsieur à la casquette va se fâcher…

Pris le grand panier, le manteau rouge, monté dans le train.

Sans destination.

Parfois, au bout, c'est la mer.

Parfois une ville.

Parfois juste une gare.

 

Avalé les kilomètres avec pour seul but de n'en avoir pas.

Avalé les paysages, collectionné les hôtels, les villes, les rencontres d'un soir avec pour seul espoir de n'en avoir plus.

Avalé les lignes, dévoré les livres, souri au voyageur fatigué, éteint la lumière et dormi enfin, calme, heureuse, bercée par…

Tu t'en vas…

Tu t'en vas…

Tu t'en vas…

 

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LA BOÎTE AUX PETITS BONHEURS -défi #17 - (Lorraine)

Je conserve pieusement une boîte à boutons où se sont réfugiés des souvenirs, des coquetteries, des couleurs et des formes.  J’y retrouve  des petites perles frileusement cachées dans un sachet, pour orner une robe noire, un jour, peut-être…

Elles sont là depuis plus de trente ans,  ces larges pastilles noires qui ont boutonné le manteau blanc dont je me rappelle si bien la forme, l’élégance courte…et le chapeau blanc qui accompagnait cette toilette de « maman d’une communiante » . Je la revois, elle, si jolie, si jeune, et mes rêves s’envolent vers le passé.

Ma boîte à boutons est une boîte à bonheurs ; sinon pourquoi aurais-je conservé ces dorés qui ressemblent à des boucles d’oreilles, ces gris pâle, cet unique petit nacré creusé d’un faux diamant, ces argentés à l’allure militaire provenant d’une veste bleu marine. Quand je l’enfilais, tu me disais :  «Oui,  mon général » et je me souviens de ton sourire taquin si je protestais.  Cette boîte te faisait rire : « Tu comptes les réemployer ? » demandais-tu . Non, bien sûr, mais maman le faisait, autrefois, et  cousait tandis que je  jouais à pleines mains dans ce coffret dont les  joyaux tintaient si agréablement à mes oreilles.

Je viens de retrouver un de ces témoins de naguère. Il roule sous mes doigts.  D’où vient-il ? Quel uniforme ornât-il ? A qui appartînt-il ? Lourd, argenté,  l’inscription « BN » s’affiche bien visible au centre,   la mention « Banque Nationale » aussi arrondie tout autour,  et à l’arrière, dans une banderole, « Bruxelles ». Il a gardé son secret ; il le gardera toujours !

Ma boîte à souvenirs n’est qu’une boîte à boutons, certes. Mais elle  conserve, avec son parfum d’autrefois, la nostalgie des jours qui passent et ne reviendront plus.

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