Je conserve pieusement une boîte à boutons où se sont réfugiés des souvenirs, des coquetteries, des couleurs et des formes.  J’y retrouve  des petites perles frileusement cachées dans un sachet, pour orner une robe noire, un jour, peut-être…

Elles sont là depuis plus de trente ans,  ces larges pastilles noires qui ont boutonné le manteau blanc dont je me rappelle si bien la forme, l’élégance courte…et le chapeau blanc qui accompagnait cette toilette de « maman d’une communiante » . Je la revois, elle, si jolie, si jeune, et mes rêves s’envolent vers le passé.

Ma boîte à boutons est une boîte à bonheurs ; sinon pourquoi aurais-je conservé ces dorés qui ressemblent à des boucles d’oreilles, ces gris pâle, cet unique petit nacré creusé d’un faux diamant, ces argentés à l’allure militaire provenant d’une veste bleu marine. Quand je l’enfilais, tu me disais :  «Oui,  mon général » et je me souviens de ton sourire taquin si je protestais.  Cette boîte te faisait rire : « Tu comptes les réemployer ? » demandais-tu . Non, bien sûr, mais maman le faisait, autrefois, et  cousait tandis que je  jouais à pleines mains dans ce coffret dont les  joyaux tintaient si agréablement à mes oreilles.

Je viens de retrouver un de ces témoins de naguère. Il roule sous mes doigts.  D’où vient-il ? Quel uniforme ornât-il ? A qui appartînt-il ? Lourd, argenté,  l’inscription « BN » s’affiche bien visible au centre,   la mention « Banque Nationale » aussi arrondie tout autour,  et à l’arrière, dans une banderole, « Bruxelles ». Il a gardé son secret ; il le gardera toujours !

Ma boîte à souvenirs n’est qu’une boîte à boutons, certes. Mais elle  conserve, avec son parfum d’autrefois, la nostalgie des jours qui passent et ne reviendront plus.