« Qu’est-ce que vous feriez de surprenant ou de défendu si d'un coup de baguette magique je vous rendais invisible l'espace d'une petite heure ? » demandait Kloelle pour le défi n° 8, fin avril 2008.

Surprenant ? Défendu ? Ni l’un ni l’autre, il me semble.

Et puis d’ailleurs, mettez-moi à une table, dès qu’il y a une dizaine de convives, je suis déjà parfaitement invisible sans l’intervention d’aucune baguette magique.

J’écoute les autres parler. Il faut bien qu’il y en ait qui écoutent, non ? Voilà l’excuse que je me suis trouvée.

A l’époque pas si lointaine où j’avais une belle-famille, nous avions régulièrement des tablées d’une vingtaine de personnes et ça m’allait fort bien. Je servais, desservais, m’activais aux fourneaux et à la vaisselle, m’occupais des enfants des autres. Pendant ce temps, je laissais « les grandes personnes » parler de cravates, de football et de politique.

Dernièrement, j’étais à une tablée d’une douzaine de personnes. Parfois j’ai eu envie d’intervenir, mais ne savais comment faire. Fallait-il interrompre celui qui parle ? J’ai horreur de ça. Se glisser subrepticement à la fin de sa phrase ? Mais quand sa phrase se termine-t-elle ? De toute façon un ou deux autres prennent déjà la parole et tout est à recommencer.

Et quand chacun a dit son fait et qu’il y aurait une possibilité de glisser mon grain de sel, on est déjà passé à un autre sujet.

Parfois, un silence plane, tout à coup. Est-ce le moment ? Vais-je empêcher l’ange de passer ou vais-je au contraire goûter ce silence, en évaluer la qualité ?

Puis la conversation reprend, et moi ma table d’écoute. J’entends une dame enfiler des poncifs comme des perles. J’entends un monsieur parler de choses qu’il ne connaît pas. Ce sont des moments où j’ai moins que jamais envie d’intervenir. Péché d’orgueil, probablement  

« Si ta phrase, disait ma mère, commence par « Moi, je… », ravale-la tout de suite. »

Voilà pourquoi sans doute j’ai créé ce blog, sur lequel les « Moi, je… » ne se comptent plus. J’en ravale beaucoup, pourtant  

Alors pour en revenir à la baguette magique, chère Kloelle, donnez-m’en une qui me rende visible, la prochaine fois que je serai à une tablée d’une douzaine de personnes qui ne me sont pas assez familières pour que je sois à l’aise, décontractée et volubile.

Je vous en remercie d’avance.