« J’aurais pu vous parler des miniatures de ma mère, ce plus petit possible qui se montre en vitrine le long des murs. Ou de ses cartes anciennes qui montre l’ancien village, glissées dans un classeur. Je pourrais vous décrire les voitures de collection – Porsche, Ferrari, etc. – qui remplissent la bibliothèque de mon petit frère pendant qu’il rêve d’une grande, une vraie. Tiens, les BD aussi, c’est une collection, non ? Elle regroupe le père et les enfants, selon les choix de chacun.

- Le père… hum…

 Et puisqu’on en est au père, je pourrais vous confier qu’il voudrait un château, et une pièce pour chaque collection. Il faut dire qu’il y a ses maquettes d’avions militaires, ses timbres (mine de rien, ces petits bouts de papier, ça envahit l’espace !), et tout ce qu’il ne collectionne pas, faute d’argent et de rangement. Mais si je m’épanchais ainsi, vous en sauriez beaucoup sur ma famille…

- N’est-ce pas ?

Je pourrais aussi bien vous dire que je ne collectionne ni les amants, ni les amoureux, et même pas les chaussures… Oserais-je vous avouer que j’aimerais avoir dans mes bagages tous les Puck* et tous les bisounours ? Je pourrais rajouter que je suis fan des boites, et que j’ai abandonné dans la chambre de mon enfance un bel ensemble de petites poupées régionales. Mais tout ça ne vous dirait rien sur mes fleurs, mes fruits, mes arbres et mes champignons !

- ah, là, vous m’intriguez…

Cela a commencé quand j’étais petite. Mon père nous ramenait une série de timbres lorsqu’il allait au marché. J’ai choisi le végétal, c’est devenu ma thématique.

- Mathématiques ? Le marché ?

Ce sont quelques bonhommes dans le coin d’une grande place, sous des marronniers. La plupart ne posent même pas de tréteaux, ils vendent directement du coffre de la voiture. Ca parle fric, transactions, bénéfices, cotations, achat, vente et revente. Des mots gris qui n’ont rien à voir avec moi !

- Alors, vous ?

Moi je dénote. Une fille, une jeune ! Avec une thématique qui ne vaut pas grand-chose en dehors du plaisir… Mais je vais chez le marchand souriant qui propose aux détails des timbres à 0.10 cent. Ils sont en vrac dans des boites ou des albums : il faut fouiller, vérifier - ma mémoire ne suffit plus, j’ai deux catalogues pour m’aider.

- Et ensuite ?

Ensuite, il faut parfois passer les timbres au lavage-décollage mais ça, c’est le boulot de mon père. Moi, je les trie, je les classe, et chaque fois que je complète une série, je souris ! C’est une chasse aux trésors, sauf que mes trésors sont des bouts de papier fleuris, ou fruités, ou…

- Des bouts de papier…

Oui, j’aime le papier ! Il y a aussi les livres, et les cartes que je reçois. En somme, je garde tout.

- 

Monsieur ?

- Zzzzz…

Comment ? C’est tout ce que vous inspire ma collectionnite aigüe ? Freud en aurait dit plus… Surtout que je ne vous ai pas encore expliqué pour les vaches…

*Puck est un gamine futée dans un pensionnat danois, imaginée par l’auteure Lisbeth Werner, dans la collection Rouge et Or.