Un jour, il y a de cela dix ans environ, elle s’est cachée derrière une feuille de canabis, pas l’herbe sèche prête à être roulée, non, mais une vraie feuille, bien verte aux lobes finement dessinés qu’elle a sorti de son cartable un soir par provocation.

 

Elle n’a pas sombré dans cette fumée d’illusion faussement apaisante -Dieu merci- mais masquée par cette feuille, son image, petit à petit, s’est brouillée pour finalement disparaître. Comme le Phénix qui renaît de ses cendres, une nouvelle image a fait place à l’ancienne. Elle lui ressemble mais ce n’est pas, ce n’est plus elle. C’est une sœur jumelle… en négatif.

 

Cette sœur a vêtue ses bras et ses cuisses de lignes de sang rouge vif.

 

Elle l’a muré dans les ténèbres d’une souffrance insoutenable.

 

Elle l’a armée de rébellion, de rejet et de haine, de peur et d’angoisse infinie.  

 

Elle a maquillé ses yeux de noir, blanchi sa peau et rongé son corps jusqu’à l’hôpital. 

 

Elle l’a étouffé.

 

Elle lui a volé son âme, son sourire d’enfant, ses yeux rieurs, sa joie de vivre et tout ce qui faisait que c’était elle.

 

Ils n’ont pu qu’assister en témoins impuissants à cette transmutation infernale sans comprendre ce qui avait mis en branle ce processus diabolique.

 

Tout leur amour de parents, tous leurs soins attentifs n’ont pu la sauver.

 

Il leur a fallu apprendre à vivre avec cette inconnue, cette étrangère, ce reflet d’un passé révolu, cette image d’un présent insupportable.

 

Il paraît que ce n’est pas irréversible. Il paraît que tout au fond ce cette jumelle, l‘autre, leur fille, est encore présente.