J’ai une montre en métal
Telle que nulle n’en possède,
Elle se presse et languit
Comme un cœur persévérant.
Ses aiguilles et le temps
Sont en conflit permanent.
Elle marche, et moi, je me traîne ;
Peu me chaut qu’elle s’arrête.
Je la vois sans m’irriter
Avancer puis retarder.
Mais je la porte puisqu’elle
Me trompe ainsi sur le temps.

Permettez -moi d’utiliser ce que dit , dans ce petit poème Ahmad Chawqi (1868-1932)
surnommé «  le Prince des poètes ».
Il exprime tout à fait mon ressenti ; il est vrai que suivant les âges de la vie, le temps change de sens, l’avez-vous remarqué ? Je me souviens qu’étant enfant, mon père me disait souvent : " Je voudrais savoir ce que je sais et avoir ton âge ! ". Je pensais alors, sans le formuler,  qu’il ne comprenait rien à rien. Le temps a passé et j’ai depuis longtemps mesuré la teneur de cette assertion ! J’étais pressée à ce moment là, je m’ennuyais souvent, je me souviens de mon refrain préféré : " J’sais pas quoi faire ! " et de l’air exaspéré que prenaient les adultes en entendant ces propos. Après quelques ( !) décennies, j’en mesure d’autant mieux tout le sens. Je le mesure à la ride supplémentaire qui sourit au coin de mon œil, à la taille de l’aîné de mes petits- enfants qui me dépasse très largement, à mon anniversaire qui revient trop souvent…
Tempus fugit ! J’ai déjà rêvé d’arrêter la pendule…, j’espère avoir encore quelques tours d’horloge à mon actif ; pour profiter de mes petits-enfants, justement. En même temps (eh, oui), je redoute ces heures à venir, porteuses de peines et de douleurs, d’angoisses et de soucis. Je me plais, cependant, à croire que, à l’image des heures déjà écoulées, je ne garderai dans mes souvenirs, que les meilleures.