31 janvier 2010

Ont déjà participé à la quête de l'homme tronc :

T_te_en_arbreVenise ; Joye ; Vegas sur sarthe ; Phil ; Enfolie ; Papistache ; Moon ; brigou ; MAP ; Joe Krapov ; Zigmund ; Tiniak ; Flamm Du ; Poupoune ; rsylvie ; Jaqlin ; Sebarjo ; Walrus ;

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30 janvier 2010

Défi # 92

Un éditeur de livres pour enfants a perdu par mégarde l’histoire qui accompagnait cette illustration. Pourriez-vous l’aider à mettre des mots (conte, poème, chanson …..) sur ce visage d’homme tronc ?
Merci d’avance pour votre participation à envoyer

avant le 06 février 2010 00 H 01
à
samedidefi@hotmail.fr

T_te_en_arbre

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La boîte (Kloelle)

<p><p><p>Elle passait chaque lundi matin à la même heure</p></p></p>


 

Elle passait chaque lundi matin à la même heure. La rue, déjà peu animée, était le plus souvent déserte et j’avais pris l’habitude d’oublier mes livres et mes tableaux pour l’observer. Le même imperméable bleu de Prusse soigneusement boutonné, des chaussures d’un autre temps ou d’une autre contrée et ce cabas fermement ramené contre la poitrine, improbable matrice à contenir tous les rêves du monde. Je me souviens qu’elle peinait à avancer, donnant à chacun de ses pas l’impression d’arriver au terme d’un long voyage. Le bout du monde dans une rue où les éclaboussures d’essence défiguraient chaque recoin…

C’est arrivé au numéro 24, devant les grilles d’une maison de longue date abandonnée, que les choses prenaient une tournure étrange dont je désespérais de découvrir jamais  la signification. Du cabas, elle sortait une enveloppe, blanche, lisse, quelconque, une à ne rien vouloir accrocher des extravagances de notre monde. Elle la glissait alors avec le plus grand détachement dans la boite aux lettres et poursuivait son cheminement,  sans se retourner.

 

On se damne à tirer les fils désordonné de sa curiosité. Qui était cette femme singulière, que contenaient ces lettres et par quel étrange processus, la boite, jamais surchargée, se trouvait prête à accueillir semaine après semaine ces ponctuelles missives.

 

La maison était inhabitée, j’en avais eu la confirmation. Il m’était bien sûr venu la tentation d’approcher, de tenter de d’ouvrir la boîte, de forcer ses secrets, mais j’étais resté à chaque fois immobile, les bras ballants, incapable de briser ce rythme qui semblait m’assujettir en dépit de tout.

Le premier lundi où elle ne vint pas, le vide prit place en moi toute la journée et je m’endormis avec le sentiment d’avoir été dépossédé, puis les jours passèrent et je finis par m’approcher de la boite. Curieusement elle ne me résista pas.

La déception s’engouffra si vite que j’eus la tentation de la refermer aussitôt : elle était vide.

Puis, mon regard fut attiré vers quelques mots gravés à même le bois, sur le fond : ICI MEURENT ET RENAISSENT LES RÊVES.

 

Les premières enveloppes qui arrivèrent dans ma boite aux lettres me surprirent à peine. Les rêves d’amour étaient souvent dans des enveloppes roses, les rêves de statut social dans des enveloppes plus sérieuses, les rêves d’enfant me plaisaient particulièrement. J’avais compris sans plus de complication qu’il me fallait les ouvrir et les mettre dans ces petites enveloppes blanches, uniformes, épurées. Tous les lundis, je traversais la ville pour me rendre dans cette ancienne rue piétonne aux si nombreux commerces désertés. C’est dans la boite très banale d’une ancienne mercerie, au rideau de fer baissé, que je glissais ma lettre.

Dire combien d’années je me suis acquitté de ma tâche, je ne sais pas exactement. Je pose des rêves, d’autres les emportent et tentent de les faire renaitre ailleurs. Je n’ai pendant toutes ces années jamais cherché à savoir qui venait, chaque semaine, prendre mon offrande blanche.

Depuis quelques temps, je me demande si quelqu’un détaille, derrière la fenêtre d’un des immeubles alentour,  le vieux monsieur que je suis devenu. Je crois que le temps du passage est arrivé. L’autre matin, il y avait cette inscription sur ma boite aux lettres.

Prenez mes rêves et portez les loin.

 

 

 

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Le cimetière des filets mignons en croûte et des illusions sur la liberté (Joe Krapov)

DDS9101_westlakeDimanche, nous sommes tous morts. Nous tous, Mademoiselle Z., Monsieur J., Madame M. et moi. Oui, dimanche dernier, nous sommes morts de rire. Eclatés, explosés, pliés, dilatés ! C’est à cause de Monsieur J. qui nous a raconté sa dernière mésaventure. Comme dit Donald Westlake, ça n’arrive qu’à lui !

Depuis plus d’un an maintenant, Monsieur J. vit tout seul dans un appartement situé au rez-de-chaussée dans un quartier calme d’une ville que nous nommerons R. afin de ne froisser aucun pompier en France, en Navarre ni même en Bretagne et encore moins en Ille-et-Vilaine.

Dans son appartement, Monsieur J. a une télévision. C’est Madame M. et moi-même qui payons la redevance mais c’est lui qui la regarde. Samedi soir, sur FR3, Monsieur J. a revu le film « Blade runner » de Ridley Scott. On diffusait le « director’s cut » (non, ce n’est pas un gros mot, juste un concept un peu incompréhensible pour les fans âgés d’Eric Rohmer qui doivent aller sur Wikipédia pour constater que le cinéma hollywoodien est d’abord un commerce. Voir aussi le carnaval de « Brazil » de Terry Gilliam !).

DDS9102_Andro_des« Blade runner » est un film américain adapté d’un roman de Philip Kindred Dick. J’adore le titre français de ce livre : « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? ». A une certaine époque, avant que je ne rencontre Mademoiselle M. puis ensuite Monsieur J. et Mademoiselle Z., je lisais beaucoup. Entre autres choses, j’ai lu pratiquement tous les romans et les nouvelles de Monsieur Dick. Ils parlent de paranoïa, de manipulations, de drogue. Avec lui, nous naviguons en pleine science-fiction ! J’adorais la S.F. à l’époque. J’avais commencé enfant avec la bande dessinée « Les Pionniers de l’Espérance », j’avais aimé ensuite «Valérian et Laureline», «Le Vagabond des Limbes», lu les «Chroniques martiennes» de Ray Bradbury, dévoré l’intégrale des romans et nouvelles de Clifford D. Simak, Robert Sheckley et Fredric Brown.

Maintenant qu’on a dépassé le cap autrefois fatidique de l’an 2000, je ne lis plus de S.F. parce qu’on est en plein dedans. Le monde actuel est, ni plus ni moins, un roman de Philip K. Dick. Du moins, il me fait cet effet.

Dans son appartement, monsieur J. a aussi un ordinateur qui lui donne accès à Internet. Comme beaucoup de djeunns dgens de son âge, Monsieur J. laisse des messages sur Facebook. Tout de suite après la fin du film, il est allé partager avec ses blogamis ( ?) du réseau social ses impressions sur ce visionnage. Impression est un bien grand mot puisqu’il s’est borné à inscrire une phrase prononcée dans le film en ajoutant que c’était « une putain de chiée fin que la fin de Blade runner » (je traduis à ma façon « Fucking Blade Runner Ending »).

Puis il vaque à d’autres occupations sur la toile ou dans son logis. Peut-être fait-il sa vaisselle ou du rangement  (les parents sont toujours optimistes et très naïfs dès qu’il s’agit de leur progéniture !) ? Peut-être concocte-t-il de sa géniale musique ? Toujours est-il que, vers une heure du matin, il se déshabille et s’apprête à se glisser dans ses draps. C’est à ce moment là que les Martiens ont frappé à la porte !

DDS9103_mars_attacksCe n’est pas tous les jours que Mars attacks ! Histoire de ménager le suspense et de justifier le titre de cette histoire, je voudrais signaler que quelque temps auparavant, je m’étais occupé de mon côté à faire cuire dans ma cocotte-minute un filet mignon avec du vin blanc, des oignons, champignons, tomates et noix. Ensuite, avec Madame M., nous avions regardé « Liberté-Oléron », dévédé d’un film quelque peu dispensable de Bruno Podalydès mais on ne pouvait pas le savoir avant de l’avoir vu. A l’issue de ce visionnage, j’avais sorti le morceau de viande de la cocotte avec ses ingrédients et avais mis le tout à figer au réfrigérateur.

Les Martiens ont posé leur véhicule dans la cour de l’immeuble de monsieur J. Ils en sont sortis un par un. Ils sont au moins dix d’après le narrateur. Ils ont allumé leurs grosses lampes, balayé la surface des immeubles aux alentours du faisceau de leurs projecteurs. Ils portent des combinaisons à bandes fluorescentes et, avant de sortir l’artillerie, ils frappent à la porte. Si un jour cela vous arrive, faites comme Monsieur J., ouvrez et écoutez-les. Il m’est d’avis que si vous restez au lit avec vos boules Quiès à rêver comme un sourd ils auront tôt fait de défoncer votre huis à coups de hache pour venir vous sauver du danger.

Quoi ? Les Martiens sont bienveillants ? Oui, plus que vous ne pourriez le penser. Ils habitent la planète 18, leur camion est rouge et pour vous sauver du péril quand vous habitez à l’étage ils ont une grande échelle. Ce sont bien les pompiers de la ville de R. qui sont-là.

DDS9104_BladeRunner- Qu’est-ce qui se passe, demande Monsieur J. en leur ouvrant la porte, en slip, torse poil et jambes nues. Il y a un incendie ?
- Non. On vient pour vous. On a téléphoné déjà mais vous n’avez pas répondu. Vous n’avez pas l’intention de vous suicider ?
- Me suicider ? Non, pas vraiment. J’allais me mettre au lit, comme tous les soirs.
- Pourtant vous avez bien déposé un message en ce sens sur votre Facebook ?
- Sur mon F… Ah oui, la citation de Blade runner ? Mais... Non je vous rassure, c’est juste une citation.
- Bon faudrait voir à mieux contextualiser, la prochaine fois, hein ? Allez, bonne nuit monsieur. Et puis, la citation, vous l’enlevez, hein ! ».

DDS9105_F451Sur le Facebook de monsieur J, on peut lire ce dimanche matin : «Quel est le con qui a appelé les pompiers ?» Mais apparemment dans les relations fesses-bouquineuses de monsieur J., il n’y a pas de cons. On en a discuté, morts de rire, autour de l’apéro-vodka familial. Il doit exister, à la caserne Saint-G. ou ailleurs à R. ou en France une cellule de prévention du suicide qui veille, le samedi soir, sur les moteurs de recherche. Dès qu’ils voient apparaître le mot « mourir », ils envoient une escouade avec un parapluie. Une cellule efficace : même pas une heure après la publication de ceci («Tous ces instants seront perdus dans le temps, comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. »), les anges gardiens avaient téléphoné, trouvé l’adresse du zigue, embarqué dix gus dans le camion et déboulé chez le lecteur-spectateur de SF en slip. Efficace, non, les Big brothers watching you ? Comme quoi une courte phrase postée par monsieur J. a bien plus d’effets sur le monde que les milliers de romans-feuilletons à la con que monsieur K. publie sur le Défi du samedi, Kaléïdoplumes ou les Impromptus littéraires ! Mais ça, grâce à Monsieur Walrus, on le savait déjà.

Je peux les rassurer, les gars du commando anti-suicides. Un type qui boit du Saint-Nicolas de Bourgueuil sans cracher dessus et reprend deux fois du filet mignon en croûte de madame Eliane (c’est elle qui nous a filé la recette) revisité sauce Krapov, je ne le vois pas en train de se passer la corde au cou. Pas même une cravate du reste, bien que j’aie des photos compromettantes au sujet de cet ustensile inutile et du bonhomme dont je cause.

Il n’empêche, ce lundi midi, ma pitance était mince dans ma gamelle au boulot. Le filet trop mignon avait rejoint le cimetière de nos estomacs, il ne m’en restait qu’une petite rondelle et juste deux cuillers du kilo de haricots verts de la veille. Et je ne rigolais plus non plus côté «liberté d’expression et identité nationale».

Vous comprenez, de puis samedi, moi j’écris des épitaphes sur le Web. D’ici à ce que les trois Parques viennent toquer à ma porte ce soir à minuit et m’embarquent pour concurrence déloyale ! D’ici à ce que les infirmiers du Centre Guillaume Régnier ne viennent me passer la camisole de force ! D’ici à ce que la police ne fasse une descente et ne demande comme au bon vieux temps du KGB : « C’est ici Joe Krapov ? ». Difficile de répondre « Non, c’est en face ! » : on n’a pas de voisins de palier !

Voilà pourquoi, je le proclame haut et fort, « je suis immortel, j’aime la vie, je ne mourrai jamais ! Et tout ce que j’écris ou dis, c’est pour de rire ! » Et il faut croire que je fais tout ce qu’il faut pour ne pas avoir besoin de la police, de la justice, des médecins et des pompiers. La preuve, voici mon épitaphe personnelle, très révélatrice là-dessus :


« Ici s’angoisse Joe Krapov

qui n’avait pas de tics ni d’éthique mais des tocs :
a-t-il bien fermé le gaz en partant ? ».

DDS9106_parapluie

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Un carré d’herbes folles (Caro_carito)

Elle eut à peine le temps d’enlever son tablier et de fermer la porte, il était en haut de la colline. Les blés courbaient la tête sous les rayons drus. Il avait raison, dans deux heures à peine, il faudrait déjà songer à clore à demi les persiennes. Elle sentit le trousseau chargé de clefs inutiles qui valsait au fond de la poche de sa blouse. Elle poussa la grille du cimetière. Elle s’amusa de son invite rouillée. Elle le vit s’approcher des trois pins, au fond à droite. Elle marcha vers le fouillis fripé de coquelicots et de monnaies du pape. Les amarantes qu’elles avaient semées au printemps passé avaient avalé le muret de pierres blanches, grignotant les guérets des Béard.

 

Elle tourna la tête vers le carré nord. Il s’était sans doute agenouillé car sa silhouette voutée avait disparu dans les hautes herbes. Elle se demandait avec qui il s’entretenait, chaque matin. Un jour, elle s’était approchée et avait perçu des mots feutrés, sa tête chenue penchée sur l’ombre. Etait-ce un mot un peu plus grave ? En tout cas, un souffle d’air indiscret lui avait rapporté ce prénom, Sybille. Plus tard, elle avait examiné l’endroit avec soin, en vain ; il n’y avait que graminées, un papillon et des noms oubliés. A ses pieds, ne dormaient que quelques morceaux de pierre lisse et des âmes oubliées. Le vent, le gel, les averses avaient emporté leurs initiales.

 

Elle marcha le long des chardons. Ici, il n’y avait qu’une tombe ramenée à grand frais pour le père Gabriel. Ses enfants l’avaient commandée en ville ; ils avaient sans doute jugé cela suffisant car ils n’étaient plus jamais venus lui rendre visite. Elle bifurqua pour se perdre dans le dédale de plaques en grès beige. Le village était trop pauvre pour d’autres sépultures. La terre sèche et un rectangle de pierre protégeaient les morts pour l’éternité. Elle s’assit près d’une souche et sortit de sa poche un livre qui s’ouvrit machinalement à la page cornée.

 

Elle ne l’entendit pas partir, perdue près du canal San Barnaba. Elle relisait religieusement la strophe biffée de gris : l’eau luit ; le marbre s’ébrèche … quand on passe à l’ombre du Palais Rezzonico.* Elle s’amusa à franchir les montagnes qui l’enserraient de toute part, l’Italie n’était pas loin. Il suffisait d’un rien, d’un vol d’oiseau pour découvrir le campanile de Saint Marc. Le marbre s’ébrèche. Elle fixa longuement la plaque grège qui gisait sur le sol. Pour elle, il était trop tard. Jamais elle ne quitterait sa maison, jamais elle n’irait plus loin que ce cimetière à l’abandon. Elle se dit qu’elle aurait aimé rester un peu, et voir les mots, qu’elle avait choisis pour ce long voyage, inscrits au milieu de ce sol rouge et sec, effleurés par une tige frêle… et voir Venise.

 

Le portail grinça en se refermant, un nuage de poussière se posa sur la forêt de tournesols qui se hissaient de toutes leurs forces vers le ciel doré. A petits pas, elle descendit le chemin.

 

 

  • Contes      vénitiens Henri de Régnier

 

 

 

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Dis (Captaine Lili)

  • Dis, où vont les mots qui s’éteignent ?

  • Ils vont avec les rêves qui filent. Mais c’est la vie qui s’éteint, pas les mots.

  • C’est comment cet endroit ? Est-ce que les rêves filent comme les bas et les collants ?

  • Non, bêta, ils filent comme les étoiles. Et sous ses étoiles, il y a des milliers d’îles.

  • Mais comment connais-tu cet endroit ?

  • Oh, c’est que je connais trop la mort, alors elle m’a donné la clef.

  • Mais la mort ne donne rien, elle prend !

  • Pourtant, j’ai la clef de ces îles où se perdent les mots et les rêves. Peut-être à cause de ma ténacité à vivre... N’oublie pas que je suis capitaine.

  • Mais que fais-tu de cette clef ?

  • Oh, je… c’est une grande question ! J’y voyage parfois.

  • Pourquoi ?

  • Que d’indiscrétions ! Il y a des morceaux de moi, là-bas.

  • Des morceaux ? Comme un puzzle ?

  • Oui, non. Ce n’est pas une histoire de pièce manquante. Là-bas, il y a les voix de qui s’est tu. Je suis liée à plusieurs d’entre elles.

  • Comme une ficelle de cerf-volant alors… Mais dis, qu’est-ce que tu fais lorsque tu vas dans ces îles ?

  • J’écoute les mots et les rêves perdus. J’ai failli y laisser les miens, tu sais. J’ai failli être de celle qui se tait alors que je n’étais pas encore sortie de l’enfance…

  • Et que fais-tu de ces mots, de ces rêves ?

  • Je les prends avec moi, je tente de les sortir du silence, de vous les partager. Je fais gagner la vie.

  • C’est un combat perdu d’avance…  La vie s’éteint toujours.

  • Mais la vie gagne lorsqu’on la sème. Sur ces îles aux mots tus, aux rêves éteints, je trouve du terreau.

  • Alors tu es une semeuse de bouquets de vie !

Elle ne répondit rien, sourit seulement, comme pour elle-même.

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Si me taire... (Poupoune)

Pour la première fois, j’allais enfin pouvoir visiter le fameux cimetière fictif. Le principe ? Un vrai cimetière, avec de vraies tombes et de vraies pierres tombales, de vraies cérémonies, même, pour les jusqu’au-boutistes, mais pas de vrais morts. Le but ? Que les gens tuent fictivement et non plus réellement. Et bien croyez-le ou non, ça a marché.
Comme l’endroit est immense, je commence par une halte auprès du gardien qui me propose un plan et semble tout disposé à me faire la conversation, alors je m’attarde.
- Chaque allée correspond à une catégorie, vous voyez ?
- Comment ça ?
- Ben là par exemple, Allée des belles-mères, c’est là qu’on enterre…
- Les belles-mères je suppose ?
- Bien sûr. Allée des petits chefs, pour ?
- Ben les petits chefs !
- Et les grands patrons. C’était deux faciles, mais vous verrez, y en a des marrantes.
- Allée des anges ?
- Ah… j’aime pas celle-là. C’est pour les enfants.
- Ah.
- Hm. D’un autre coté, hein…
- Oui, sûr. C’est toujours mieux ici… Et Allée du roi des Heaulme ?
- Ah ! Elle est super celle-là ! Vous voyez pas ?
- Euh… non… Ah ! Pour les tueurs en série ?
- Ah ah ! Vous êtes fortiche ! Et celle-là : Allée de Mandragore.
- Hm… ’tendez, hein, me dites pas… euh… mandragore… mandrag… Oui ! Les crimes sexuels ?
- Vous êtes déjà venue !
- Non ! Promis ! Mais la mort, les criminels, tout ça… j’aime bien.
- Ah ?
- Oui, enfin… Bref. Mais c’est pas un peu ennuyeux, un cimetière comme ça ? Pour vous, je veux dire ? Doit quand même pas y avoir souvent des cortèges, par exemple. Des grandes cérémonies, tout ça…. ça doit être plus sympa dans un vrai cimetière, non ?
- Ah ça, je peux pas dire, j’y ai jamais bossé.
- Non ?
- Non. J’étais gardien de prison avant. C’est chez nous qu’ils recrutent les gardiens pour ces cimetières, vu qu’on a moins de boulot dans les prisons, du coup. C’est un genre de compensation, vous voyez ?
- Ah ouais… C’est bien, ça.
- Sûr ! Et puis franchement, les tueurs, je préfère les voir ici qu’en prison.
Plan en main, j’ai commencé mon exploration. L’endroit paraissait un peu foutraque, il y avait des tombes de toutes les formes et de toutes les tailles, même chose pour les pierres tombales, mais l’ensemble répondait néanmoins à une logique et une organisation remarquables.
Je suis arrivée Allée des frivoles. Au moins une stèle sur deux portait la mention « salope ». La poésie du cocu. Allée des coureurs, c’était infiniment plus original ! Déjà les épitaphes étaient beaucoup moins laconiques, plus cyniques aussi, et il y avait des tas de photos de types aux yeux crevés, des poupées transpercées de clous ou d’épingles, des figurines démembrées… Amusant. Un petit groupe de gens en train de cracher et pisser sur une tombe a attiré mon attention. Je suis allée voir. Allée Sarko. Ben tiens.
Il y avait aussi Allée des voisins, Allée loup y a (pour les crimes religieux), Allée les bleus (pour les footeux), Allée Papas, Allée Mamans, Allée… merde ! Allée Poupoune ! Ben ça… Evidemment, à ma façon, j’en avais tué, du monde, mais de là à ce que le monde se venge au point que j’aie toute une allée à mon nom… et les épitaphes… certaines m’évoquaient bien vaguement quelque chose, d’autres pas du tout. Il y avait « Gaffe, je bande encore ». Plusieurs « Poupoune m’a tuer ». Et « Je suis PAS roumain ! », « Même pas mal », « javé pa fé espré ». Et ça : « Alors, on la ramène moins ? » Hé hé… et OH ! Oh c’est trop mignon, ça ! Oooooh... « moi aussi je t’aime, ma petite maman chérie ».

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Tarentelle pour un massacre (Tiphaine)

La première fois que je suis morte, j'avais 9 ans.
J'ai vu partir mon père, j'ai cru qu'il ne reviendrait jamais.
J'ai vu partir ma mère, j'ai cru qu'elle ne reviendrait jamais.
J'ai vu couler mon sang entre mes jambes, pour la première fois.
Je suis morte bêtement : il paraît que j'étais devenue une femme.
"Elle a vécu, mytho, la jeune tarentule."

La seconde fois que je suis morte, j'avais 18 ans.
J'ai quitté le village pour la grande ville, j'ai cru que j'y trouverais la gloire.
J'ai quitté mes parents pour mes amants, j'ai cru que j'y trouverais l'amour.
J'ai quitté mes illusions pour celles des autres, pour la première fois.
Je suis morte fièrement : il paraît que j'étais devenue une adulte.
"Elle avait cul, minot, la jeune tarentule."

La troisième fois que je suis morte, j'avais 27 ans.
J'ai vu partir mes rêves, j'ai cru devoir les enterrer.
J'ai vu partir mes amours, j'ai cru devoir en souffrir.
J'ai vu mentir les mots, pour la première fois.
Je suis morte en hurlant : il paraît que j'étais devenue une femme.
"Elle a vécu, miro, la jeune tarentule."

La dernière fois que je suis morte, j'avais 36 ans.
J'ai quitté mes carapaces, déposé mon manteau au vestiaire.
J'ai quitté mon métier, déposé plainte pour non assistance à personne en danger.
J'ai quitté mon passé, déposé les armes pour la première fois.
Je suis morte en riant : il paraît que je suis devenue moi-même.
"Elle a vaincu, mille eaux, la jeune tarentule."

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Cimetière d’un champ de bataille (trainmusical)

<p><p><p>Cimetière d’un champ de bataille (trainmusical)</p></p></p>


croix

 

Pourquoi est-ce un honneur ?
Quel est vraiment ce bonheur ?
Pour qui suis-je décédé ?
Pour sauver quelle liberté ?

 

Pour l’honneur de qui, celui de mon président ?
Tombé sur un champ d’honneur, ce n’est pas un présent.
Où suis-je parmi toutes ces sépultures ?
Perdu dans ce champ vert, nous ne sommes pas purs.

 

Pourquoi m’a-t-on enlevé de ma famille,
Pour tomber sur le champ comme une quille ?
Dans un lieu de haine et de cruauté
Comment me suis-je fait embarquer ?

 

Pourquoi ai-je dû apprendre aussi à tuer ?
Parce que je n’avais pas compris la charité,
Et que j’étais naïf d’un patriotisme
En gardant en moi le mutisme.

 

Froideur
Peur
Malheur
Horreur.

 

 

-J’aspirais à une longue vie de bonheur

et de paix-

 

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Donner et recevoir (Virgibri)

Il y a les gisants et les vivants

Tous ceux qui nous frôlent

Les inquiétants

Les apaisants

Les discrets

Au milieu des gisants

Je trônais

C’était il y a longtemps

Un temps où les appareils photos cliquaient

Où les fenêtres s’obturaient

Un an après la répartition de ses cendres

Devant une plaquette dorée infâme

A son nom, avec ses dates

Je m’étais dit que non

On ne se réduisait pas à ce paquet sombre

J’avais décidé de goûter la vie

Même dans ses amertumes

Tous ses goûts

Sans excès

Chaque détail importait

J’étais au milieu des gisants

Il y a longtemps

Armée de mon boîtier

J’ai trouvé les morts beaux

Une sorte de romantisme

Exacerbé

De la vie dans la pierre

Des femmes de toute beauté

Des inscriptions passionnées

Des amours mortes

Et encore si vivaces

Si l’on pouvait dire

De moi

Elle a aimé

Ou plutôt

Elle a beaucoup donné

Et a su recevoir

Mais je ne sais où je me poserai

Pas de lieu-clef

Pas grand-monde pour me causer

Au-dedans de la pierre

J’étais au milieu des gisants

Il y a longtemps

Moi la demie vivante

Mes yeux vibraient

Mes yeux cadraient

Mes yeux fuyaient

La mort

En la figeant

En noir et blanc

Elle a beaucoup reçu

Et a tellement donné

Qui sera là pour l’écrire

Ou le murmurer

_P_re

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