Ça fait un petit moment que je marche au hasard. 

Je me suis engagée dans un sentier que je ne connaissais pas encore.

Tout au bout, une grille me barre le passage. Aucune importance, je ne sais pas d’où elle sort mais j’ai dans la poche la clé qui l’ouvre. 

Clic-clac ! Me voici dans la place.

Je m’avance dans une allée ombragée.  

Autour de moi, des bouteilles, de grandes bouteilles opaques.

Je m’approche pour regarder de plus près ces étranges récipients. 

Pas de doute, ils sont en marbre.

Des bouteilles géantes en marbre de toutes les couleurs et de toutes les formes ! 

Cela demande des explications, pas de doute.

Je m’approche donc de la première et la détaille de plus près. 

Gravées en lettres d’or s’inscrivent les lettres « Et si j’avais dit la vérité – 1963 ».

Etrange ! 

Plus loin, une autre bouteille propose « Et si j’avais accepté cette proposition – 1977 ».

Et encore une nouvelle « Et si j’avais dit non – 1985 ». 

« Et si j’avais pris cette route – 1980 » « Et si j’étais monté sur ce vélomoteur – 1975 » « Et si je n’avais pas bu cette eau – 1962 » « Et si je n’avais pas passé ce concours – 2000 »

De loin en loin, les bouteilles se succèdent. Toutes les inscriptions reprennent ce lancinant « Et si », mais qu’est ce que cela veut dire. 

Tout à coup, à côté de moi surgit un drôle de bonhomme, lui aussi en forme de bouteille. Il soulève son bouchon, pardon je veux dire son chapeau et me sourit d’un air aimable.

« Vous êtes un peu perdue semble-t-il ! Puis-je vous aider ? »

 

« Avec le plus grand plaisir, quel est cet étrange endroit ? »

 

« Mais voyons c’est votre si-metière »

 

« Pardon ? Mon cimetière ? »

 

« Mais oui ma chère, votre si-metière, celui dans lequel sont ensevelies toutes les personnes que vous auriez pu être si au lieu de dire « Et si » vous aviez dit « J’y vais ». Chacun de vos choix vous a ouvert une route et en a définitivement fermé une autre. Vous auriez pu être toute autre, vous en rendez-vous compte »

Un peu dépassée je réfléchis, c’est vrai ce que dit ce drôle de bonhomme, tant de choix se sont offerts à moi, ai-je toujours fait les bons ? Cela importe-t-il d’ailleurs ?

Nous continuons à marcher en silence et nous finissons par arriver devant une fosse ouverte, près de laquelle repose une vraie pierre tombale, une épitaphe y est gravée «  J'ai suivi ma route et j’en suis heureuse – 20… » 

Je détourne vite le regard avant de lire cette dernière date.

Mon accompagnateur m’observe en souriant. 

« Vous avez bien fait de ne pas regarder la date, allez savoir ce qui aurait pu se passer ! »

 

A mon tour je lui souris

 

« De toute façon je souhaite être in-si-nérée ! »

Il me raccompagne vers la sortie et je me réveille, contente de cette nouvelle journée qui commence et de me sentir tellement vivante.