<p><p><p><p><p><p><p><p>Monsieur le Président</p></p></p></p></p></p></p></p>

Rennes, le 3 décembre 2009

                                                                                     Monsieur le Président

dds83_vanrompuyIl était grand temps que l’Europe innovât, que vous, homme Van Rompuy à toutes les disciplines, arrivassiez à sa tête et surtout que vous vinssiez nous proposer mille et un métiers nouveaux afin que l’économie qui déconnait redémarrât comme un lac d’Irlande sur des bases nouvelles. Je crois que vous allez vous faire ici plus de trente millions d’amis et moi-même, je dois l’avouer, à la lecture de votre listing de propositions échevelées je me suis levé de bon poil ce matin.

J’entreprends donc de postuler pour le métier n° 331. Le curriculum vitae que j’ai joint à cette lettre vous aura montré déjà que j’ai l’habitude de m’occuper bien des grands de ce monde. Ancien bouffon de Sa Majesté François 1er de Sabolie, j’ai également été manipulateur de coupe-ongles chez Gargantua et retoucheur en mascara chez Madame Polyphème qui aimait se poiler comme personne. « Arrête de me faire rire, Joe Krapov, j’ai mon mascara qui coule ! » disait-elle souvent. Et quand elle applaudissait, c’étaient ses genoux qui craquaient ! Les femmes sont des animaux bizarres mais c’est justement pour ça que je les aime !

Car, plus encore que les femmes, j’aime les animaux, pareil en cela à l’anachoret obsolet, pardon, à l’anachorète obsolète qui déclarait jadis : « Plus je regarde les hommes, plus j’aime mon chien ». Ainsi, plus on parle de politique dans le poste et plus je ferme la radio pour aller écouter Casse-noisette de Tchaïkovsky en postant sur mon blog les imagesdds83_090118_094 d’animaux de tous poils, de toutes plumes que je collectionne au fil de mes voyages photographiques. Je suis intarissable au sujet des animaux rennais, qu’il s’agisse des inséparables de la volière du Thabor, du perroquet brassensophile, de l’ara du Papagayo, de Léon le cochon, du chameau à trois bosses de la place des Lices, du lion du Parlement, de la marmotte de Serge Gainsbourg enfant dans le coin des roses anciennes ou du sanglier mystérieux du porte-étendard de la rue Saint-Georges.

Après mon séjour à Samfou-les-Boules, j’ai été longtemps affecté comme gardien de l’animalerie de l’Université de Rennes 3 au 5e étage du bâtiment 6 à Villejean sous les ordres de M. Lesinge. Cet homme velu du fond des âges avait gardé une rudesse d’âme assez grottesque il est vrai mais fondamentalement préhistorique. Plus radin qu’un Ecossais, plus boutiquier qu’un Arlequin, il cachait sans doute derrière les poils de son nez le cœur d’or que ne manquent jamais de mentionner les voisins obséquieux le jour où l’on enterre Franco ou Pinochet. Passons, c’est du passé ! Consolons-nous en nous disant qu’Adolf Hitler a peut-être été un bébé très mignon, sa maman n’est plus là pour nous contredire maintenant qu’elle est morte de chagrin. Là-bas j’ai appris au poisson-babel la traduction simultanée d'avant l'ère du Reverseau et aux souris vertes à ne plus courir dans l’herbe qu’elles avaient fumée.

Une chose me rassure également dans votre offre d’emploi : l’animal dont j’aurai à m’occuper ne fera pas l’objet d’expériences stupides de la part d’enseignants-chercheurs susceptibles et zinzins qui coupent les ongles aux mouches, les nourrissent de beurre mou, leur projettent des photos de Paris et leur font écouter du tango argentin sous les lueurs dernières d’un crépuscule orange, ce dans le but unique de soutenir une thèse qui leur permettra de s’acheter des charentaises et d’obtenir une charge de professeur-mépriseur ouvreur de parenthèses. Je ferme la mienne.

Notre déjà amie ne vit pas ordinairement dans nos contrées sinon à La Bourbansais ou la Flèche, ne pousse guère de cris rauques et publie ses romans à compte d’hauteur. Ils sont écrits à l’encre sympathique. L’animal à long cache-col adore qu’on lui caresse le sommet du crâne car cela stimule son imagination. C’est pourquoi il adore les endroits calmes comme les ministères ou les salons de coiffure.

dds83_tresseMon ami Blaise Petitprince qui est lui-même garçon-coiffeur homosexuel volant dans les salons rennais (Atmosp’hair, Evolu’tif, Lucip’hair, Introduc’tif, Prolif’hair, Reproduc’tif, etc.) m’a enseigné tous les rudiments de son art. Les tresses, les couettes, les dreadlocks, les mèches, les ondulations, les shampooings, les brushings, les frisettes n’ont plus aucun secret pour moi. Ma chanson préféré c’est « Johnny Bigoudi » chantée par Richard Berry.

Le jardinage est mon dada et donc le rateau traditionnel dont la femme en boubou dds83_rateauuse dans la savane pour que du grand silence de la mangeuse de nuages une légende naisse qui ravisse nos âmes, j’en sais le maniement forcément délicat et les gestes augustes qu’accomplit Figaro quand il met à la noce Mozart et Beaumarchais.

Une seule question au finale, monsieur le Président, avant que vous ne m’accordiez ce poste pour lequel aucun autre candidat que moi-même n’est plus prédestiné : disposez-vous d’une échelle de Richter stable en cas de renversement du Ministremblementdetère ? Quand l’amie paniquée prend ses jambes à son cou, il est difficile de s’accrocher au plafond avec une brosse. Surtout si le rhinocéros regarde la Lune qui s’éclipse au lieu du doigt chinois de l’imbécile heureux et qu’un fou a volé les vêtements des deux qui poussent encore le mur afin de s’évader.

                      Européennement et orthograffiquement vôtre.

                                                        Joe Krapov, rat de cave plutôt déridé

 

N.B. Si vous n’avez pas encore deviné à quel métier j’aspire, rendez-vous pour le découvrir chez Plonk et Replonk !